Un vélo fantôme est installé en hommage à Maxime Levesque

Plus d’une centaine de personnes se sont recueillies vers 11h à l’endroit exact où la collision a eu lieu, sur l’avenue Papineau, pour installer un vélo fantôme – qui se caractérise par sa couleur blanche – en hommage à M. Levesque.
Photo: Zacharie Goudreault Le Devoir Plus d’une centaine de personnes se sont recueillies vers 11h à l’endroit exact où la collision a eu lieu, sur l’avenue Papineau, pour installer un vélo fantôme – qui se caractérise par sa couleur blanche – en hommage à M. Levesque.

Plus d’une centaine de personnes se sont réunies samedi pour rendre hommage à Maxime Levesque, qui a perdu la vie en avril dernier alors qu’il effectuait un trajet à vélo sur l’avenue Papineau, dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal. L’installation d’un vélo fantôme à sa mémoire survient au moment où le nombre de collisions mortelles impliquant des cyclistes est en augmentation dans la métropole.

M. Levesque, qui travaillait dans un centre de la petite enfance Au Petit Talon, n’avait que 33 ans lorsque sa vie a été fauchée par un automobiliste du même âge qui a perdu le contrôle de son véhicule le 8 avril dernier.

Un peu plus de deux mois après cet accident, un vélo fantôme a été installé samedi avant-midi à l’endroit même où celui-ci a eu lieu, tandis que des policiers ont bloqué la circulation sur un tronçon de l’avenue Papineau pour l’occasion. Plusieurs amis de Maxime Levesque, mais aussi des enfants, ont planté des fleurs sous l’arbre auquel ce vélo blanc a été installé dans un moment de silence.

Photo: Zacharie Goudreault Le Devoir

« Je pense que Maxime avait un bel impact sur tout son cercle de vie. Et c’est d’autant plus tragique quand on voit tous les petits enfants qui sont venus lui rendre hommage […] Quand il est mort, les enfants dans son CPE ont été très affectés. Il était très aimé », a souligné au Devoir la porte-parole de Vélo fantôme, Séverine Le Page, en marge de ce rassemblement.

« Un rayon de soleil »

Cet événement, réalisé dans le respect des règles sanitaires, a attiré plus d’une centaine de personnes samedi. Plusieurs amis et collègues du cycliste, qui oeuvrait dans un club de volleyball de même que dans un club de soccer de l’Union sportive de Montréal, étaient présents, tandis que la famille du défunt, d’origine française, a pu suivre cet hommage en direct grâce à une captation vidéo.

« Maxime, c’était un rayon de soleil, toujours souriant, disponible et gentil. Il marquait les esprits des gens qu’ils rencontraient. La bonne humeur et les sourires le suivaient partout où il allait. Avec lui, tout le monde se sentait inclus, apprécié et non jugé », a souligné dans un vibrant témoignage un ami proche de M. Levesque, Alexis Ruffié. « Je pense à lui et il me manque », a-t-il ajouté, avant de lire une déclaration émouvante écrire par la mère de Maxime Levesque, qui laisse aussi dans le deuil son père de même que ses frères et soeurs, entre autres.

« Maintenant, je ne peux que te pleurer et te dire que je t’aime pour toujours », a lu M. Ruffié.

Depuis 2012, Maxime Levesque, qui a grandi à Paris, demeurait à Montréal. Il avait d’ailleurs complété avec succès sa demande de citoyenneté. Cycliste aguerri, « il voyageait à vélo toute l’année » et portait toujours un casque, s’est rappelé Alexis Ruffié.

« Ça a été un gros choc [le décès de Maxime Levesque], surtout qu’il était très sécuritaire », a aussi confié au Devoir un des nombreux amis du cycliste présents à l’événement samedi, Stéphane Baudin.

Maxime, c’était un rayon de soleil, toujours souriant, disponible et gentil. Il marquait les esprits des gens qu’ils rencontraient. - Alexis Ruffié

Piste cyclable

Ce rassemblement a aussi été l’occasion pour Vélo fantôme de presser la Ville d’installer une piste cyclable protégée sur l’avenue Papineau, comme cela a été le cas sur la rue Saint-Denis. Une demande à laquelle la Ville de Montréal n’entend pas répondre à court terme, pour des raisons logistiques.

« On est obligés de faire des choix parce que même si, dans un monde idéal, il y avait des [pistes cyclables protégées] sur toutes les artères, on doit garder de la place pour le passage des autobus sur des voies réservées », comme c’est le cas sur l’avenue Papineau, qui compte quatre voies, a expliqué au Devoir la conseillère associée aux transports actifs au comité exécutif de la Ville, Marianne Giguère.

« C’est pour ça que dans le développement du réseau cyclable, Papineau n’en fait pas partie. Il n’y aurait pas de place pour avoir des voies réservées et une piste cyclable », a-t-elle affirmé. Une analyse que ne partage toutefois pas Séverine Le Page.

« C’est un enjeu technique comme sur Saint-Denis. Sur Saint-Denis, tout le monde disait qu’on ne pouvait pas le faire [installer une piste cyclable] et on l’a fait. Ce sont des choix qu’on à faire », lance la porte-parole de Vélo fantôme. La Ville pourrait par exemple retirer une voie de stationnements pour y aménager une piste cyclable, estime-t-elle.

« Aucun élément criminel »

Le Bureau du coroner doit encore déterminer les causes exactes de la collision mortelle qui a enlevé la vie à Maxime Levesque. Le SPVM écarte cependant la possibilité que l’automobiliste à l’origine de celle-ci ait commis un excès de vitesse au moment de l’événement.

« Il n’y a aucun élément criminel dans cet événement-là, aucun constat d’infraction qui n’a été émis », indique la porte-parole du corps de police, Caroline Chèvrefils.

L’automobiliste à l’origine de la collision, qui avait été conduit dans un centre hospitalier dans un état grave le jour de l’accident, a survécu à ses blessures, a par ailleurs confirmé Mme Chèvrefils. Sa voiture avait été retrouvée à la renverse le jour de l’accident.

Depuis le début de l’année, le SPVM rapporte le décès de deux cyclistes et de six piétons dans un total de 14 collisions mortelles, qui ont aussi mené à la mort de deux conducteurs de véhicules et autant de passagers, de même qu’à celle de deux motocyclistes.

« C’est très inquiétant parce qu’un cycliste qui meurt, c’est un cycliste de trop. Ce n’est pas un chiffre, c’est la vie de quelqu’un [...] De priver une famille et ses amis de quelqu’un qui avait tant à apporter, je pense que ça ne devrait pas arriver », estime Mme Le Page.

Un troisième cycliste a par ailleurs perdu la vie le mois dernier à la suite d’une chute sur le circuit Gilles-Villeneuve, vraisemblablement à la suite d’une collision avec un autre cycliste. Il n’est toutefois pas comptabilisé dans les données du SPVM.

Dans l’ensemble de l’année 2020, un cycliste a perdu la vie à la suite d’une collision sur les routes de Montréal. Aucun n’est mort dans de telles circonstances en 2019 et trois en 2018.

Le nombre de cyclistes est d’ailleurs à la hausse à Montréal, comme ailleurs au Québec.

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