21 Québécois qui feront 2021

L'activiste et artiste pluridisciplinaire Émilie Monnet
Photo: Jake Wright Le Devoir L'activiste et artiste pluridisciplinaire Émilie Monnet

1. ÉMILIE MONNET (activiste et artiste pluridisciplinaire)

N’eût été Émilie Monnet, la mémoire de Marguerite Duplessis resterait probablement endormie pour de nombreux siècles encore dans notre imaginaire collectif.

Cette esclave amérindienne, qui a vécu à Montréal à l’époque de la Nouvelle-France, a pourtant entamé un procès contre son maître, Marc-Antoine Huard de Dormicourt, en alléguant qu’elle était baptisée et née « d’un père blanc et d’une mère autochtone libre », raconte la dramaturge anichinabée. Marguerite Duplessis n’aura pas gain de cause. Et elle sera finalement envoyée comme esclave en Martinique, où Marc-Antoine Huard de Dormicourt avait une plantation, et d’où elle n’est jamais revenue.

Mais Émilie Monnet est partie sur ses traces et en a fait l’objet de son prochain spectacle, Marguerite, qui prendra l’affiche au printemps au Théâtre d’aujourd’hui, dans une version intime, puis à Espace Go en 2022.

« Le procès, c’était en octobre 1740, raconte-t-elle. Cela a duré un mois. C’était vraiment un scandale à l’époque. Du jamais vu. C’était la première fois qu’une personne esclave avait recours à la justice, et une personne autochtone aussi. Elle habitait rue Saint-Paul, qui était la rue principale de Montréal, où il y avait beaucoup d’esclaves », raconte Émilie Monnet.

Marguerite a ensuite été emprisonnée à Québec, d’où partait le bateau pour les îles. « Elle a perdu son procès, et ça n’était pas étonnant. Étant donné que le juge et l’intendant de l’époque, Gilles Hocquart, était lui-même un grand propriétaire d’esclaves », poursuit Monnet.

« L’esclavage a été aboli en 1833, mais durant la première moitié des deux siècles de la période d’esclavage en Nouvelle-France, 90 % des esclaves étaient des Autochtones », dit l’artiste anichinabée.

« Il y avait des Montagnais et des Inuits, poursuit-elle en citant les travaux de l’historien Marcel Trudel, mais la plupart des esclaves autochtones venaient de l’ouest du Mississippi et du Nebraska », dit-elle. Il était peut-être gênant, en effet, pour les habitants de la Nouvelle-France de posséder des esclaves provenant de nations alliées avoisinantes.

« Amnésie complète »

Marguerite Duplessis était quant à elle sans doute comanche ou iowa. C’était, poursuit Émilie Monnet, « une captive qui avait été offerte, en gage de diplomatie et de paix, à un certain M. Robert Bourassa, qui l’a faite esclave pour la donner à un certain M. Duplessis ». « À partir de là, elle s’est promenée, elle a été revendue à plusieurs hommes et enfin vendue à monsieur Marc-Antoine Huard de Dormicourt. Il avait une plantation en Martinique, et avait un commerce d’esclaves de personnes autochtones d’ici, qui étaient revendues dans les Caraïbes. C’était assez lucratif. Ça n’a pas duré très longtemps, et ça n’a pas été totalement légalisé. Mais il y a plusieurs traces de ça dans les archives », dit-elle.

Or, cet épisode d’esclavage est méconnu même au sein des nations amérindiennes. « C’est complètement méconnu, même chez les Autochtones. Il y a une amnésie complète de cette période de l’histoire. »

On appelait les esclaves amérindiens des Panis, en référence aux Pawnees, peuple autochtone des États-Unis. Le travail d’Émilie Monnet sur la vie de Marguerite Duplessis a commencé dans le cadre du projet Exhibiting the archives / performing the archives. La pièce Her Name Was Marguerite Duplessis : A Silenced History of Slavery,avait été présentée lors d’un événement organisé par le Collectif des commissaires autochtones.

Émilie Monnet a notamment consulté les archives de l’historien québécois Marcel Trudel, qui a écrit sur cette période de la Nouvelle-France, en plus de publier un Dictionnaire des esclaves et de leurs propriétaires au Canada français, chez Hurtubise HMH.

« Son procès aussi était important. Il y en avait 55 pages numérisées dans les archives du Québec. J’ai trouvé aussi des informations sur Internet », dit-elle.

« Dans le spectacle, on part du verbatim, mais on l’utilise comme une partition musicale », précise-t-elle.

On ne sait pas, cependant, ni où ni comment Marguerite Duplessis est morte, vraisemblablement quelque part en Martinique. « Je suis partie en Martinique tout le mois de janvier pour retrouver les traces de Marguerite, où elle aurait atterri. J’ai trouvé des choses sur Dormicourt. Mais il y a plein de choses qui nous échappent encore pour recoller les morceaux du puzzle. »

C’est ce puzzle qu’elle reconstruit tranquillement pour redonner une mémoire, un visage à celle qu’elle qualifie d’« ancêtre activiste autochtone », en consonance avec les Autochtones militantes d’aujourd’hui.

Cette pièce fait d’ailleurs un rapprochement entre la condition des esclaves amérindiens et les esclaves africains déportés en Martinique.

Une avant-première devrait avoir lieu à Repentigny au mois de mars, puis en avril au Théâtre d’aujourd’hui. « Il y aura une version intime », dit Émilie Monnet. Une version conçue pour de plus grands espaces devrait pour sa part prendre l’affiche, notamment en 2022 à Espace Go.

« J’ai une interprète de la Martinique qui ne pourra se joindre à nous au printemps à cause de la COVID », explique Émilie Monnet.

