Une autre femme se suicide à la prison Leclerc à Laval

Dans les dernières années, plusieurs détenues au centre de détention Leclerc à Laval de même que des témoins ont dénoncé à répétition les conditions de détention et le niveau de salubrité des lieux.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Dans les dernières années, plusieurs détenues au centre de détention Leclerc à Laval de même que des témoins ont dénoncé à répétition les conditions de détention et le niveau de salubrité des lieux.

Une autre détenue s’est enlevé la vie au centre de détention Leclerc à Laval. Son corps a été retrouvé pendu dimanche. Cette jeune femme dont le nom n’a pas encore été dévoilé était d’origine inuite.

C’est le cinquième suicide répertorié dans cette institution depuis 2016. Les tentatives de suicide y seraient nombreuses également, bien qu’il semble difficile d’obtenir à cet égard des chiffres fiables. Jointe par Le Devoir, l’ex-détenue Louise Henry, à l’heure actuelle en maison de transition, dit avoir été au fait d’une dizaine de tentatives de suicide pour la seule année 2018. « Des mutilations nombreuses, ça n’arrêtait pas », dit Mme Henry. Plusieurs études ont montré des cas de mutilation à répétition chez les femmes incarcérées.

« Le moindrement que tu es dépressive là-dedans, les chances que tu veuilles te suicider sont grandes », explique Louise Henry en relatant sa propre expérience et celles de ses camarades. « Entre autres parce qu’ils mettent les filles en isolement pendant plusieurs jours, pour un oui ou pour un non. Toute seule pendant des jours, tu deviens folle. C’est pas humain. »

Une enquête de Radio-Canada a montré qu’au cours de la dernière décennie, les suicides ont été beaucoup plus nombreux dans les prisons québécoises que dans les prisons ontariennes. Or, ces dernières ont une population carcérale deux fois plus importante.

Au Québec, on compte environ 5200 prisonniers. En Ontario, ils sont plus de 9000. Entre 2010 et 2019, le Québec a enregistré 69 suicides dans ses prisons comparativement à 64 du côté de l’Ontario.

Les prisons du Québec comptent le taux de suicide le plus élevé par rapport à l’ensemble du Canada. Ce taux continue d’être parmi les plus élevés.

Depuis 1995, il dépasse quasi systématiquement de beaucoup le nombre de suicides dans les autres institutions carcérales partout au Canada. La grande majorité des suicides au Québec se concrétisent par pendaison, comme ce fut le cas encore pour cette femme inuite morte au pénitencier Leclerc la fin de semaine dernière.

Plus de 75 % des suicides en prison au Québec ont lieu dans des prisons gérées par les autorités québécoises, c’est-à-dire dans des lieux où les peines d’incarcération sont pourtant de moins de deux ans. Ce ne sont donc pas des gens condamnés à de lourdes peines qui se suicident le plus.

Les prisonniers au Québec ont en moyenne 7,5 fois plus de risque de se suicider que dans la population en général.

Dans le cas de la prison Leclerc, plusieurs détenues de même que des témoins ont dénoncé à répétition, depuis plusieurs années, les conditions de détention et le niveau de salubrité des lieux.

Besoin d’aide? N’hésitez pas à appeler la Ligne québécoise de prévention du suicide : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553)

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