Le manoir seigneurial de Mascouche détruit par la municipalité

Acquis par la  Ville en 2015, cet ensemble n’avait cessé  de dépérir faute d’entretien.  Il était en excellent état jusqu’au début des  années 2000.
Valérian Mazataud Le Devoir Acquis par la Ville en 2015, cet ensemble n’avait cessé de dépérir faute d’entretien. Il était en excellent état jusqu’au début des années 2000.

Le manoir seigneurial de Mascouche, situé au cœur d’un site patrimonial tricentenaire, a été détruit le lundi 16 novembre par la municipalité. La destruction était déjà en cours lorsque le maire de l’endroit en a fait l’annonce publique.

« Les travaux de démolition du manoir seigneurial sont en cours », a annoncé le maire, Guillaume Tremblay, dans sa déclaration publique.

« Nous avons dû prendre cette décision difficile et agir rapidement à la suite du dépôt d’un rapport du Service de prévention des incendies daté du 12 novembre 2020 et faisant état d’enjeux de sécurité importants et sans équivoque. »

Le ministère de la Culture et des Communications a reçu le communiqué qui fait part de la destruction, mais n’a pas été consulté avant que les murs soient jetés à terre. La municipalité s’en est remise entièrement à un rapport du service des incendies qui évoquait la possibilité d’accidents. Cette destruction présentée comme nécessaire et urgente par Mascouche survient quelques jours seulement après l’annonce d’un projet récréotouristique dont les plans se basaient sur le fait que cette demeure serait détruite.

En entrevue au Devoir le 27 octobre, le maire Tremblay, qui détient une formation en administration du Cégep régional de Lanaudière à Terrebonne, affirmait que « ça ne prend pas un baccalauréat pour comprendre que ce bâtiment-là » ne tient pas, balayant du revers de la main d’éventuelles études externes. Il rappelait du même souffle que son prédécesseur voulait, lui, faire du développement immobilier sur ces terrains.

Le maire de Mascouche indique que la municipalité avait bel et bien annoncé sa volonté de détruire cette demeure. « Nous avions déjà annoncé notre intention de démolir le manoir seigneurial, puisqu’il n’est plus possible de le restaurer », a réitéré le maire, tout en annonçant que la demeure appartenait désormais au registre des souvenirs. « Nous avons donc pris la décision d’agir sans attendre afin d’éviter qu’un accident regrettable ne s’y produise. »

Une salle de spectacle

Fin octobre, le maire avait annoncé en grande pompe sa volonté de détruire ce manoir pour le remplacer par un pastiche qui serait au cœur d’un projet récréotouristique de 49 millions de dollars. Mascouche entend y investir 20 millions de dollars.

En entrevue au Devoir le 27 octobre, le maire Tremblay, 38 ans, ancien député du Parti québécois, avait indiqué que le bâtiment original, avec ses cloisons intérieures, ne rendrait pas possible son utilisation comme salle de spectacle, de diffusion et de restauration, type de lieu qu’il souhaitait pour son projet.

Le maire réitère, dans l’annonce publique de la destruction, sa volonté de construire en lieu et place un pastiche de la demeure seigneuriale qui pourra, si possible, intégrer des pierres d’origine. « Notre objectif est de reconstruire l’enveloppe extérieure du manoir afin que son aspect soit semblable au bâtiment historique et de conserver des pierres du bâtiment d’origine, tant que possible. »

Il s’agit désormais de financer ce projet, estime le maire, qui se présente en défenseur du patrimoine. « Nous avons multiplié les demandes de subvention et nous attendons des confirmations pour aller de l’avant avec la mise en valeur de ce site unique. C’est un véritable cri du cœur que nous lançons aux autres [ordres de] gouvernement. »

Acquis par la Ville en 2015, cet ensemble n’avait cessé de dépérir faute d’entretien. Il était en excellent état jusqu’au début des années 2000, après avoir été occupé par un établissement scolaire, puis, brièvement, par la Sûreté du Québec. Tout ce temps, les lieux étaient en bon état, a confirmé le maire au Devoir.

Il s’agissait d’un des rares domaines ancestraux québécois mis en place au XVIIe siècle qui conservait des traces de sa résidence seigneuriale et de son moulin. De 1647 à 1765, cet emplacement constituait une partie du domaine des riches seigneurs de Repentigny et de La Chesnaye.

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