« Ce qui est riche aussi, c’est de faire les liens entre les communautés noire et autochtone dans la résistance. »

Caroline Montpetit


2. DANIEL PARÉ (CISSS de Chaudière-Appalaches)

Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne

Début décembre 2020. Daniel Paré décroche le téléphone. Le sous-ministre intérimaire de la Santé et des Services sociaux, Vincent Lehouillier, est à l’autre bout du fil. « Il m’a demandé de relever mes manches. J’ai répondu oui », raconte-t-il dans un entretien avec Le Devoir.

Le p.-d.g. du CISSS de Chaudière-Appalaches venait d’accepter, sans hésitation, de prendre les commandes de la campagne de vaccination contre la COVID-19 : une opération d’une ampleur sans précédent sur laquelle les yeux des Québécois, à commencer par les décideurs politiques et les journalistes, seront rivés.

Le haut fonctionnaire Jérôme Gagnon avait renoncé à ses fonctions de « général » de la campagne de vaccination en raison de la maladie. Une fois informé, M. Lehouillier s’est tourné vers le gestionnaire d’expérience Daniel Paré. « C’est certain que j’ai été pris par surprise. Quand on est p.-d.g. d’une organisation, on est là pour servir. Il n’y a pas eu une grande réflexion, j’ai dit oui sur-le-champ. J’ai terminé quelques dossiers et deux jours après, j’étais dans ce nouveau rôle », relate-t-il, un mois après avoir revêtu les habits de « général québécois » de la vaccination. Le gestionnaire dit avoir l’impression que six mois se sont écoulés depuis le moment où il s’est vu confier la tâche de vacciner six millions de Québécois, soit 70 % de la population québécoise, le plus rapidement possible.

Daniel Paré a aussitôt acquis une notoriété publique dépassant les frontières de la région de Chaudière-Appalaches, où « tout le monde sait » qu’il est un passionné de chasse et de pêche. « Il faut se le dire : la vaccination va être, en 2021, un des grands sujets de l’heure. C’est un des rayons d’espoir qu’on a pour se sortir de la COVID-19 et revenir le plus rapidement possible à la normale. Je suis très conscient que c’est un dossier hyperimportant. En tant que citoyen, moi aussi, je veux que ça réussisse », fait-il valoir, affichant le calme d’un gestionnaire qui en a vu d’autres.

Ses forces en gestion et en organisation, en plus de sa connaissance du réseau de la santé, avec lequel il affronte la COVID-19 depuis mars 2020, ont milité en faveur de sa désignation comme directeur de la campagne de vaccination, estime le gestionnaire dont le travail a été salué par Agrément Canada. « Ça paraît qu’il était sur le terrain. Il connaît ses affaires. C’est impressionnant. À une question claire, on a droit à une réponse claire », dit un membre de l’entourage du ministre Christian Dubé.

Le « succès » de la campagne de vaccination dépendra avant tout du « travail » de la « grande équipe » de vaccination, dont les membres se trouvent au quartier général du ministère de la Santé ainsi que dans les CISSS et les CIUSSS à travers le Québec. « Moi, je vais être plus un genre de chef d’orchestre. C’est tous les établissements de santé, les équipes au ministère dans tout le travail de coordination qui vont faire la différence », soutient-il.

Son diplôme d’études collégiales en inhalothérapie et anesthésie du cégep de Sainte-Foy le conduit à l’hôpital régional Chaleur à Bathurst, au Nouveau-Brunswick, où il est rapidement coiffé du titre de chef d’équipe des inhalothérapeutes en salle d’opération (1987-1994). Il se joint par la suite à l’équipe de la clinique privée VitalAire Santé, qui est spécialisée dans le traitement de l’apnée du sommeil (1994-2001), tout en entreprenant des études en administration à l’Université de Moncton. Puis, il grossit les rangs du réseau de la santé néo-brunswickois, où il conquiert ses galons de gestionnaire (2003-2009). « Dans ce temps-là, il n’y avait pas beaucoup de travail. J’étais allé au Nouveau-Brunswick pour un ou deux ans. Je suis tombé amoureux de la région. Et j’ai eu de belles opportunités de travail aussi. J’ai élevé ma famille là-bas », relate-t-il, avant d’ajouter : « Dans mon for intérieur, je vous dirais que je suis à moitié Québécois et à moitié Acadien d’adoption, ça c’est certain. »

Daniel Paré rentre au Québec en 2009 pour diriger le Centre de santé et de services sociaux de Montmagny-L’Islet (2009-2012), puis l’Agence de la santé et des services sociaux de Chaudière-Appalaches et le CISSS de Chaudière-Appalaches (2012). « J’aime à croire que le CISSS de Chaudière-Appalaches est une organisation performante », mentionne-t-il. En tout cas, le CISSS tire bien son épingle du jeu dans les « palmarès » des urgences, des chirurgies ou encore de prise en charge par des médecins de famille.

Au CISSS de Chaudière-Appalaches, on ne tarit pas d’éloges à l’endroit de Daniel Paré. « C’est quelqu’un de terre à terre qui écoute, consulte. Qui est capable de remettre en cause ce qu’il pensait », souligne la présidente du conseil d’administration, Brigitte Busque.

