L’enfouissement des fils crée des remous sur l’île d’Orléans

Contrairement à Sainte-Pétronille (sur la photo), les municipalités de Saint-Jean, de Saint-Pierre et de Sainte-Famille ont déjà enfoui une partie de leurs fils au cours des dix dernières années. Hydro subventionne toujours de tels projets, mais les villes héritent maintenant d’un fardeau financier plus important. 
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Contrairement à Sainte-Pétronille (sur la photo), les municipalités de Saint-Jean, de Saint-Pierre et de Sainte-Famille ont déjà enfoui une partie de leurs fils au cours des dix dernières années. Hydro subventionne toujours de tels projets, mais les villes héritent maintenant d’un fardeau financier plus important. 

Une pétition circule sur l’île d’Orléans pour que la municipalité de Sainte-Pétronille enfouisse ses fils électriques comme l’ont fait à une autre époque Sainte-Famille et Saint-Jean-de-l’Île-d’Orléans. Mais la partie est loin d’être gagnée.

« La question c’est : est-ce qu’on est prêts à payer quelques centaines de dollars de plus par année pour que notre village reste l’un des plus beaux du Québec ? » résume Andrée Marchand, l’une des initiatrices de la pétition.

Lancée à la mi-novembre, la pétition a recueilli environ 90 signatures. « Mais il faut dire qu’il y 886 électeurs à Sainte-Pétronille. Donc, c’est beaucoup. », fait remarquer Mme Marchand qui est aussi propriétaire de l’auberge La Goéliche. « On pense atteindre 15 à 20 % des électeurs. »

Pourquoi maintenant ? Parce que la municipalité doit entreprendre l’été prochain des travaux souterrains pour installer un système d’assainissement des eaux réclamé par les défenseurs de l’environnement depuis des décennies. La zone de travaux s’étend sur 1,2 kilomètre le long du Chemin royal, en plein cœur du village.

« On se dit : tant qu’à ouvrir la rue, combien ça coûterait de plus d’enfouir les fils ? » résume Mme Marchand. « On sait qu’il y aura un coût supplémentaire, mais au moins, qu’on fasse l’analyse ! »

La femme d’affaires suggère même d’organiser des levées de fond afin de solliciter certains propriétaires plus fortunés à soutenir le projet de façon plus importante. Mme Marchand a d’ailleurs elle-même financé l’enfouissement des fils devant son auberge, il y a quelques années.

La question c’est: est-ce qu’on est prêts à payer quelques centaines de dollars de plus par année pour que notre village reste l’un des plus beaux du Québec?

 

Le petit groupe veut déposer la pétition avant le vote sur le règlement d’emprunt du projet, le 23 novembre. Il voudrait que la ville tienne un registre, voire un référendum sur le sujet.

Sa mobilisation a débuté début novembre dans la foulée de l’abattage de nombreux arbres pour remplacer les poteaux. « 250 arbres coupés sur deux kilomètres, je vais vous dire que ça réveille les consciences ! » résume Violette Goulet, une autre initiatrice de la pétition.

Le long du chemin Royal, on voit encore d’immenses souches d’arbres, parfois trois arbres matures le long d’un même terrain.

Photo: Renaud Philippe Le Devoir Violette Goulet, Claire Pageau, Maurice Boivin et Andrée Marchand sont pour l’enfouissement des fils.

Certes, le mal est fait, disent-ils, mais il a aussi servi de révélateur. En disparaissant, les grands arbres ont rendu les fils électriques beaucoup plus visibles dans le paysage. « Avant, les poteaux étaient cachés, là, on les voit », poursuit Mme Goulet.

« Des coûts importants »

À la municipalité, le sujet est accueilli avec peu d’enthousiasme. Le maire, Harold Noël, répond que la question a déjà été tranchée il y a quelques années. « En 2012, le conseil municipal avait rejeté le projet », dit-il. « Les avantages, c’est que ça améliorait les points de vue et le paysage à quelques endroits de Sainte-Pétronille et les inconvénients, c’était des coûts importants. »

Le maire, qui est également préfet de la MRC, souligne que « tous les citoyens de Sainte-Pétronille » auraient dû assumer la facture, et non pas juste ceux qui résident dans le cœur du village et sont « avantagés par le projet ».

Quant à la pertinence de tenir une consultation ou de tenir un registre sur le sujet, Harold Noël rétorque qu’il appartiendra à l’ensemble du conseil municipal de se prononcer là-dessus.

Photo: Renaud Philippe Le Devoir Des dizaines d’arbres ont été abattus à la fin octobre sur le chemin Royal pour remplacer des poteaux électriques à Sainte-Pétronille.

Or, il doute personnellement qu’un tel projet soit de toute façon faisable parce que le projet d’assainissement des eaux est trop avancé. « Les plans sont prêts à 95 %, le projet est même déjà commencé. On a coupé des arbres, déplacé des poteaux. Il est tard pour l’intégrer au projet 2021. »

Dans l’absolu, dit-il, l’idée n’est pas mauvaise. « Quand on l’a analysé en 2011, au début tout le monde était favorable. On ne l’a pas analysé pour le plaisir de le refuser », poursuit l’élu.

Le coût du projet avait été évalué à plus de 3 millions de dollars, facture qui tombait au-delà d’un million grâce à différentes subventions, notamment d’Hydro-Québec. L’équivalent d’une facture annuelle d’au minimum 1000 $ par an pour les résidents.

Sainte-Pétronille n’est pas la première municipalité de l’île à se pencher sur le sujet. Saint-Jean, Saint-Pierre et Sainte-Famille ont déjà enfoui une partie de leurs fils au cours des dix dernières années. Quant à Saint-Laurent, elle a envisagé de faire la même chose en 2014, mais la municipalité a reculé face à la résistance d’un groupe de citoyens inquiets au sujet des coûts.

À Saint-Laurent aussi, le projet avait été abandonné parce qu’on craignait de retarder « indûment les travaux d’ingénierie liés au projet de collecte et de traitement des eaux usées », écrivait à l’époque le journal local Le Tour de l’Île.

Moins d’aide d’Hydro

Le maire fait par ailleurs remarquer que les subventions d’Hydro-Québec étaient beaucoup plus généreuses à l’époque où ses voisines ont fait leurs travaux.

Vérification faite, les municipalités de Saint-Jean, Saint-Pierre et Sainte-Famille ont toutes bénéficié du même programme lancé en 2001 par le gouvernement du Québec. Le gouvernement y avait injecté 75 millions de dollars sur quatre ans et Hydro-Québec 200 millions au cours de la même période.

Le « programme gouvernemental d’enfouissement des réseaux câblés de distribution » permettait de rembourser jusqu’à 97 % des coûts des projets.

Il avait notamment financé l’enfouissement des fils dans un autre arrondissement historique, celui du Trait-Carré à Charlesbourg, où la ville n’avait eu à verser que 8 % de la facture.

Or, le contexte est différent aujourd’hui. Hydro-Québec continue de subventionner les projets, mais les villes héritent d’un fardeau financier beaucoup plus important.

Pour des projets au coût moyen de 3 à 4 millions de dollars le kilomètre, la société d’État rembourse la partie civile des travaux jusqu’à concurrence de 1,2 million de dollars pour le premier kilomètre, explique le porte-parole Cendrix Bouchard. Au-delà de cela, les municipalités doivent tout assumer.

Le programme semble en outre peu populaire puisqu’il ne finance en moyenne que 3 à 4 kilomètres par an dans l’ensemble des villes du Québec.

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