Une famille d’origine congolaise dont le père est mort de la COVID-19 a toujours besoin de soutien

Sur la photo (de gauche à droite): Johnley Pierre (NSKA), Jeanne Kugiza-Ivara, Cécile Kabawinyi-Ivara, Christian Winyi-Ivara, Amoti Fouraha et Carine Nkulu (NSKA) devant la résidence de la famille, à Deux-Montagnes
Photo: Courtoisie Sur la photo (de gauche à droite): Johnley Pierre (NSKA), Jeanne Kugiza-Ivara, Cécile Kabawinyi-Ivara, Christian Winyi-Ivara, Amoti Fouraha et Carine Nkulu (NSKA) devant la résidence de la famille, à Deux-Montagnes

Huit mois après le décès de Désiré Buna Ivara, père de famille congolais emporté par la COVID-19 en mai dernier, son épouse et ex-préposée aux bénéficiaires au CHSLD de Dorval, Amoti Furaha Lusi, ainsi que ses six enfants ont toujours besoin de soutien moral et matériel. Début décembre, l’organisme NSK a pris le flambeau afin de venir en aide à ces résidents de Deux-Montagnes, après la naissance de la plus jeune membre de la famille.

Les semaines suivant le décès de M. Buna Ivara, qui était âgé de 50 ans, les membres de sa congrégation à l’église Arche de Dieu, le personnel de la Commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles, des organismes et des voisins se sont succédé pour venir en aide à Mme Furaha et ses enfants Elliot, Jérôme, Jeanne, Cécile et Christian, âgés de 3 à 20 ans aujourd’hui. Une campagne de socio-financement avait aussi été lancée pour leur fournir une aide financière.

Soutien de NSK

Arrivée du Congo en 2010 pour rejoindre son mari, Mme Furaha a accouché de son sixième enfant, Désirée Tabitha, le 25 novembre dernier. « J’ai eu beaucoup de complications et j’ai dû rester à l’hôpital 15 jours. L’organisme NSK est venu chez nous pour nous livrer des paniers de produits deux fois depuis », dit la mère de famille, reconnaissante du soutien reçu.

« Mme Furaha et moi faisons partie de la même congrégation. Je n’ai pas pu assister aux funérailles de son mari, mais son histoire m’avait beaucoup attristée », raconte Carine Nkulu, bénévole et responsable des relations publiques depuis plus d’un an pour l’organisme haïtien à but non lucratif NSK Faisons ce que nous pouvons (Nap fe san kapab), qui siège à Anjou. Actuellement, l’objectif de l’organisme est de contribuer à minimiser l’effet de la pandémie pour les familles en situation vulnérable.

« Nous avons amassé des denrées alimentaires, des couches et des produits de nettoyage, et nous les leur avons apportés début décembre », poursuit la travailleuse en imagerie médicale, arrivée du Congo avec sa famille en 2013.

« Mme Furaha et ses enfants ont encore grand besoin de soutien moral et émotionnel. C’est un peu compliqué de lui rendre visite en raison de la pandémie, mais nous faisons de notre mieux pour les aider », explique Carine, ancienne bénévole pour Oxfam à Québec. « Je tiens à aider les gens, notamment les femmes, car il y en a qui m’ont aidée dans la vie sans rien me demander en retour. Une dame m’a dit un jour : “Si tu as l’opportunité, tu peux aussi aider d’autres personnes plus tard” », nous confie-t-elle.

L’équipe de NSK se débrouille pour venir en aide aux familles à Montréal, Gatineau, Drummondville et Longueuil actuellement. « Nous ne recevons presque aucune aide financière, nous comptons avec le soutien d’autres partenaires », indique le fondateur et président de l’organisme, Johnley Pierre, arrivé d’Haïti en 2018.

« En plus de distribuer des denrées alimentaires et des repas chauds, quelques membres de notre équipe de 30 bénévoles font des suivis téléphoniques afin de s’assurer que la population garde le moral durant le confinement, surtout les personnes qui vivent seules », ajoute-t-il, précisant que l’équipe fait une cinquantaine d’appels par semaine.

Un vide laissé derrière lui

« Ma petite sœur va bien, on va tous mieux, mais j’ai beaucoup de stress ne sachant pas comment l’année va se passer ou quelle sera la prochaine étape pour nous. J’ai même perdu un peu mes cheveux », confie Cécile, l’aînée des filles d’Amoti Furaha Lusi et étudiante au Cégep de Saint-Jérôme. « En ce moment, j’apprends à conduire. Je finis mon cours bientôt, alors ce sera un stress de moins ! » lance-t-elle.

Cécile déplore le vide laissé par son père dans la maison. « Avant, il y avait beaucoup de vie chez nous, maintenant, personne ne fait de bruit », affirme la jeune femme âgée de 18 ans. « C’est vraiment pas facile de vivre la situation avec la COVID. Mes petits frères, Jérôme et Elliot, pleurent et cherchent toujours notre père, c’est triste. »

« C’est très difficile pour mes enfants, car mon mari les aidait beaucoup avec leurs études, entre autres. Il avait pris une année sabbatique au travail pour terminer sa thèse de doctorat à l’UQAM. Il ne lui restait qu’un mois pour graduer », raconte Mme Furaha.

« Mon mari est mort par négligence »

La COVID-19 est rentrée dans la famille congolaise début avril, après que Mme Furaha, ex-préposée aux bénéficiaires au Centre d’hébergement Foyer Dorval, a été infectée par un de ses collègues, qui avait été appelé en renfort au premier étage du centre bien qu’il présentât des symptômes de la maladie. « J’ai exprimé mon inquiétude à mon chef d’unité, mais il n’a rien fait », déplore-t-elle.

Quelques jours après avoir été déclarée positive, son mari et ses enfants sont eux aussi tombés malades. « Les gens de la santé publique n’ont pas voulu les tester, car ils ont dit que ça coûtait cher », renchérit la mère de famille, qui a dû appeler l’ambulance l’après-midi du 12 avril, lorsque son mari est tombé en détresse respiratoire.

« La maladie avait déjà envahi son corps. Il m’a appelé de l’hôpital pour me dire qu’il allait être intubé, mais il était sûr que tout allait bien se passer, car il n’avait pas d’autres problèmes de santé connus. Ce fut la dernière fois que je lui ai parlé », poursuit-elle. Son mari a été transféré de l’hôpital de Saint-Eustache au CHUM à Montréal cette nuit-là, car il avait besoin d’un traitement d’oxygénation par membrane extra-corporelle (ECMO).

« Après un mois sous coma artificiel, les médecins m’ont dit qu’il allait mieux et qu’ils allaient le retirer de l’ECMO », se souvient Mme Furaha. Toutefois, M. Buna Ivara a subi une hémorragie cérébrale quelques heures plus tard. « On m’a demandé de me rendre à l’hôpital et de prendre la décision de débrancher mon mari, mais je ne pouvais pas le faire. Il est parti trois jours plus tard sans savoir que j’étais enceinte », confie-t-elle avec chagrin.

« Ce que j’ai vécu avec le décès de mon mari dépasse la souffrance que j’ai vécue quand mon père est mort décapité au Congo pendant la guerre. Je prie et je m’accroche à la vie pour mes enfants, mais j’ai beaucoup de questions qui n’ont pas de réponse », avoue la mère de famille. Elle affirme être en colère contre les gens de son lieu de travail. « Si j’ai attrapé la COVID-19 et que mon mari est mort, c’est par la négligence de mon chef d’unité », soutient-elle.

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