En Alberta, une ancienne ministre de l’Environnement est surveillée à son insu par la police locale

Pendant quatre ans, la députée néodémocrate et ancienne ministre de l’Environnement, Shannon Phillips se sentait surveillée par plusieurs policiers.
Photo: Patrick Doyle La Presse canadienne Pendant quatre ans, la députée néodémocrate et ancienne ministre de l’Environnement, Shannon Phillips se sentait surveillée par plusieurs policiers.

De sérieuses allégations ont été faites envers cinq policiers et un employé civil de Lethbridge, pour avoir espionné et effectué des recherches sans motif apparent à l’égard de Shannon Phillips, l’ancienne ministre de l’Environnement. Une enquête est en cours.

Pendant quatre ans, la députée néodémocrate et ancienne ministre de l’Environnement, Shannon Phillips se sentait surveillée par plusieurs policiers.

C’est en faisant, elle-même, en 2020, une demande d’accès à l’information auprès du serveur de la police de Lethbridge, qu’elle découvre avec stupéfaction un rapport édifiant de 9308 pages, la concernant. Dans ce document, si la plupart des pages sont entièrement noircies, il en reste suffisamment pour comprendre à quel point elle était dans le viseur de certains représentants des forces de l’ordre.

L’affaire commence en 2017 quand Shannon Phillips, à l’époque ministre de l’Environnement, déjeune avec un couple d’amis dans un restaurant de la ville. Deux policiers, Jason Carrier et Keon Woronuk prennent alors des photos d’elle, à son insu, pour les publier juste après sur Facebook, accompagnées de commentaires peu élogieux envers la ministre. Shannon Phillips dépose alors une première plainte au poste de police de Lethbridge, s’en suit une enquête. Elle pensait alors que l’affaire s’arrêterait là.

Or, en 2018, c’est avec stupéfaction que le résultat de l’investigation lui dévoile être sous surveillance policière de la part de ces deux représentants de l’ordre public. Cette découverte l’amène à prendre la décision, en 2020, de faire une demande complète d’accès à l’information.

Dans une entrevue donnée cette semaine à Radio-Canada Alberta, elle explique avoir eu l’intuition que quelque chose de plus important se cachait derrière toute cette affaire.

Motivation politique et chasse gardée

Selon les rapports, les deux agents avaient cru entendre Shannon Phillips s’entretenir, en 2017, à la table à côté, sur les politiques de protection environnementale concernant la création d’un parc à Castle, dans le sud-ouest de l’Alberta. À l’époque, la ministre avait commencé à interdire le passage de certains véhicules tout-terrain dans cette région pouvant véritablement endommager la faune et les ruisseaux. Certains policiers faisaient, alors, campagne contre la politique d’interdiction de ces véhicules. « En tant que ministre de l’Environnement, elle avait beaucoup d’influence », reconnaît, Annie McKitrick, ancienne députée néodémocrate, sous l’ancien gouvernement de Rachel Notley.

« On savait qu’il y avait des forces dans les parties rurales qui n’acceptaient pas les néodémocrates. Il y a une culture, surtout dans le sud de l’Alberta, où on n’accepte pas ce que le gouvernement peut dire de faire ou de ne pas faire », dénonce cette dernière. Pour la première fois, l’Alberta  se retrouve à l’époque sous un régime néodémocrate (2015 à 2019), et ce, après plus de 40 ans de conservatisme.

Cette semaine, Shannon Phillips a abondé dans ce sens, lors de son entrevue avec Radio-Canada. « Les policiers l’ont admis durant l’enquête. J’ai fait ça, car je n’aime pas le NPD, je n’aime pas particulièrement Mme Phillips ni les décisions qu’elle a prises en lien avec l’environnement », rapporte-t-elle.

De son côté, le ministre de la Justice, Kaycee Madu, s’est dit indigné sur les médias sociaux concernant cette affaire. « Je suis scandalisé par les récents rapports de surveillance non autorisés d’un concitoyen albertain, et par plusieurs membres du service de police de Lethbridge (LPS). Que cela arrive à une élue est encore plus troublant », s’exclame-t-il.

Lundi, le ministre a rencontré le chef du Service de police de Lethbridge, Shahin Mehdizadeh. À la suite de cet échange, ce dernier s’est engagé à prendre des mesures « appropriées ».

Cependant, il veut attendre les résultats définitifs de l’enquête en cours. Il a également indiqué qu’un des policiers ayant fait les recherches sur Shannon Phillips avait été suspendu, mais pour un incident qui apparemment n’est pas en lien avec ses agissements envers la députée.

Shannon Phillips avait déjà, elle, déclaré lors d’une conférence de presse. « Si un agent de cette ville place quelqu’un sous surveillance parce qu’il n’est pas d’accord avec lui, qu’est-ce que cela signifie pour la sécurité de la communauté ? »

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