L’ex-présidente du CA du CSSS de Montmagny-L’Islet Josée Caron se souvient d’« un homme investi avec de rares qualités humaines » tissant des liens avec tous ceux qu’ils croisent. En 2014, Daniel Paré et elle ont dû gérer une crise majeure lors de la fermeture de l’urgence du CLSC de Saint-Jean-Port-Joli. « Ça n’a pas été facile », se souvient-elle. La décision avait été très mal reçue dans la population, mais la direction « n’avait pas le choix » faute de médecins en nombre suffisamment pour assurer un service 24 heures sur 24, fait valoir Mme Caron. « Daniel avait misé sur la communication : rencontrer les gens, expliquer. […] Même si la décision impopulaire, il n’a pas eu peur d’aller de l’avant. »

 

Marco Bélair-Cirino et Isabelle Porter


3. DR DONALD VINH (microbiologiste-infectiologue)

Photo: CUSM

Donald Vinh combat la pandémie sur deux fronts. Comme chercheur, il veut comprendre comment identifier à l’avance les personnes à risque de développer des formes graves de la COVID-19. Et comme médecin spécialiste des maladies infectieuses et de l’immunité au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), il est au chevet de ses patients. Et quand la situation l’impose — comme en ce tumultueux début d’année —, il plonge carrément dans la zone chaude de l’hôpital.

L’automne dernier, le Dr Vinh faisait partie de l’équipe internationale qui a découvert qu’une déficience dans une certaine protéine du système immunitaire (interféron de type 1) était associée à des manifestations sévères de la COVID-19. Des particularités génétiques dans l’ADN des malades peuvent provoquer cette carence. Publiée dans la revue Science en octobre, cette découverte fut nommée parmi les 10 découvertes les plus remarquables de l’année par la revue scientifique Nature.

En 2021, il poursuivra ses recherches sur la COVID-19, mais également sur d’autres affections, comme une forme rare de la maladie de Crohn. « On ne veut pas que la science devienne covido-centrique », soutient-il.

Alexis Riopel


4. RÉGINE LAURENT (Commission spéciale sur la protection de la jeunesse)

Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne

Quand la pandémie est survenue en mars, Régine Laurent s’est présentée devant la presse avec un masque arborant le profil stylisé de Rosie la riveteuse, cette ouvrière de la Seconde Guerre mondiale dont l’image est devenue un symbole fort du féminisme. L’ancienne présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FlQ), au caractère bien trempé, préside les travaux de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, créée à la suite du décès tragique d’une fillette à Granby. Depuis ce drame, d’autres histoires sombres n’ont cessé de défrayer la chronique. Beaucoup d’espoirs de changement sont placés sur les travaux conduits par cette commission.

Les indicateurs sur la maltraitance au Québec sont au rouge. La crise actuelle n’a pas aidé les choses. Le système de soutien à l’enfance a besoin d’un sérieux coup de barre. Régine Laurent n’a cessé de le répéter. Qu’est-ce qui cloche ? Des services inégaux d’une région à l’autre, des problèmes d’accès, des professionnels débordés et une surreprésentation des enfants noirs et Autochtones dans les signalements sont au nombre des problèmes déjà soulignés par des recommandations intérimaires de la commission Laurent. Tout le monde attend le rapport final de la Commission le 30 avril. Et ses suites.

Jean-François Nadeau


5. STÉPHANE AQUIN (Musée des beaux-arts de Montréal)

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

Rentré en novembre d’un exil de cinq ans dans la capitale des États-Unis, où il a été chef de la conservation du prestigieux Hirshhorn Museum, Stéphane Aquin n’est pas revenu au Québec en sauveur. Sauf qu’en acceptant le poste de directeur du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), il devient l’incarnation d’un renouveau salutaire.

Le Montréalais de 60 ans est entré en fonction à la fin d’une année difficile. Le MBAM a non seulement été privé de revenus autonomes (à l’instar de bien des diffuseurs culturels), il a aussi vécu une crise interne qui a mené au licenciement de la directrice Nathalie Bondil. À lui de suivre une autre voie en 2021.

Stéphane Aquin prend la tête d’un musée où l’écoute et l’esprit d’équipe sont désormais prioritaires. Lui-même devra moins s’occuper de contenu, alors que c’est ce qu’il a fait depuis 20 ans. En voulant favoriser la voix des artistes, la scène locale et une réalité nord-américaine, il mise sur le principe de proximité.

Parce qu’il a osé rejeter le projet de l’aile Riopelle, Aquin a déjà fait montre de courage et de fermeté. Le secteur muséal aura besoin de lui si jamais Québec prolonge la fermeture des établissements comme mesure sanitaire pour contrer la pandémie. Sera-t-il celui que le gouvernement écoutera ?

Jérôme Delgado


6. COEUR DE PIRATE (autrice-compositrice-interprète)

Photo: Christopher Katsarov La Presse canadienne

Béatrice Martin, que l’on connaît mieux sous son nom d’artiste, Cœur de pirate, se retrouvera-t-elle à la tête de son ancienne maison de disques ? La jeune femme a fait une offre d’achat pour Dare To Care Records/Grosse Boîte en août dernier, la maison de disques dont elle venait de claquer la porte après la nouvelle vague de dénonciations qui a déferlé sur les réseaux sociaux en juillet.

Pour rappel, une victime alléguée a dénoncé anonymement des comportements sexuels inappropriés de la part du chanteur Bernard Adamus, représenté par Dare To Care. Le président et fondateur de la maison de disques, Éli Bissonnette, a ensuite reconnu être au courant des allégations et s’est retiré de ses fonctions. Il fallait donc que quelqu’un sauve le navire, et Béatrice Martin — qui a elle-même été victime d’agression sexuelle par le passé — s’est proposée. Le processus est long, mais peut-être aboutira-t-il en 2021 ?

Quoi qu’il en soit, Cœur de pirate risque d’être très active encore cette année pour défendre notamment la place des femmes en musique, mais aussi pour soutenir l’initiative Musique bleue, qui favorise l’écoute de musique québécoise durant la pandémie. Si le milieu de la culture est mis sur pause, les artistes continuent de créer.

Annabelle Caillou


7. MARIO DION (commissaire à l’éthique)

Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne

Le Commissariat aux conflits d’intérêts et à l’éthique d’Ottawa réalisera-t-il son tour du chapeau en 2021 en condamnant pour une troisième fois un même premier ministre en exercice ? C’est à l’actuel patron du Commissariat, le Québécois Mario Dion, que reviendra cette tâche, lui qui doit rendre public, probablement en début d’année, son rapport tant attendu sur l’affaire UNIS (WE Charity).

