Des victimes de l’attaque de Québec brisent le silence

L’identité d’une seule victime demeure protégée, à sa demande. Les quatre autres blessés dans cette violente attaque pourront désormais être identifiés par les médias et témoigner publiquement des événements, au cours desquels François Duchesne et Suzanne Clermont ont été tués.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir L’identité d’une seule victime demeure protégée, à sa demande. Les quatre autres blessés dans cette violente attaque pourront désormais être identifiés par les médias et témoigner publiquement des événements, au cours desquels François Duchesne et Suzanne Clermont ont été tués.

Des personnes blessées lors de l’attaque meurtrière du 31 octobre dans le Vieux-Québec ont commencé jeudi à briser le silence sur les médias sociaux, après que le tribunal eut levé une ordonnance qui protégeait leurs identités.

« Voilà, je fais ce post pour vous informer et vous rassurer. 31 octobre, un drame s’est passé à Québec, dans le Vieux où je vis. On allait faire des photos au petit Champlain, on est tombés sur ce fou qui nous a agressés, moi et ma meilleure amie. On a réussi à s’échapper, d’autres n’ont pas eu cette chance », a écrit Pierre Lagrevol sur sa page Facebook en fin de matinée. « Il est temps pour nous le temps de se reconstruire physiquement et mentalement. »

Le jeune Français originaire de Saint-Étienne, selon sa page Facebook, profitait de la soirée d’Halloween avec son amie Lisa lorsque leur chemin a croisé celui d’un agresseur muni d’un sabre. La jeune femme, aussi d’origine française, multiplie les publications sur les réseaux sociaux depuis quelques jours.

Jeudi matin, elle a publié une vidéo dans laquelle elle a écrit être en route vers un nouvel hôpital pour subir une troisième opération au bras. La femme, qui travaille dans un salon de coiffure de la ville de Québec, partage aussi les nombreux témoignages de soutien qu’elle reçoit depuis l’attaque de samedi. Son bras est couvert de bandages épais.

On est tombés sur ce fou qui nous a agressés, moi et ma meilleure amie. On a réussi à s’échapper, d’autres n’ont pas eu cette chance

 

« Merci infiniment pour votre bienveillance envers moi et mon meilleur ami », a-t-elle écrit récemment en partageant une photo sur laquelle elle est accompagnée de Pierre Lagrevol. « Nos vies ne sont plus en danger, mais nous restons extrêmement choqués par cette attaque plus que barbare. Je m’exprimerai sur les faits bientôt », a-t-elle ajouté.

Dans diverses publications, elle remercie ses soignants et amis, qui lui envoient des fleurs et des mots de réconfort.

Elle a également publié une photo d’elle, maquillée pour l’Halloween et posant pour la caméra dans le Petit-Champlain, « à 22 h 10 exactement » samedi. « Vingt-cinq minutes après, on se faisait agresser proche du Château Frontenac. On était sur le chemin du retour pour rentrer chez nous », a-t-elle détaillé.

Inquiétude et désespoir

Non seulement l’attaque de samedi a-t-elle causé des blessures à cinq personnes et enlevé la vie à François Duchesne et Suzanne Clermont, elle a semé le désespoir et l’inquiétude chez des voisins, des amis et des soignants.

À l’Hôtel-Dieu de Québec, au cœur de la vieille ville, l’infirmière Alyssa Simard a été saisie de panique lorsqu’une infirmière-chef l’a avisée de ce qui se passait. « Elle nous a dit : “on vient de me dire qu’il y a un tueur qui agresse un peu n’importe qui autour de l’hôpital et personne ne sait où il est” », a-t-elle relaté au Devoir. « Nous [nous sommes] tous entassés dans un bureau. Cette nouvelle [a causé] un instant de panique et de pleurs pour certains. Pendant la chasse à l’homme, nous étions tous angoissés », a-t-elle ajouté.

Brad Purcell, qui a porté assistance à sa voisine Suzanne Clermont dans les instants suivants l’agression, était lui aussi encore sous le choc, quelques jours après l’agression. Il croit avoir échangé avec le suspect, lui enjoignant de rattraper une voiture qui passait dans la rue ; croyant dans un premier temps que sa voisine avait été victime d’un délit de fuite.

« Il aurait pu… Pour une bonne minute, c’était lui et moi dans la rue, à 15 pieds de distance », a-t-il dit au Devoir. « Il aurait pu avancer vers moi, il a choisi d’aller dans l’autre direction. »

Bien qu’abasourdi, l’homme originaire de Brisbane, en Australie, s’inquiète surtout pour son voisin Jacques Fortin, qui a perdu sa conjointe dans cet événement. « Jacques aura besoin de tout le soutien possible. C’est impossible de croire qu’il se rend compte de l’ampleur de cette histoire », a-t-il laissé tomber, en notant l’engourdissement que l’événement a causé chez lui. « On doit porter attention à ça. […] C’est une question d’accès [aux services de santé mentale] », a-t-il plaidé.

Sain d’esprit jusqu’à preuve du contraire

Le principal suspect de l’attaque survenue, Carl Girouard, a été formellement accusé dimanche de deux chefs d’accusation de meurtre prémédité et de cinq chefs de tentative de meurtre. Il était de retour en cour jeudi matin, par visioconférence.

C’est lors de sa comparution que la Couronne a demandé que l’ordonnance de non-publication visant la quasi-totalité des personnes qu’il aurait blessées soit levée. L’identité d’une seule victime demeure protégée, à sa demande.

Les noms des deux personnes tuées dans cette attaque, François Duchesne et Suzanne Clermont, ont été dévoilés par les autorités policières dimanche, au lendemain du drame.

Le suspect, âgé de 24 ans, est visiblement confiné au Centre de détention de Québec. Seule sa tête était visible dans la petite fenêtre d’une porte blanche derrière laquelle il se trouvait lors de son passage en cour.

Il a répondu brièvement aux questions du juge René de la Sablonnière, qui a souhaité s’assurer qu’il comprenait le déroulement des procédures. Celles-ci ont été très courtes et ont permis de fixer le prochain passage en Cour du suspect au 20 novembre, pour son enquête sur remise en liberté.

« À ce moment-là, il va y avoir une divulgation de la preuve qui sera remise à son avocat », a résumé le procureur de la Couronne François Godin. Devant le juge, il a dit espérer avoir en mains « 75 à 80 % de la preuve » à ce moment-là, « compte tenu des événements ».

Devant les médias, Me Godin a rappelé que le suspect était considéré comme sain d’esprit jusqu’à preuve du contraire. « Dans le Code criminel, il y a une présomption [voulant] que les gens sont réputés être sains d’esprit. Si jamais M. Girouard entend faire valoir une défense à cet effet, il pourra le faire en temps opportun », a-t-il affirmé. « Au moment où on parle, il est beaucoup trop tôt pour spéculer à cet effet », a-t-il ajouté.

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