Des travailleurs étrangers dénoncent leurs conditions d’hébergement

Jusqu’à 60 000 travailleurs étrangers agricoles sont embauchés à l’échelle du Canada chaque année, pour des périodes de 8 semaines à 2 ans.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Jusqu’à 60 000 travailleurs étrangers agricoles sont embauchés à l’échelle du Canada chaque année, pour des périodes de 8 semaines à 2 ans.

Chambres avec des moisissures, toilettes sans porte ou à l’extérieur, dortoir exigu, eau non potable : des travailleurs étrangers temporaires dénoncent les conditions déplorables de leur logement à travers un récent sondage pancanadien.

Le réseau d’associations de travailleurs Migrant Rights Network a recueilli l’avis de 453 travailleurs à travers le pays, en majorité en Ontario et en Colombie-Britannique. Leurs conclusions confirment les observations au Québec du Centre des travailleurs immigrants et du Réseau d’aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Québec (RATTMAQ).

Plus de la moitié des répondants ont établi le manque de vie privée comme un problème prioritaire : « Actuellement, nous dormons dans un grand couloir avec 20 colocataires dans des lits superposés. Pas de vie privée », a par exemple décrit l’un des travailleurs. Certains vont jusqu’à étendre des draps autour de leur lit pour bénéficier d’un espace personnel.

Le Migrant Rights Network a tenu à préserver l’anonymat des répondants, pour ne pas compromettre leurs futurs contrats de travail. Jusqu’à 60 000 travailleurs étrangers agricoles sont embauchés à l’échelle du Canada chaque année, pour des périodes de 8 semaines à 2 ans. Ils arrivent au pays avec des permis « fermés », c’est-à-dire qu’ils sont liés à un unique employeur.

« Nous sommes des humains, mais certains employeurs nous traitent comme des objets. […] Nous voulons des logements décents, pas des écuries », a affirmé un autre participant au sondage. Le quart des répondants ont mentionné le manque de contrôle de leur espace de vie en tant que problème, par exemple le fait de ne pas pouvoir recevoir des invités ou de devoir faire la file pour prendre sa douche.

Le trop grand nombre d’occupants dans une même habitation a également été soulevé par 43 % des personnes interrogées. L’un des témoignages fait notamment état d’un logement partagé par 60 personnes. Dans 44 % des réponses, ce sont plutôt 5 à 10 personnes qui partagent un logement.

Normes

Au Québec, plus du tiers des logements (34 %) sont partagés par 6 à 10 personnes, selon un sondage du RATTMAQ réalisé à l’automne 2020. Environ la moitié des travailleurs étrangers en agriculture de la province dorment dans des lits superposés, même si la majorité préféreraient un lit individuel. Le tiers des 675 personnes sondées par cette organisation évaluent que leur logement a des problèmes de salubrité. Il existe dans la province des normes plus élevées pour d’autres types de campements, comme ceux qui sont miniers ou forestiers.

Photo: Migrant Rights Network Le trop grand nombre d’occupants dans une même habitation a été soulevé par 43% des répondants.

Ces deux sondages ont été déposés au ministère de l’Emploi et du Développement social dans le cadre d’une consultation sur les exigences d’hébergement. Cette consultation s’est tenue en novembre et décembre 2020, mais les nouvelles normes n’ont toujours pas été annoncées. Le Migrant Rights Network invite à « immédiatement créer des normes nationales exécutoires pour un logement digne », ainsi qu’à offrir un statut permanent pour ces personnes migrantes.

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