Le chien de garde de l’éthique devra déterminer si Justin Trudeau aurait dû, urgence pandémique ou pas, se récuser des discussions portant sur l’octroi d’un contrat de gestion de programme à cet organisme de charité — Mouvement UNIS — avec lequel sa famille entretient des liens étroits. Le programme, visant à encourager financièrement les jeunes à faire du bénévolat pendant la pandémie, avait une valeur de 912 millions de dollars. UNIS aurait empoché 43,5 millions pour sa peine.

Si M. Dion devait condamner le premier ministre, alors celui-ci en serait à sa troisième incartade, après sa condamnation pour son voyage sur l’île privée de l’Aga Khan (2017) et celle pour ses tentatives d’influence de sa ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould dans l’affaire SNC-Lavalin (2019).

M. Trudeau est le seul premier ministre canadien à avoir été condamné pour conflit d’intérêts par le Commissariat. L’opposition à la Chambre des communes salive déjà à l’idée de pouvoir brandir le rapport « Trudeau 3 », comme elle ne manquera certainement pas de l’appeler. S’en servira-t-elle pour faire tomber le gouvernement minoritaire et précipiter le pays en élection en pleine pandémie ? Ou se souviendra-t-elle qu’en 2019, le rapport « Trudeau 2 », publié quatre semaines avant le déclenchement de la campagne électorale, n’avait pas influencé de manière significative le déroulement de celle-ci ? Ce sera sans nul doute le plus grand suspense de la scène politique fédérale.

Hélène Buzzetti


8. SYLVANA CÔTÉ (psychologue et chercheuse)

Photo: ACFAS

La psychologue Sylvana Côté a l’habitude d’avaler les kilomètres. C’est une coureuse de fond. Elle entame en ce moment un tout autre marathon : une vaste étude longitudinale sur le développement des enfants dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

« C’est le projet le plus important de ma carrière », dit la professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal et chercheuse au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine.

L’équilibre des jeunes est menacé par la pandémie et les confinements. « On pense que la majorité vont bien s’en sortir, dit Sylvana Côté. Mais je suis vraiment inquiète pour certains enfants. »

Sylvana Côté a récemment lancé l’Observatoire sur l’éducation et la santé des enfants en temps de pandémie. Une trentaine de chercheurs de divers domaines (santé, éducation, économie, etc.) en font partie. Leur mission ? Évaluer le développement des jeunes afin de rapidement mettre en place des mesures de soutien pour ceux qui en ont besoin.

« Pour les enfants les plus vulnérables, s’il y avait déjà de l’abus et de la négligence [dans la famille], de l’abus de substances, des problèmes de santé mentale, de la précarité financière, et que tout cela augmente, augmente, augmente, un moment donné, il y a une limite à ce que les gens peuvent endurer », dit-elle.

Sylvana Côté assure que les chercheurs vont travailler « vite et bien ». « On ne va pas attendre de publier des articles scientifiques avant de travailler avec les décideurs », assure-t-elle.

Car les jeunes d’aujourd’hui sont les bâtisseurs de demain.

Marie-Eve Cousineau


9. JENNIFER BRAZEAU (Centre d’amitié autochtone de Lanaudière)

Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne

« Je venais vraiment juste de commencer, donc, comme nouveau défi, c’était quelque chose. » C’est le moins qu’on puisse dire : Jennifer Brazeau, qui dirige depuis un an et demi le Centre d’amitié autochtone de Lanaudière (CAAL) à Joliette, a vécu « une année pas comme les autres ».

Le 28 septembre, une femme attikamek de Manawan, Joyce Echaquan, est morte sous les insultes racistes du personnel soignant de l’hôpital de Joliette. Au CAAL, le choc a été immense. « Des gens se sont présentés ici pour savoir comment contribuer à notre lutte, pour s’excuser d’avoir vu des situations racistes et de ne pas avoir agi », raconte Mme Brazeau, une Anishinabeg de Kitigan Zibi. Québec a aussi limogé le dirigeant du CIUSSS de Lanaudière, avec qui les relations étaient au point mort.

Le CAAL travaille désormais de pair avec le CIUSSS pour équiper sa nouvelle clinique, où médecins et infirmières offriront des soins de santé culturellement sécurisants. Mme Brazeau et son équipe de 16 employés se préparent également à la construction de nouveaux locaux, qui sera lancée à l’automne. « En ce moment, j’ai le sentiment qu’on fait de grands pas », se réjouit Mme Brazeau. Pour une fois, « on va offrir ce qu’on veut et ce dont on a besoin », ajoute-t-elle. « Pas juste la moitié ou le quart. »

Marie-Michèle Sioui


10. Nos athlètes aux JO

Photo: Behrouz Mehri Agence France-Presse

Habitués de s’adonner à leur sport dans l’anonymat presque complet, les athlètes québécois, qui ont craint un instant avoir raté en 2020 une rare occasion de briller sous les projecteurs de la planète, pourraient se voir offrir une deuxième chance cet été, lors de la reprise des Jeux olympiques de Tokyo.

Nicolas Gill en connaît un rayon en la matière. Aujourd’hui directeur général de Judo Canada, le Montréalais de 48 ans a participé quatre fois aux Jeux à titre d’athlète (deux médailles) et trois fois comme entraîneur. Il n’a pas peur de dire que l’importance sportive du rendez-vous olympique est grandement exagérée. Comme le nombre d’athlètes admis aux Jeux est limité (11 000 à Tokyo) et qu’il faut bien faire de la place à un peu tous les pays participants (206), il arrive souvent que tous les meilleurs athlètes n’y soient pas présents, contrairement aux championnats du monde. Mais comme c’est aussi l’événement médiatique planétaire que l’on sait, un peu tout le monde, « y compris les athlètes eux-mêmes », a fini par y voir l’aboutissement ultime de leur carrière.

