Nurse de mère en fille

Delisa et Denise (devant) Nurse, infirmières. Les communautés noires, francophone et anglophone, sont omniprésentes dans le réseau de la santé montréalais.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Delisa et Denise (devant) Nurse, infirmières. Les communautés noires, francophone et anglophone, sont omniprésentes dans le réseau de la santé montréalais.

La veille de Noël, Delisa Nadine Nurse tenait la main d’une patiente qui mourait de la COVID-19 à l’Hôpital général juif, alors qu’elle poussait son dernier soupir, dans l’isolement complet. « Je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer », raconte-t-elle.

Delisa Nadine Nurse est infirmière. Comme sa mère, Denise Nurse, dont le patronyme est le fruit d’un pur hasard. Et aussi comme sa cousine, sa tante et son oncle, aujourd’hui disparus. Sa sœur et son autre tante travaillent aussi dans le domaine des services aux personnes âgées.

En fait, les communautés noires, francophone et anglophone, sont omniprésentes dans le réseau de la santé montréalais. En août dernier, une étude de Statistique Canada rapportait qu’une femme de la communauté noire sur trois travaillait dans les soins de santé et de l’assistance sociale au Canada. Dans la communauté haïtienne, plus d’une femme sur deux œuvre dans ce domaine. Et dans bien des cas, le métier se transmet de génération en génération.

« Lorsque ma mère était à la Barbade, elle rêvait de devenir infirmière, mais n’en avait pas les moyens », dit Denise Nurse. Une fois arrivée ici, Denise, comme son frère et sa sœur, est devenue infirmière. Elle a travaillé 35 ans dans au foyer de personnes âgées Maimonides de Montréal, où une forte proportion de résidents n’avait que très peu de visites de leurs familles.

« Pour être infirmière, cela prend de la patience, de la patience et de la patience, de l’empathie et de l’amour, dit-elle. Il faut aimer les gens. »

Denise Nurse a pris sa retraite en 2019. Aujourd’hui, elle vit avec sa fille Delisa. Enfant, Delisa était passionnée par les sciences et adorait aider les gens. Elle se souvient d’avoir mis les gouttes dans les yeux de sa grand-mère alors que celle-ci venait de faire un infarctus. « Je voulais lui donner son bain et lui servir du gruau au déjeuner », se souvient-elle.

Le métier d’infirmière lui a permis de réunir ses deux passions. « C’est valorisant », dit-elle, même en période de pandémie. Quand Delisa travaillait à l’unité réservée pour la COVID 19 du Jewish Hospital, elle savait qu’elle risquait sa vie pour les autres.

De plus, ce sont souvent les infirmières qui assurent le soutien affectif lorsqu’un patient vient de recevoir un diagnostic difficile ou quand les proches sont tout simplement absents. « On devient comme leur famille, dit Denise Nurse. Le plus difficile dans les CHSLD, c’est de les amener à se sentir chez eux. »

La clientèle de personnes âgées souffre souvent de pertes cognitives, et dans cet accompagnement, il y a de bonnes comme de mauvaises expériences. Elle se souvient de ce patient qui croyait qu’il ne pouvait pas aller à la cafétéria parce qu’il n’avait plus de carte de crédit. « Je lui ai fabriqué une carte à l’ordinateur et je lui ai dit que c’était sa famille qui me l’avait envoyée », se souvient-elle.

Delisa se rappelle aussi avoir vu un patient lancer un verre de jus d’orange sur sa mère. « Tous mes vêtements étaient trempés, raconte Denise. Il faut gagner la confiance des gens, parfois, les patients nous crachent dessus ou nous griffent », dit-elle.

Au fil des ans, Denis Nurse a vu arriver au CHSLD des clientèles plus lourdes, plus jeunes. « Les proches sont davantage occupés à travailler qu’autrefois », dit-elle.

À conjuguer les quarts de jour et de nuit, sans pouvoir toujours jouir de deux journées de congé consécutives, Delisa admet qu’il lui est difficile de maintenir une vie privée avec ce métier. « Je pense à ma mère qui rentrait à la maison pour préparer le souper, faire faire les devoirs et les bains après une journée de travail, ça m’impressionne », dit-elle.

Par métiers des soins de santé et d’assistantes sociales, on comprend les infirmières autorisées, les infirmières auxiliaires, les aides-infirmières, les aides-soignantes, les préposées aux bénéficiaires, les travailleuses des services sociaux et communautaires, les éducatrices et aides-éducatrices de la petite enfance, les aides familiales résidentes et les aides de soutien à domicile.

« Il y a des membres de la communauté noire partout dans le réseau de la santé. À tous les niveaux. Mais des médecins, il y en a moins », reconnaît Delisa Nurse.  

Un club pour s’épauler

Ce n’est pas d’hier que les femmes de la communauté noire sont impliquées dans l’assistance sociale au Québec. C’est en 1902 qu’a été fondé le Coloured Women Club de Montréal, par un groupe de femmes américaines dont les maris étaient porteurs de bagages des chemins de fer. Ces femmes noires étaient exclues des autres organisations charitables
montréalaises.

 

Le Coloured Women Club s’est alors impliqué dans le soutien des communautés défavorisées du quartier Saint-Antoine, agissant bénévolement dans les hôpitaux de Montréal, auprès des mères célibataires, des chômeurs et des sans-abri.

 

Il a aussi prodigué des soins aux soldats blessés lors de la guerre des Boers. Aujourd’hui, le Coloured Women Club de Montréal existe toujours, mais il se concentre davantage sur les besoins en éducation et sur le soutien aux étudiants.