En photos | Le déconfinement à Montréal

Moment tant attendu pour les Montréalais : ils ont pu renouer vendredi avec les salles de spectacles, les centres sportifs, les théâtres et les spas après des mois de fermeture. Les retrouvailles se sont faites dans une joie certaine, mais contenue étant donné que la menace d’une troisième vague plane plus que jamais sur le Québec. Le Devoir est allé à leur rencontre.

 

Texte : Annabelle Caillou. Photos : Marie-France Coallier

1 Dire que Windy Lay et Imivai Granger avaient hâte de retourner dans une salle de sport serait un euphémisme. Croisées au centre Éconofitness dans le quartier Centre-Sud, les deux amies s’attelaient à soulever des poids, comptant en chœur «et 1, et 2, et 3, et 4…». Malgré leurs efforts physiques, on pouvait deviner leur sourire, caché derrière leur masque. «On est vraiment contentes de pouvoir enfin revenir s’entraîner. On venait de deux à trois fois par semaine avant la fermeture des gyms. Ça nous manquait beaucoup. C’est difficile de rester active et de se motiver à bouger seule chez soi», explique Imivai Granger, avant de changer d’exercice. Marie-France Coallier Le Devoir
2 Une vingtaine d’autres personnes s’activaient sur une machine de cet Éconofitness, situé rue Sainte-Catherine, lors du passage du Devoir. Si les usagers peuvent laisser tomber le masque lorsqu’ils «poussent leur cardio» sur le tapis roulant, l’elliptique ou encore le vélo stationnaire, ils doivent le remettre pour s’étirer, soulever des poids ou tout simplement se déplacer dans la salle. Des distributeurs de désinfectants ont été installés à divers endroits, et une machine sur deux a été condamnée afin que la distanciation sociale soit possible. Les règles sont strictes, et les employés font régulièrement le tour de la salle pour s’assurer qu’elles sont respectées. Marie-France Coallier Le Devoir
3 «Pierre-Yves Roy-Desmarais, il me fait mourir de rire. Il a ramené un peu de soleil pendant la pandémie. Il fallait que je voie son spectacle», lance avec un brin d’excitation Cynthia Le Déroff, croisée en fin d’après-midi dans la file pour entrer au cabaret Lion d’Or, qui rouvrait ses portes avec un spectacle de l’humoriste. Lorsqu’elle a appris par hasard que des billets étaient en vente cette semaine, la jeune femme s’est jetée sur l’occasion, sans égard pour son portefeuille, et a invité une amie à l’accompagner. N’étant pas dans la même bulle familiale, elles seront assises à des tables différentes durant le spectacle. Elles devront aussi porter un masque en tout temps. Mais cela ne les arrêtera pas. «On va s’habituer à ces nouvelles mesures, comme on s’est habituées aux autres. Ça manquait trop de faire des sorties, de se nourrir culturellement. Et c’est important de soutenir le secteur, qui a beaucoup écopé», souligne Cynthia Le Déroff. Marie-France Coallier Le Devoir
4 Pendant ce temps, à quelques minutes de l’ouverture des portes du Lion d’Or, l’humoriste Pierre-Yves Roy-Desmarais répétait une dernière fois le numéro qu’il devait présenter à deux reprises ce soir-là. Dans la salle encore vide, la fébrilité était palpable. Les employés pressaient le pas pour boucler les derniers préparatifs avant de laisser entrer le public. Si, même en zone rouge, les salles de spectacle peuvent rouvrir et accueillir jusqu’à 250 personnes, elles doivent s’assurer que les spectateurs sont correctement distanciés les uns des autres. Au Lion d’Or, cela limite la capacité d’accueil à 70 personnes. Marie-France Coallier Le Devoir
