Un blessé de l’attaque du Vieux-Québec raconte sa nuit d’horreur

C’est de sa chambre à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus à Québec que le musicien Rémy Bélanger de Beauport a décidé de raconter dans les moindres détails la soirée où son chemin a croisé celui de Carl Girouard.
Photo: Capture d'écran de la vidéo de Rémy Bélanger de Beauport C’est de sa chambre à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus à Québec que le musicien Rémy Bélanger de Beauport a décidé de raconter dans les moindres détails la soirée où son chemin a croisé celui de Carl Girouard.

Blessé lors de l’attaque meurtrière dans le Vieux-Québec le soir de l’Halloween, le musicien Rémy Bélanger de Beauport a brisé le silence mercredi en racontant cette nuit d’horreur. Malgré la dizaine de coups de sabre reçus et les blessures encore visibles sur son corps, il assure avoir déjà pardonné son attaquant et plaide pour un meilleur accès à des services en santé mentale au Québec.

« J’étais dans l’ambulance le 31 octobre et je lui avais déjà pardonné. […] Ce gars-là, pour commettre ce qu’il a fait, c’est sûr qu’il a été fucké par quelque chose. Et c’est probablement la même chose qui peut me fucker moi et qui peut vous fucker vous », a-t-il déclaré dans une vidéo publiée sur Facebook mercredi midi.

C’est de sa chambre à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus à Québec que l’homme de 37 ans a décidé de raconter dans les moindres détails la soirée où son chemin a croisé celui de Carl Girouard. Ce dernier a depuis été formellement accusé de deux meurtres prémédités et de tentative de meurtre sur cinq autres personnes.

Cette rencontre lui a laissé de nombreuses blessures : omoplates fracturées, muscles touchés, lacérations à divers endroits du corps, dont une à la hanche qui rend ses déplacements plus difficiles. Il a aussi subi trois fractures au crâne, qui n’ont toutefois pas atteint son cerveau. Montrant sa main droite complètement enroulée de bandages, il explique dans sa vidéo avoir plusieurs doigts sectionnés. Son index, qui avait été amputé, a heureusement pu être replanté. Mais la situation ne laisse rien présager de bon pour sa carrière.

Regardez la vidéo de Rémy Bélanger de Beauport:

« On suppose que [j’aimerais] voir ce gars-là en prison le plus longtemps possible. Ce n’est pas le cas. Ma satisfaction serait de savoir que ce gars-là a reçu l’aide dont il avait besoin depuis vraiment longtemps », explique-t-il, appelant à un meilleur accès aux services de santé mentale à travers le Québec.

« L’être de chair qui tenait l’épée quand je l’ai rencontré, j’ai l’impression qu’à l’intérieur de cette chair, il ne restait pas grand-chose du gars », insiste-t-il, décrivant son attaquant comme un électron libre pour lequel la société n’avait pas de filet.

Rémy Bélanger de Beauport confie avoir lui-même eu besoin d’une écoute il y a quelques années, sans jamais réussir à avoir accès à de l’aide psychologique dans le système public. « Et si j’avais eu un problème plus profond ? On ne sait pas ce qu’il avait ce gars-là, mais si j’avais eu quelque chose comme ça, est-ce que quelqu’un l’aurait détecté ? », se demande-t-il.

Il ajoute qu’une justice transformatrice serait plus satisfaisante à ses yeux. « Je veux inviter ce gars-là à discuter avec moi. […] Qu’il me dise qui il est, et moi qui je suis. Et qu’au bout des discussions nos vies soient transformées. »

Une nuit d’horreur

Plus de deux semaines après son attaque, Rémy Bélanger de Beauport se souvient encore très bien de sa rencontre avec l’assaillant près du Château Frontenac. « Devant moi arrive un gars, c’est l’Halloween. Il a une cape attachée autour du cou [et] traîne dans sa main un long sabre. […] Il s’approche de moi. J’ai l’impression que c’est un gars chaud, qui va te faire une blague de mauvais goût, faire semblant de te frapper juste pour t’écœurer. […] Mais son sabre est redescendu sur ma tête, direct », explique-t-il dans sa vidéo.

Le musicien raconte être tombé au sol et avoir reçu d’autres coups de l’attaquant. Il a réussi à s’enfuir jusqu’à une fontaine dans le parc juste à côté, où il avait aperçu plus tôt deux hommes. « Quand ils ont vu que j’étais ensanglanté, ils se sont sauvés et ils ont bien fait. J’espère qu’ils ne font pas partie des victimes, j’espère que je n’ai pas amené le gars à eux. »

Mais son attaquant n’était déjà plus après lui. « Je me suis accroupi un instant sur la fontaine. Le sang coule. Je me dis pendant une fraction de seconde que je pourrais me reposer ici, ou ramasser ce qu’il me reste d’os et courir au Château Frontenac pour être sauvé ». Rassemblant le peu de forces qui lui restait, il décide finalement d’aller chercher de l’aide et estime aujourd’hui être ainsi « devenu le héros de [son] histoire ».

La suite, il s’en rappelle vaguement : deux employés de l’établissement le gardent éveillé, l’ambulance arrive, la douleur dans ses bras, l’arrivée aux urgences.

Le bilan est lourd, mais il « guérit vite », notamment grâce aux nombreux messages de soutien qu’il a reçu chaque jour depuis le drame, dit-il.

Le musicien doit retourner chez lui d’ici quelques jours, mais il sait que la réhabilitation sera longue. Il doute d’ailleurs de retrouver son aisance et son niveau d’autrefois lorsqu’il jouera du piano ou du violoncelle.

« Peu importe l’état de ma main ou de mon corps, je reste musicien », conclut-il, précisant avoir déjà plein de projets en tête.