Habitués de « tout planifier des mois, parfois des années d’avance », plusieurs d’entre eux se demandent encore quand et comment ils pourront se qualifier cette année. La dernière fois, à Rio, ils n’étaient que 54 Québécois à avoir eu cette chance.

Éric Desrosiers


11. CATHERINE GAUTHIER (Environnement jeunesse)

Photo: Adil Boukind Le Devoir

On se souvient encore très bien du mouvement en faveur d’une action climatique ambitieuse porté par la jeunesse partout dans le monde, y compris au Québec, en 2019. Après le temps d’arrêt dans la mobilisation imposé par la pandémie, le débat devrait reprendre de plus belle cette année. Le groupe Environnement jeunesse et sa directrice générale, Catherine Gauthier, seront en effet de retour en cour en février pour tenter de convaincre la Cour d’appel du Québec d’autoriser leur action collective contre le gouvernement fédéral, accusé de violer les droits fondamentaux des jeunes générations en raison de son inaction climatique des dernières années.

Cette action en justice, qui a échoué dans un premier temps à obtenir l’autorisation d’aller de l’avant, s’appuie sur le droit à la vie et à la sécurité, qui est protégé par la Charte canadienne et la Charte québécoise des droits et libertés.

Mme Gauthier fait valoir que cette action a surtout pour objectif de forcer Ottawa à agir, au-delà des promesses formulées au fil des ans. « On veut envoyer un message fort au gouvernement fédéral pour lui demander de respecter notre droit de vivre dans un environnement sain », un droit compromis par les effets des bouleversements climatiques.

Alexandre Shields


12. ALEXIS LAFRENIÈRE (Rangers de New York)

Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne

Son choix au tout premier rang était devenu si évident que le dernier tortueux processus de repêchage de la Ligue nationale de hockey avait fini par être surnommé la « loterie Lafrenière ». C’était la première fois qu’un Québécois avait cet honneur depuis 2003. Heureux gagnants du gros lot, les Rangers de New York l’ont accueilli, au mois d’octobre, avec d’immenses panneaux lumineux à son image à Time Square barrés des mots « Bienvenue à Broadway » en français.

À l’Océanic de Rimouski, où l’allier gauche de 6,2 pieds et 193 livres a fait la pluie et le beau temps pendant trois ans, on est tellement fatigué de raconter les prouesses d’Alexis Lafrenière qu’on ne rappelle même plus les journalistes qui voudraient les entendre encore une fois. Les experts lui prêtent presque tous les talents : une extraordinaire vision du jeu, des habiletés techniques étourdissantes, une impressionnante créativité, un solide gabarit, une éthique de travail irréprochable et une humilité rafraîchissante.

Comme la pandémie forcera les sept équipes canadiennes à rester entre elles durant la saison écourtée de 56 matchs qui se mettra en branle mercredi, on ne le verra (heureusement) pas jouer contre le Canadien de Montréal cette année, à moins que les deux se rendent au moins en demi-finale de la Coupe Stanley.

Éric Desrosiers


13. Farah Alibay (ingénieure aux commandes du robot Perseverance)

Photo: JPL/Caltech

Elle ne quittera pas le confort de sa Californie adoptive, mais Farah Alibay vivra l’année 2021 au rythme de Mars. Aux commandes du robot Perseverance, qui doit se poser sur la planète rouge le 18 février, l’ingénieure québécoise espère faire partie de la première équipe à trouver les signes d’une vie éteinte sur notre planète voisine. Et pour cela, elle devra ajuster sa montre et équiper sa chambre à coucher de rideaux très épais.

« C’est spécial : on va vivre selon l’heure de Mars ! explique la jeune trentenaire. Il faut qu’on travaille pendant la nuit martienne. Et ce qui est encore plus difficile, c’est que les journées sur Mars sont un petit peu plus longues que les journées sur Terre. » Elles durent 24 heures, 39 minutes et 35 secondes, pour être plus précis. Si bien que l’horaire de la flamboyante ingénieure va se décaler d’une quarantaine de minutes par jour… « Je vais perdre quelques jours de ma vie en vivant à l’heure de Mars », dit-elle en rigolant.

Farah Alibay jouera un rôle crucial dans cette mission baptisée Mars 2020. Chaque nuit (martienne), elle élaborera un plan de match précis pour l’astromobile. Le lendemain, le robot exécutera la liste de commandes à la lettre. Un délai de 15 à 30 minutes dans les échanges radio (aller-retour) empêche un téléguidage en direct. La Québécoise, employée du Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA depuis 2014, se chargera d’intégrer les conseils de ses collègues spécialistes de l’imagerie, de la communication ou de la géologie dans un programme cohérent.

Pendant au moins une année martienne (687 jours terriens), Perseverance bâtira une collection minéralogique. L’astromobile atterrira dans le cratère Jezero, à 18° au nord de l’équateur, où une rivière des temps passés a déposé une accumulation de sédiments. Des roches de ce delta pourraient maintenant cacher les traces d’une vie microbienne remontant à deux milliards d’années, quand Mars possédait de l’eau liquide, une atmosphère et un champ magnétique.

Si la collecte d’échantillons est fructueuse, la prochaine phase de la mission sera déclenchée : envoyer un second engin spatial qui ira récolter les roches et les ramènera sur Terre au début des années 2030 pour des analyses plus poussées. Les scientifiques des étoiles rêvent d’accomplir cet exploit depuis une cinquantaine d’années, mais la technologie nécessaire vient tout juste d’arriver à maturité.