5 «D’habitude, on reçoit 250 personnes, c’est sûr que ça fait une différence», souligne la directrice générale et artistique du cabaret Lion d’Or, Sara Castonguay. Salle pleine ou non, elle se réjouit de pouvoir accueillir de nouveau les artistes sur scène et de constater que le public semble avoir hâte de revenir. «Les billets pour Pierre-Yves Roy-Desmarais se sont vendus en seulement deux jours. Et il a fallu à peine quelques heures aujourd’hui pour que les neuf prochaines représentations de Louis-José Houde affichent complet.» Mme Castonguay ne cache toutefois pas son inquiétude devant la menace d’une troisième vague. «Je n’imagine pas si on devait refermer. Ça m’inquiète beaucoup, mais j’ai envie de rester optimiste et de croire le premier ministre lorsqu’il a dit que, cette fois-ci, on pourrait rouvrir pour de bon.» Marie-France Coallier Le Devoir
6 Devant le cabaret La Tulipe, sur le Plateau Mont-Royal, des dizaines de personnes attendaient avec impatience l’ouverture des portes pour assister à un concert de Dumas. Malgré la pluie et le vent, la joie d’être enfin là, à attendre pour entrer dans une salle de spectacle, était palpable. Certains chantonnaient déjà certains morceaux de l’artiste, d’autres parlaient avec les parfaits inconnus en ligne juste devant eux de leur excitation d’assister enfin à un concert. Dumas remontait pour la première fois depuis six mois sur les planches d’une scène montréalaise. Il a d’ailleurs donné son dernier concert dans la métropole ici même l’automne dernier, la veille du reconfinement en zone rouge. Marie-France Coallier Le Devoir
7 Dans la file pour le concert de Dumas, Jean-Marc Séguin peinait à cacher sa hâte. «Ça va être très nostalgique pour moi ce soir. J’ai vu ce même spectacle en 2003 — il rejoue son album “Le cours des jours” — et là, en 2021, je peux y emmener mes enfants de 8 et 10 ans. Je suis content qu’ils puissent découvrir ça, connaître l’expérience que j’ai vécue», souligne-t-il. D’ailleurs, le fait que les places soient obligatoirement assises l’a encouragé à les emmener avec lui et sa conjointe. Autrement, ils ne se voyaient pas emmener leurs enfants dans un parterre de spectacle. «Je nous trouve chanceux de vivre ça. Je suis tombé par hasard sur les billets et je me suis dit qu’il fallait en profiter, considérant la troisième vague qui nous guette. Qui sait si les salles ne vont pas refermer d’ici deux semaines?» Marie-France Coallier Le Devoir
8 Avec l’autorisation d’accueillir jusqu’à 250 fidèles dans les lieux de culte, même en zone rouge, l’oratoire Saint-Joseph a décidé de rouvrir ses portes vendredi. Il était resté fermé depuis janvier, le lieu étant si grand qu’il ne pouvait pas se permettre d’ouvrir pour seulement 25 personnes, soit la limite en vigueur en zone rouge jusqu’ici. Si seulement une vingtaine de personnes ont assisté à la messe de 14 h, à laquelle Le Devoir s’est présenté, une cinquantaine ont assisté à celle de 8 h 30 et près d’une centaine à celle de 12 h 15. «On est étonnés de voir autant de gens. Le retour avait été plus graduel en juillet, on sentait le monde craintif. On se dit qu’il était temps d’ouvrir et que les gens avaient hâte», lance Céline Barbeau, directrice des communications de l’oratoire Saint-Joseph. Prévoyant un grand nombre de personnes pour le dimanche des Rameaux, l’oratoire comptait renforcer sa sécurité et mettre exceptionnellement en place un système de billets pour limiter le nombre d’entrées. Marie-France Coallier Le Devoir
9 À la sortie de la messe donnée en début d’après-midi à l’oratoire Saint-Joseph, Jean Fumar Poirier s’est dirigée naturellement vers la chapelle pour allumer un lampion et a observé un moment de silence. Originaire des Philippines, la dame de 73 ans ne pouvait manquer la réouverture de l’oratoire, où elle avait l’habitude de se rendre chaque jour avant sa fermeture. «Depuis janvier, elle regardait la messe à la télévision. Mais ce n’est vraiment pas pareil. On avait hâte de pouvoir revenir en personne. C’est comme la maison ici pour nous», explique son mari, Claude Poirier, qui l’accompagnait. Marie-France Coallier Le Devoir

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