La mort d’un sans-abri sème la consternation

L’homme est décédé à quelques mètres du centre pour itinérants qu’il fréquentait régulièrement. (Photo d'illustration)
Photo: Adil Boukind Le Devoir L’homme est décédé à quelques mètres du centre pour itinérants qu’il fréquentait régulièrement. (Photo d'illustration)

La mort d’un itinérant autochtone, trouvé sans vie dimanche matin dans une toilette chimique située à l’angle de l’avenue du Parc et de la rue Milton, à Montréal, a semé la consternation chez les organismes qui œuvrent auprès des sans-abri. L’organisme d’aide La Porte ouverte estime que ce décès aurait pu être évité si le centre que l’homme fréquentait habituellement était resté ouvert toute la nuit, comme c’était le cas en décembre.

Le corps de Raphael André, 51 ans, a été découvert dans la toilette portable installée à quelques mètres du centre La Porte ouverte. Le dossier a été confié au Bureau du coroner, qui ignore encore les causes de ce décès.

Selon Mélodie Racine, directrice générale de La Porte ouverte, Raphael André était souvent la dernière personne le soir à quitter le centre. Depuis le 1er décembre, l’organisme offrait une halte-chaleur de nuit, mais celle-ci a dû être fermée en raison de cas de COVID-19 détectés parmi les itinérants, explique Mme Racine. « Si ça avait été ouvert, il serait peut-être venu pour chercher son filet de sécurité habituel. La journée même, on l’avait vu. On lui avait donné des vêtements. Il avait pris une douche, il avait mangé. On était un soutien pour lui », dit-elle.

« Raphael André était quelqu’un de généreux, relate l’intervenant John Tessier. Quand il avait de l’argent, il le partageait avec les autres. Il n’avait pas l’habitude de nous demander de l’aide, mais dans la dernière semaine, il nous a suppliés tous les jours de lui permettre de rester à l’intérieur le soir, ce qu’on ne pouvait pas faire. C’est ce qui brise le cœur. »

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Halte-chaleur fermée

Un problème de plomberie avait forcé La Porte ouverte à suspendre ses services en décembre. À sa réouverture le 11 janvier, la Santé publique aurait requis qu’il ferme à 21 h 30 et n’ouvre pas sa halte-chaleur de nuit en raison de l’éclosion de COVID-19, indique Mélodie Racine.

La Direction régionale de santé publique de Montréal affirme toutefois ne pas avoir ordonné cette fermeture. « Une recommandation de suspension temporaire de la halte-chaleur avait été émise le 2 janvier et entérinée par le conseil d’administration de La Porte ouverte, afin de gérer l’éclosion au sein de ses usagers et de son personnel », a précisé le conseiller aux relations médias, Eric Forest.

De son côté, le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’île-de-Montréal se dit prêt à recommander la réouverture de la halte-chaleur la nuit « si les mesures sanitaires sont appliquées et maintenues à la hauteur des directives du ministère de la Santé ».

« Je me souviens, je le voyais au centre. Mais on ne s’est jamais parlé », lance Martin, qui fréquente La Porte ouverte à l’occasion. Le Devoir l’a croisé lundi, à quelques mètres de la toilette chimique où le corps de Raphael André a été retrouvé, sur la rue Milton. « C’est triste de mourir là-dedans, dans le froid. Même si je ne le connaissais pas, je le souhaite à personne », a-t-il dit.

Il ignore les détails entourant le décès de Raphael André, mais peine à en mettre la cause uniquement sur le dos de la pandémie ou du couvre-feu. « Ça nous rend pas la vie facile, mais à Montréal faut toujours avoir un plan B pour ta nuit. Ce n’est pas nouveau de cette année, ça fait longtemps qu’on n’a pas assez de places dans les refuges et qu’il faut savoir où aller pour ne pas mourir de froid l’hiver. »

Des places disponibles

Heather Johnston, directrice générale pour Projets autochtones du Québec (PAQ), soutient que Raphael André aurait pu se rendre au refuge de PAQ du Complexe Guy-Favreau, qui avait plusieurs places disponibles samedi soir. « Il venait beaucoup au refuge autochtone de PAQ. Il y était vendredi soir et il avait subi un test de dépistage de la COVID-19. Je ne sais pas ce qu’il lui est arrivé », a-t-elle confié.

Nakuset, directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, est révoltée par ce décès. Selon elle, il est évident qu’il manque de places pour les itinérants à Montréal. « Je savais que cela allait arriver. Le gouvernement a décrété un couvre-feu en disant qu’il y avait assez de places pour tout le monde. Ça n’a pas de sens. »

Elle soutient avoir alerté les autorités, mais en vain. « Ils pourraient demander l’intervention de l’armée ou de la Croix-Rouge et ériger une tente extérieure pour accueillir les itinérants. Ou ouvrir l’hôpital Royal-Victoria en entier ou utiliser les gymnases dans les universités. Il y a plein de possibilités, mais c’est la volonté qui n’y est pas. »

Dans une déclaration publiée lundi, la mairesse Valérie Plante a déploré le décès de Raphael « Napa » André. Les équipes de la Ville sont en communication avec les partenaires du milieu pour permettre la réouverture de la halte-chaleur de l’organisme, a-t-elle indiqué.