« Je dis souvent aux gens : oui, c’est vraiment cool ce que font les astronautes… mais en fait, ils ne font que retourner à des endroits où nous sommes déjà allés [avec des engins robotiques] ! » dit Farah Alibay. Par l’entremise des astromobiles et des sondes, les possibilités sont sidérales. Parallèlement à la mission martienne, elle espère participer dans les prochaines années à une expédition robotique sur Europe, une lune de Jupiter, dont la surface gelée cache certainement un océan subglaciaire. Et qui dit eau dit peut-être vie.

« Dans ma carrière, je veux faire partie d’une équipe qui va trouver de la vie dans notre système solaire », énonce l’ambitieuse ingénieure formée à l’Université de Cambridge, au Royaume-Uni, et au Massachusetts Institute of Technology (MIT), aux États-Unis. « On vit une renaissance de l’exploration de l’espace. La technologie a énormément avancé, je pense que l’intérêt du public aussi est là. » S’il y a bel et bien eu de la vie ailleurs dans notre système solaire, Farah Alibay a bon espoir que nous en détections des traces dans les prochaines décennies.

La fille d’immigrants du Madagascar, qui a grandi dans Lanaudière, affirme que la NASA fait énormément d’efforts pour inclure des femmes et des membres des minorités visibles dans ses rangs. « C’est beaucoup plus intéressant de travailler avec des personnes de différents héritages, qui ont différentes approches pour résoudre des problèmes. Après tout, l’ingénierie, c’est ça : résoudre des problèmes. Avec des équipes diverses, on réussit mieux cet objectif », dit celle qui rêve de profiter d’une coupure radio provoquée par le passage de Mars derrière le Soleil, en septembre 2021, pour venir voir sa famille au Québec.

L’astronaute Julie Payette a été un modèle déterminant pour Farah Alibay. Enchaînant maintenant les entrevues — surtout auprès des médias québécois, mais aussi américains —, c’est elle qui est en train de devenir une inspiration pour les jeunes. En décembre dernier, elle faisait partie des nommés du gala Mammouth 2020. « L’une des missions que je me suis données, c’est de montrer qu’on n’a pas besoin d’être un homme blanc sérieux pour travailler sur de grosses missions spatiales. Une fille brune de Joliette avec les cheveux rouges, ça peut aussi conduire des robots sur Mars ! »

Alexis Riopel


14. LOUISE ARBOUR (juge retraitée de la Cour suprême )

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

En 2018, l’ancienne juge à la Cour suprême Louise Arbour terminait un mandat aux Nations unies en tant que représentante spéciale pour les migrations. Deux ans plus tard, par un après-midi froid de novembre, elle était dans la rue, devant les bureaux montréalais du premier ministre du Québec, en appui à des manifestants qui réclamaient la régularisation du statut des immigrants. « C’était assez naturel pour moi. Aux Nations unies, ma fonction avait été créée pour accompagner les États membres qui, pour la première fois, avaient décidé d’avoir un vrai dialogue sur la mobilité humaine », explique-t-elle.

Pour elle, la pandémie aura eu ceci de bon qu’elle aura fait prendre conscience aux Québécois que, loin d’être des criminels, les immigrants « anges gardiens » sont plutôt ces milliers de travailleurs essentiels qui ont, moyennant des salaires inversement proportionnels aux risques courus, porté le Québec à bout de bras. « Qu’on parle de 275 millions de migrants dans le monde, ça ne dit rien à personne. Mais là, on a vu des gens qui travaillent tous les jours et qui font un travail admirable. On a compris ce que c’était, une précarité de statut. »

C’est là la brèche par laquelle la lumière a pu pénétrer, estime Louise Arbour. « On a compris que, dans un dossier comme celui des anges gardiens, nos valeurs et nos intérêts étaient bien alignés. »

Depuis le 14 décembre, en vertu d’une entente entre Ottawa et Québec, certaines personnes au statut précaire ayant travaillé dans des résidences pour aînés et des établissements de santé en soins directs aux patients pourront accéder à la résidence permanente. C’est bien, mais ce n’est pas assez, pense l’ex-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme.

« J’espère que le gouvernement va bouger très rapidement sur la régularisation [du statut] de ces personnes-là, et à mon avis ce n’est que le début de ce qui devrait être fait », dit-elle.

Selon Mme Arbour, le gouvernement n’a d’ailleurs pas le choix d’« assainir » le système tous les 20-25 ans en amnistiant tous les migrants se trouvant sur le territoire. D’abord parce que ça ne correspond pas aux valeurs du Canada ni du Québec de cautionner tout un système d’exploitation d’une main-d’œuvre bon marché. Ensuite parce que c’est dans l’intérêt du pays d’amener tous ces gens à contribuer à notre économie. « La seule façon d’avoir une croissance [économique], c’est l’immigration. »

Préjugés tenaces

Encore faudra-t-il faire fi des discours haineux et empreints de préjugés, qui sont parfois tenaces. « C’est un débat qui, dans l’arène politique, est très facile à faire dévier sur des voies populistes, dit-elle. C’est trop facile de voir [dans ces migrants] des tricheurs qui doivent être punis. Ce ne sont pas toujours les arguments scientifiques qui tiennent le haut du pavé. »

Louise Arbour lance une mise en garde contre la tentation de porter un jugement moral sur les raisons pour lesquelles les migrants sont venus jusqu’ici et sur la manière dont ils ont pu entrer au pays. Elle rappelle que la très grande majorité des migrants venus au Canada sont des personnes qui sont entrées de manière tout à fait légale, avec un visa de touriste ou d’étudiant par exemple, et qui pour toutes sortes de raisons ont décidé de rester. « Les gouvernements sont même incapables de nous dire combien ils sont. Admettons qu’il y a un demi-million de personnes dans l’irrégularité, c’est dans l’intérêt de qui de maintenir une situation comme celle-là ? De personne », affirme Louise Arbour.

