Déportation imminente du migrant détenu qui a fait une grève de la faim en février

L’Agence des services frontaliers pourrait procéder à l'expulsion du pays de l’homme de 38 ans mardi matin.
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne L’Agence des services frontaliers pourrait procéder à l'expulsion du pays de l’homme de 38 ans mardi matin.

Un homme d’origine latino-américain qui a entamé une grève de la faim à la mi-février pour dénoncer ses conditions de détention au Centre de surveillance de l’immigration (CSI) de Laval pourrait être expulsé vers son pays d’origine dès mardi. Il est le premier détenu du centre à avoir été déclaré positif à la COVID-19, le 15 février dernier, et son avis d’expulsion pourrait être effectif si l’homme de 38 ans, qui se dit toujours atteint de la maladie, reçoit un résultat négatif.

« Les voies légales sont malheureusement épuisées », déplore Tanya Rowell Katzemba, porte-parole de l’organisme Solidarité sans frontières. « On est choqués d’avoir appris l’intention de l’Agence des services frontaliers du Canada de procéder à son expulsion avec seulement quelques jours de préavis. Nous pensions demander une autre audience de révision de détention, mais tout à coup, nous avons reçu la nouvelle. On ne comprend pas l’urgence », signale-t-elle.

Joint par téléphone, le détenu indique au Devoir avoir été informé le 11 mars de son expulsion, prévue le 16 mars. Il affirme qu’il présente toujours des symptômes de la COVID-19 et confirme être en attente du résultat d’un test effectué lundi matin. « J’ai encore des maux de tête fréquents, j’ai mal aux yeux et j’ai de la difficulté à respirer, notamment lorsque je dors », dit l’homme, qui demande d’être identifié sous le pseudonyme de Marlon, craignant d’être en danger si la nouvelle de son retour parvient dans son pays d’origine. « On ne m’a pas donné de médicament, à moi et aux autres détenus qui ont été infectés ; nous avons été simplement mis en isolement pendant 14 jours dans des conditions déplorables. »

Dans un courriel envoyé au Devoir lundi soir, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a déclaré que trois détenus ont été déclarés positifs après un test de dépistage de la COVID-19 au Centre de surveillance de l’immigration (CSI) de Laval, le premier cas ayant été recensé le 15 février. Selon le porte-parole de l’agence, Mark Stuart, les trois détenus seraient maintenant en santé.

Dans un article publié en novembre dernier, l’ASFC se disait soucieuse de trouver des manières de libérer ces détenus à la première occasion, car elle était préoccupée par le risque de contamination à la COVID-19.

« On aimerait que le Canada respecte ses engagements envers le public pour garder tout le monde en santé et en sécurité. C’est déplorable que, dans le contexte actuel de pandémie, on continue de renvoyer des personnes qui ont fui leur pays en raison de la violence. C’est complètement inhumain », renchérit Mme Rowell Katzemba. « Ils vont mettre Marlon dans un avion avec d’autres personnes, même s’il a encore des symptômes de COVID-19. Cela va à l’encontre des consignes de la santé publique », soutient-elle.

Marlon a été le premier des trois détenus déclarés positifs à la COVID-19, et le premier à avoir entamé une grève de la faim — qui a duré 11 jours —, la journée où il a reçu son diagnostic, pour dénoncer les conditions de détention des migrants, propices à la propagation du virus parmi les détenus et le personnel. « Il y a une grande rotation de personnel qui vient de l’extérieur, et nous sommes souvent en contact avec eux, alors j’ai fini par attraper la COVID-19 », soutient-il. Sept autres détenus et détenues l’ont suivi, ayant entamé une grève de la faim pendant cinq jours afin d’exiger leur libération immédiate.

S’il est expulsé du pays demain, l’homme de 38 ans sera séparé de sa femme et de son enfant de 19 ans, qui ont acquis le statut de demandeur d’asile après la détention du père de famille en novembre 2020. La famille, qui ne possédait pas de pièces d’identification légales au moment de son arrestation, a quitté son pays en novembre 2019 pour se rendre au Mexique, puis au Canada, afin de fuir la violence et les menaces proférées à son endroit. « Plusieurs membres de ma parenté ont été tués et nous avons reçu des menaces, alors nous avons décidé de fuir le pays, souhaitant commencer une nouvelle vie au Canada », affirme Marlon.

Le processus menant à une décision de renvoi est une responsabilité partagée par l’ASFC, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) et la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR). L’agence précise que toute personne faisant l’objet d’une mesure de renvoi du Canada a droit à une procédure régulière devant la loi et que toutes les mesures de renvoi sont sujettes à divers niveaux d’appel ou de révision. Avant le renvoi, les personnes peuvent demander un contrôle judiciaire, ainsi que des procédures de contrôle administratif qui évaluent le risque pour la personne de retourner dans son pays d’origine. L’ASFC ne procède au renvoi que lorsque ces recours sont épuisés et que les documents de voyage sont disponibles.

Dans le cas où il y aurait des problèmes médicaux, les agents de l’ASFC consultent des professionnels de la santé et se fient à leur expertise pour déterminer si une personne est apte à voyager, écrit M. Stuart, port-parole de l’agence.

Au moment de la publication de cet article, Le Devoir était en attente des réponses du Centre de surveillance de l’immigration (CSI) et de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR).

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