Mort de Joyce Echaquan: l’ex-cheffe des urgences de l’hôpital de Joliette se confie

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’ex-cheffe des urgences de l’hôpital de Joliette dit avoir été «trahie» par ses employés, qui lui ont menti après la mort de Joyce Echaquan, puis par la direction du CISSS de Lanaudière. Le décès sous les insultes d’une infirmière et d’une préposée de Mme Echaquan a secoué tout le Québec.

L’ex-cheffe des urgences de l’hôpital de Joliette, qui a démissionné quelques mois après le décès de Joyce Echaquan, estime avoir été « trahie » dans toute cette histoire : par ses employées qui lui ont menti d’abord, puis par la direction du CISSS de Lanaudière, qui ne l’aurait pas soutenue au travers de la crise.

« J’ai été laissée à moi-même », confie Josée Roch au Devoir. Deux mois après son départ de l’hôpital de Joliette, elle tient à donner sa version des faits. Elle n’est pas partie en raison de la mort de Mme Echaquan, qui a subi les insultes de membres du personnel dont elle avait la responsabilité. Elle est plutôt partie parce que le CISSS ne lui en a pas laissé le choix.

« Je pensais vraiment finir ma carrière au CISSS de Lanaudière, dit-elle. Je ne serais peut-être pas partie si j’avais eu des gens derrière moi pour m’aider et si j’avais été appuyée dans toute cette histoire-là. »

Josée Roch, qui travaille désormais à Montréal-Nord, juge qu’elle a été condamnée d’avance par ses supérieurs. Elle en veut au CISSS, qu’elle continue néanmoins de présenter comme « une bonne organisation ». Or, elle se désole du fait que dans le tourbillon qui a suivi la mise au jour de la mort de Joyce Echaquan, l’équipe de crise n’a pas été déployée, « pour que je ne sois pas toute seule ».

« J’ai été laissée à moi-même, déplore-t-elle. C’est tout moi qui portais ce fardeau-là. Si j’avais su, est-ce que j’aurais pu faire mieux ? Oui… si j’avais su. Mais je n’ai pas su. »

Des jours éprouvants

Mme Roch admet avoir été informée d’événements troublants le 28 septembre. « Je suis allée rencontrer les personnes, qui m’ont juré qu’elles n’avaient rien dit et rien fait. Quand j’ai vu la vidéo, je me suis sentie trahie, laisse-t-elle tomber. Moi, l’histoire [de Mme Echaquan], je l’ai vue comme tout le monde, aux nouvelles à 8 h 30. Et je me suis effondrée par terre. Je ne pouvais pas croire que deux de mes employées avaient fait ça. »

Les jours suivant la mort de Joyce Echaquan ont été éprouvants pour ses employés, nombreux à être interrogés par la Sûreté du Québec (SQ) en marge de leurs tâches quotidiennes. « L’aide aux employés, c’est moi qui l’ai fait demander. On avait des employés en crise, qui se faisaient rencontrer par la SQ », relate-t-elle. En entretien, elle souligne qu’elle tient à ce que ce texte précise que le personnel de l’hôpital de Joliette est « extraordinaire ». Elle ajoute cependant qu’elle a elle-même recommandé le renvoi de l’infirmière impliquée dans les événements.

« Ses amies, ses collègues de travail [de l’infirmière concernée] ont toutes été aussi surprises que moi. Ç’a été un choc dans l’équipe. Et quand on l’entend, ça fait encore plus mal. Ça donne froid dans le dos », dit-elle. L’infirmière en question, de même qu’une préposée aux bénéficiaires ont été renvoyées dans la foulée des événements.

Si j’avais su, est-ce que j’aurais pu faire mieux ? Oui… si j’avais su. Mais je n’ai pas su.

 

Josée Roch tient aussi à « mettre au clair » le fait qu’elle n’est pas partie de l’organisation parce qu’elle estimait avoir quelque chose à se reprocher. « J’ai manqué de soutien », affirme-t-elle. Quand elle a été rencontrée par la direction, elle dit avoir senti que si elle ne partait pas, elle serait mise à pied. Son transfert vers un nouveau poste, aux soins intensifs, a d’ailleurs étérepoussé à la suite de la mort de Mme Echaquan, fait-elle remarquer.

« Il n’y a pas une cheffe qui veut vivre ça dans sa vie. Je crois que j’ai donné tout ce que je pouvais à l’équipe », dit-elle. Le CISSS de Lanaudière n’a pas répondu à un courriel du Devoir au sujet du départ de Mme Roch.

En 2019, Josée Roch faisait partie des sept personnes qui ont participé à une première formation en sécurisation culturelle donnée au personnel de l’hôpital de Joliette. « Je l’ai suivie, c’était très intéressant. Avant d’être à Joliette, je n’avais pas de connaissances sur les Atikamekw. Et ce sont des gens qui ne se plaignent jamais », remarque-t-elle.

Pour cela, peut-être, elle dit n’avoir jamais été informée de problématiques de racisme au sein de son organisation. Personne ne lui a fait part, non plus, des conclusions de la commission Viens, qui s’est longuement attardée aux problèmes de discrimination et de racisme à l’hôpital de Joliette.

Dans le contexte, Mme Roch se réjouit de voir que davantage de formation est désormais donnée aux employés du système de santé. Mais « je ne pense pas que ça devrait être juste à Joliette qu’il y a de la formation, précise-t-elle. Ça en prendrait partout. »

 

Avec Jessica Nadeau

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