Un dixième féminicide au Québec cette année

L’enquête a ainsi permis de déterminer que Richard West a enlevé la vie de sa conjointe, Dyann Serafica-Donaire, avant de se suicider, confirme une porte-parole de la SQ.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne L’enquête a ainsi permis de déterminer que Richard West a enlevé la vie de sa conjointe, Dyann Serafica-Donaire, avant de se suicider, confirme une porte-parole de la SQ.

Une dixième femme a succombé à la violence conjugale au Québec depuis le début de l’année, vendredi, a confirmé la Sûreté du Québec (SQ). Une tragédie qui suscite une vague de sympathie, mais aussi d’indignation chez différents organismes et élus, qui pressent le gouvernement Legault d’agir pour prévenir d’autres féminicides dans la province.

Vers midi vendredi, le Service de police de la Ville de Mercier s’est rendu à une résidence de la rue Beauchemin, dans la ville de Mercier, en Montérégie, à la suite d’un appel logé au 911. Après que des policiers eurent constaté sur place le décès d’un homme et d’une femme, le Service des enquêtes sur les crimes contre la personne de la SQ a été appelé en renfort pour collaborer à l’enquête.

Samedi, le corps de police provincial a ainsi confirmé l’identité des deux personnes trouvées mortes, qui formaient un couple. Il s’agit de Richard West, un homme de 50 ans, et de sa conjointe, Dyann Serafica-Donaire, âgée de 38 ans.

« L’analyse de la scène et les informations recueillies sur place démontrent qu’il s’agit d’un drame conjugal », indique la porte-parole de la SQ, Anik Lamirande, dans un courriel envoyé aux médias. L’enquête a permis de déterminer que M. West a enlevé la vie à sa conjointe avant de se suicider, confirme Mme Lamirande en entrevue au Devoir. Des autopsies seront par ailleurs réalisées la semaine prochaine sur les deux corps au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale, à Montréal.

L’enquête criminelle de la SQ étant terminée, c’est maintenant le coroner qui prend ce dossier en main afin d’établir « l’historique » de ces deux personnes et « comment leurs jours se sont terminés », ajoute Mme Lamirande.

« Le gouvernement ne bouge pas »

Dyann Serafica-Donaire est ainsi devenue la dixième femme à perdre la vie à la suite d’un drame conjugal au Québec depuis le début de l’année. En 2020, huit femmes avaient perdu la vie aux mains d’un conjoint ou d’un ex-conjoint violent, selon une recension du Devoir.

« On continue d’être outrés. Il n’y a rien qui se passe. Le gouvernement ne bouge pas », déplore au Devoir la coordonnatrice à L’R des centres de femmes du Québec, Stéphanie Vallée. Selon elle, la prévention de ces drames passe « par l’éducation », mais aussi par une augmentation du nombre de logements sociaux disponibles dans la province.

« Il y a urgence d’agir ! Les centres d’hébergement débordent ! » a aussi réagi sur les réseaux sociaux la députée libérale de Verdun, Isabelle Melançon. « La violence faite aux femmes est un fléau et on doit tous et toutes s’en sentir responsable comme société », a pour sa part écrit la porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, qui a offert ses condoléances « aux proches de Dyann ».

Québec promet d’agir

Lundi dernier, la SQ a arrêté Éric Levasseur, un homme de 46 ans qui a été formellement accusé du meurtre de sa conjointe Carolyne Labonté, survenu le 18 mars dernier. La femme de 40 ans demeurait dans la région de Charlevoix.

Est-ce qu’on attend qu’il y ait 50 femmes qui soient mortes avant d’agir ?

 

« On apprend avec horreur un 2e féminicide dans la même semaine, le 10e cette année. Notre cœur se brise chaque fois en pensant à ces femmes et à leurs proches. Nous avons un plan en réponse à l’urgence, qui sera annoncé bientôt. Restons attentifs aux signaux, sauvons les femmes », a déclaré vendredi la vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault, sur Twitter.

Le gouvernement Legault a notamment promis d’aller de l’avant avec les 190 recommandations du Comité d’experts sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale. Celui-ci proposait notamment de créer un tribunal spécialisé en matière d’agressions sexuelles et de violence conjugale et d’offrir des conseils juridiques gratuitement aux victimes.

« En ce moment, on est en négociation très serrée avec le gouvernement. On peut dire qu’on a une bonne écoute, qu’on travaille ensemble pour trouver des solutions », assure au Devoir la directrice générale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, Manon Monastesse.

À Ivujivik, au Nunavik, Kataluk Paningayak-Naluiyuk, 43 ans, a été tuée par son conjoint le 25 mars dernier avant que celui-ci ne s’enlève la vie. Il s’agissait alors du huitième féminicide à survenir en autant de semaines dans la province.

Des centaines de personnes ont par ailleurs défilé dans les rues du centre-ville de Montréal, le samedi 3 avril, afin de rendre hommage à Rebekah Love Harry, qui demeurait à LaSalle. La jeune femme de 29 ans, mère d’un garçon de neuf ans, a succombé à ses blessures le 23 mars après plusieurs jours d’hospitalisation. Son conjoint fait face à des accusations de meurtre.

Le 19 mars, Nadège Jolicœur a été retrouvée sans vie dans un taxi stationné dans le quartier Saint-Léonard, à Montréal, après avoir été poignardée par son conjoint. Myriam Dallaire et sa belle-mère, Sylvie Bisson, ont aussi été assassinées dans leur résidence des Laurentides. L’ex-conjoint de Mme Dallaire a depuis été accusé de meurtre.

Nancy Roy a aussi perdu la vie aux mains de son ex-conjoint à Saint-Hyacinthe, le 23 février. Deux jours plus tôt, Marly Édouard était assassinée d’une balle dans la tête à Laval. Elle avait 32 ans.

Elisapee Angma, une mère de quatre enfants, a également été tuée par son ex-conjoint le 5 février dans sa résidence de Kuujjuaq. Elle était âgée de 44 ans.


 

Dans une version précédente de ce texte, l’âge de Dyann Serafica-Donaire et celui de Richard West avaient été inversés. La Sûreté du Québec a par la suite corrigé ces informations, confirmant qu’ils avaient respectivement 38 ans et 50 ans.