La gestion équitable de la mobilité humaine demeurera sans contredit un des grands dossiers du XXIe siècle. « Il ne s’agit plus de se demander si la migration est une bonne idée, il s’agit de réfléchir à la façon dont on va gérer ça », affirme Louise Arbour. Et pour 2021, l’élargissement du programme des anges gardiens à tous les travailleurs essentiels et même à toutes les personnes qui se trouvent au Canada en situation d’irrégularité est l’unique voie possible, selon elle.

Pour l’heure, seuls certains travailleurs de la santé pourront obtenir le Saint-Graal de la résidence permanente. Les travailleurs du secteur alimentaire, les préposés au ménage et à l’entretien, les gardiens n’auront pas cette chance. « Pourquoi notre bienveillance ne s’étendrait-elle pas à ces personnes ? Si elles n’ont finalement pas rempli tous les critères pour être acceptées comme réfugiées, alors pourquoi on ne les accepterait pas comme immigrants économiques ? Vous nous aimez, on vous aime, alors vous restez. »

Lisa-Marie Gervais


15. MANI SOLEYMANLOU (Théâtre français du CNA)

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

C’est un théâtre post-pandémie, axé sur la diversité, que le nouveau directeur du théâtre français du Centre national des arts, Mani Soleymanlou, entend mettre en avant durant son mandat. L’homme de théâtre veut s’attacher à « démocratiser » le théâtre, notamment en y conviant des populations qui n’ont pas l’habitude de le fréquenter. « Le public d’un théâtre est souvent d’un certain statut social, dit-il. Il y a moyen d’aller chercher la jeunesse de la région, de le rendre accessible à ceux qui le connaissent mal. »

Mani Soleymanlou a d’ailleurs fait de la diversité l’un de ses chevaux de bataille des dix dernières années, à travers le travail effectué avec la compagnie Orange noyée, qu’il a fondée, et où il a notamment créé le triptyque Un, Deux, Trois, où il mettait en scène les problématiques de diversité qu’il vivait au quotidien.

Ces problématiques, qui ont été au cœur de l’actualité de la dernière année, ont fait partie de la réflexion menée dans le monde du théâtre en cette période extrêmement restrictive de pandémie. « On va vivre un moment historique, dit-il. On a passé un an en jachère. » Dans ce contexte, ajoute-t-il, le théâtre doit redevenir essentiel, ne serait-ce que dans l’occasion qu’il offre de se réunir à cent, à mille, dans le noir, en partageant une parole, une pensée, une philosophie, avec celui ou celle qui est assis devant, derrière ou à côté.

Caroline Montpetit


16. SOPHIE BROCHU (Hydro-Québec)

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

​Acteur central de son secteur, Hydro-Québec a évidemment des priorités économiques pour l’année qui vient, dit sa p.-d.g., Sophie Brochu. D’un point de vue social, 2021 est l’année où la société d’État voudra progresser, « avec beaucoup d’humilité, mais aussi beaucoup de détermination », dans ses relations avec les communautés autochtones. « Ce n’est pas pour être dans l’air du temps », affirme-t-elle en entrevue, ou parce que certaines communautés s’expriment davantage au sujet des exportations. Si Hydro-Québec a progressé dans ses façons d’interagir avec elles au fil des années, « on pense qu’on peut faire encore mieux ».

Tout compte fait, entre les questions de société et la relance, les nouvelles technologies et les exportations, Hydro-Québec mène plusieurs dossiers de front. Au moment où la pandémie s’installait en avril 2020, Sophie Brochu venait tout juste d’être nommée qu’elle décrivait déjà le rôle que la société d’État pouvait jouer dans un redémarrage. Les moyens sont multiples. Mais le producteur et distributeur, qui contribue plus de 2 milliards de dollars aux finances publiques et 20 milliards au PIB, veut cette année « fédérer des écosystèmes » dans le domaine de l’innovation. Car la connaissance spécifique de ce que font les uns et les autres, dit-elle, permettrait d’aller « plus vite et plus loin ».

François Desjardins


17. CHARLOTTE SAVAGE (HaiLa Technologies)

Photo: Courtoisie

​Après avoir poursuivi des études à l’Université Concordia, Charlotte Savage a fondé son entreprise, HaiLa Technologies, en 2017 à Montréal. Elle et son équipe développent une nouvelle technologie qui « révolutionne la façon dont les données sans fil sont transmises », résume Mme Savage. Au lieu de créer un signal sur l’appareil, HaiLa réutilise un signal wifi ambiant pour que les données « sautent » sur ce signal, ce qui réduit considérablement la consommation d’énergie. En 2021, l’entreprise compte accélérer son financement pour poursuivre sa croissance.

La jeune Montréalaise, qui a été sélectionnée par le prestigieux magazine américain Forbes dans le classement « 30 under thirty » dans la catégorie « Énergie », se trouve « très privilégiée ». Elle aimerait toutefois voir plus de diversité dans l’industrie des technologies. « Non seulement il n’y a pas beaucoup de femmes dans ce milieu, mais il y a aussi très peu de personnes de couleur », explique-t-elle. Si les choses sont en train de changer depuis les dernières années, « ça se fait à un rythme extrêmement lent », déplore la jeune entrepreneuse, qui compte bien profiter de son exposition et de son expérience « pour aider d’autres minorités dans le domaine à percer le plafond de verre ».

Clémence Pavic


18. MARIE RINFRET (protectrice du citoyen)

Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne

Rares sont les fois où les rapports de la protectrice du citoyen n’étaient pas attendus sur la colline Parlementaire. Et le prochain ne devrait pas faire exception.
 

À l’automne, Marie Rinfret présentera le rapport final de son enquête, « impartiale et indépendante », sur la gestion gouvernementale de la crise de la COVID-19 dans les CHSLD. La première portion du rapport avait permis d’illustrer les conditions pitoyables dans lesquelles des aînés sont morts lors de la première vague, mettant dans l’embarras le gouvernement Legault.

Le rapport final s’intéressera à la gouvernance en santé, y compris à la Direction nationale de santé publique. « Il ne s’agit pas d’accabler », prévient Me Rinfret, mais bien « d’identifier là où on doit s’améliorer ». Comme son prédécesseur, Me Rinfret a souvent sonné l’alarme à propos des personnes hébergées en milieux de soins. « Si ces situations-là avaient été prises en considération et qu’on avait revu l’enjeu du manque de personnel, on ne se serait peut-être pas retrouvés dans la situation dans laquelle on est », croit-elle.

La première vague de la pandémie l’a parfois privée de sommeil ; elle l’a vécue très difficilement sur le plan personnel. En 2021, à sa quatrième année en poste, Me Rinfret souhaite que Québec « passe à l’action ». « On a tout en main » pour le faire, dit-elle.

Marie-Michèle Sioui


19. DANY FORTIN (Forces armées canadiennes)
Photo: David Kawai La Presse canadienne

Célèbre dans les cercles militaires mais assez peu connu du grand public jusqu’au moment de se faire confier la mission de livrer les vaccins contre la COVID-19 partout au Canada, le Québécois major général dans les Forces armées Dany Fortin passera l’année à accomplir une mission très complexe et délicate, mais déterminante.

On peut compter parmi ses décorations des médailles rarement vues dans les rangs militaires canadiens, délivrées par l’OTAN ou l’armée américaine. Le haut gradé originaire de Montmagny, en Chaudière-Appalaches, a récemment servi en Irak, où il a mis sur pied, avec succès, la formation des forces irakiennes.

« Officier chevronné », selon Justin Trudeau, et « incroyable leader » de l’avis du général à la retraite Rick Hillier, le major général Fortin semble faire l’unanimité autour de lui. Le député conservateur Pierre Paul-Hus, qui l’a côtoyé lors de sa carrière militaire, est catégorique : c’était « l’homme parfait » pour mener cette mission. « C’est un gars qui est très humain, et en même temps hyperefficace. Ce n’est pas pour rien qu’il a eu autant de succès dans les rôles qu’on lui a confiés. »

Si la plus importante opération d’inoculation de l’histoire du Canada est un succès à la fin de 2021, une part du mérite lui reviendra certainement.

Boris Proulx


20. XAVIER DOLAN (cinéaste et acteur)
Photo: Christophe Simon Agence France-Presse

C’est une année remplie de projets hors de l’ordinaire qui attend l’acteur et réalisateur Xavier Dolan. En février, on le retrouvera sur le petit écran lors de la diffusion de la populaire émission Star Académie. Il ne sera pas là pour pousser la note, mais pour jouer le rôle de professeur d’identité artistique afin d’enseigner aux académiciens à construire leur identité, à travailler leur discours, à gérer les notions de réputation et d’image. Il faut dire qu’en devenant une figure publique à l’âge de 20 ans, propulsé par le succès de son premier film J’ai tué ma mère, Xavier Dolan est bien placé pour aider ces jeunes artistes en devenir en s’appuyant sur son propre vécu.

En plus de jouer les professeurs, un autre défi de taille attend Xavier Dolan. Il fera sa grande entrée dans l’univers de la série télé cette année, avec l’adaptation de la pièce La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé, de Michel Marc Bouchard. Le tournage des cinq épisodes doit débuter au mois de mars, mais il faudra attendre 2022 avant de la découvrir sur Club Illico. En plus de réaliser la série, Xavier Dolan y tiendra un rôle et agira aussi comme producteur avec Nancy Grant et Jasmyrh Lemoine de Nanoby.

Annabelle Caillou


21. SAPNA PATEL (éducatrice à la petite enfance)

Photo: Courtoisie

Le 13 mars 2020, alors que tout le Québec se mettait sur pause, le Centre de la petite enfance de la Côte devenait, comme bien d’autres, un CPE d’urgence pour les travailleurs essentiels. Cela n’a pas empêché l’éducatrice Sapna Patel de perdre ses huit petits « chatons » de trois et quatre ans qu’elle adorait tant. Et elle s’est retrouvée à faire de la formation en ligne, de la désinfection et à s’occuper d’accueillir et de reconduire de nouveaux bambins, les parents ne pouvant pas entrer dans l’établissement. « On était sur trois étages. Ça faisait mon cardio ! » raconte-t-elle en riant.

Pour la jeune femme de 29 ans, 2020 a été une année de chocs, placée sous le signe de l’adaptation. « On est tellement limités par les consignes… On ne peut plus laisser aller notre créativité. Quand on fait la désinfection à la fin de la journée, c’est un moment précieux que je perds avec les enfants. Ils le ressentent », déplore-t-elle.

Comme si ce n’était pas assez, le CPE de la Côte, situé dans le quartier Côte-des-Neiges à Montréal, a dû être relocalisé d’urgence en août parce que le bâtiment n’était plus jugé sécuritaire. « Ça a été le plus gros morceau. » Sapna Patel aborde néanmoins 2021 avec un peu plus d’optimisme. Vivement la fin des protections et des bulles ! « Ça va “mieux” aller », dit-elle, en paraphrasant un leitmotiv désormais célèbre. « Je vis un jour à la fois ». En attendant que ces temps meilleurs arrivent, elle le dessinera sur son masque, au marqueur, son sourire.

Lisa-Marie Gervais