Donner de l’espoir pour diminuer le stress chronique

Pour mobiliser la population, la Dre Marie-France Raynault croit que le gouvernement Legault doit donner un horizon aux Québécois: encore deux semaines d’effort.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Pour mobiliser la population, la Dre Marie-France Raynault croit que le gouvernement Legault doit donner un horizon aux Québécois: encore deux semaines d’effort.

Le gouvernement Legault doit offrir « une lumière au bout du tunnel » aux Québécois pour diminuer le stress chronique lié à la pandémie et ainsi assurer une meilleure adhésion aux mesures de la santé publique, selon la directrice du Centre d’études sur le stress humain de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, Sonia Lupien.

« C’est ça qui manque actuellement, a affirmé la chercheuse en neurosciences. On pense qu’en allant petit bout par petit bout, on va réussir à ne pas trop stresser les gens, c’est l’inverse à mon avis qui va arriver. »

« Les gens pensent que le stress qu’on a vu en mars, c’est encore le même stress aujourd’hui ; il n’y a rien de plus faux, a-t-elle ajouté. Ça change tous les jours et, là, le stress s’en vient chronique, on le voit très bien. »

Le fait que les gens n’ont pas la moindre idée de ce que l’avenir leur réserve est un facteur important. Par exemple, des participants à ses études ont appelé en panique à son bureau parce qu’ils croyaient que la pandémie allait durer vingt ans. Elle constate également un stress chez des étudiants en première année d’université qui pensent qu’ils devront faire les trois ans de leur baccalauréat à distance.

« Quand les gens vont être assez stressés, je ne sais pas s’ils vont suivre les règles », a-t-elle fait remarquer.

Or, le gouvernement se préoccupe peu de la santé mentale des Québécois, selon celle qui avait été conseillère durant les premières semaines de la pandémie. « Le problème que je vois actuellement, c’est qu’on ne donne aucune temporalité à l’adversité et qu’on enlève aux citoyens toutes les mesures qui pourraient leur permettre de négocier leur stress, a-t-elle souligné. On a fermé les gyms, c’est une erreur ! […] On a fermé les salles de spectacles. On a fermé toutes les choses qui — aussi petites soient-elles — vont agir en diminuant [le stress]. »

À son avis, le gouvernement doit offrir divers plans de contingence à long terme pour que les gens aient une meilleure idée de ce à quoi ils peuvent s’attendre. « S’il y a un vaccin, combien de temps ça va durer ; s’il n’y en a pas, combien de temps ça va durer », a-t-elle dit à titre d’exemple.

Christian Desîlets, spécialiste de la communication sur les questions sociales à l’Université Laval, estime qu’il doit y avoir davantage de transparence sur les données qui sous-tendent les décisions de la Santé publique. Les gens comprendraient mieux ainsi pourquoi elle choisit d’imposer certaines mesures plutôt que d’autres. « La difficulté du gouvernement est de garder les gens mobilisés sur une très, très longue période de temps sans pouvoir dire quand ça va se terminer », a-t-il noté.

On a fermé les gyms, c’est une erreur ! […] On a fermé les salles de spectacles. On a fermé toutes les choses qui — aussi petites soient-elles — vont agir en diminuant [le stress]. 

 

« Sur le plan de la communication, ce serait peut-être important qu’on se mette à parler d’autres choses que du virus, a ajouté le professeur. La société continue de fonctionner, il y a toutes sortes de dossiers… Ça ramènerait une certaine normalité. Ne parler que du virus, alors qu’on sait qu’on en a pour des mois, n’aide pas à passer au travers. »

Mobiliser la population

Pour mobiliser la population, la Dre Marie-France Raynault croit que le gouvernement Legault doit donner un horizon aux Québécois : encore deux semaines d’effort. « Si ça continue de descendre et que la descente est bien amorcée, on pourrait assouplir, précise la cheffe du Département de santé publique et de médecine préventive du CHUM. Ils [les autorités] devraient laisser entrevoir ça. »

Bien des gens, souligne-t-elle, craignent que le gouvernement Legault ne prolonge les mesures mises en place en zone rouge jusqu’au temps des Fêtes. « Ils se disent “ah, ils vont étirer ça jusqu’à Noël et on n’aura pas de Noël”, dit la Dre Marie-France Raynault. C’est un peu déprimant. Il faut que les gens sentent qu’ils ont du pouvoir sur cette épidémie-là. »

D’où l’idée de lancer un nouveau défi de deux semaines à la population. « Le défi 28 jours, ça a été un gros succès, dit la Dre Marie-France Raynault. Si je regarde ce qui se passe en France, au Royaume-Uni ou dans plusieurs États américains, [le Québec] est beaucoup mieux. Collectivement, on a réussi à l’aplatir solidement, la courbe. On a arrêté la croissance exponentielle. »

Québec doit aussi trouver des moyens de mieux sensibiliser les jeunes à l’importance de respecter les mesures sanitaires, selon la Dre Mélissa Généreux, professeure au Département des sciences de la santé communautaire à l’Université de Sherbrooke. « Les efforts semblent plus demandants pour les jeunes que pour les personnes âgées », dit-elle.

La médecin s’appuie sur une étude qu’elle mène actuellement et dans laquelle les jeunes ont davantage rapporté avoir subi une perte financière liée à la pandémie. Chez les 18 à 24 ans, une personne sur trois dit vivre des symptômes anxieux ou dépressifs, selon cette même enquête.

La Dre Mélissa Généreux propose de sonder les jeunes sur leurs besoins actuels, par l’intermédiaire des universités et des cégeps, entre autres. « On pourrait leur demander “qu’est-ce qu’on peut faire de plus différemment ?” », dit-elle.

En données

Ce sont 808 nouveaux cas d’infection qui ont été recensés au Québec, selon les données dévoilées lundi. On rapporte également 10 nouveaux décès, dont 2 dans les 24 heures précédentes.

La Presse canadienne


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3 commentaires
  • Jean Lacoursière - Abonné 27 octobre 2020 07 h 10

    Oui, on aplatit la courbe, mais...

    ...ça veut dire que l'épidémie va durer plus longtemps.

    Tout çà parce que notre système hospitalier est à genoux.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 27 octobre 2020 13 h 16

    Il est temps de mettre de l'ordre dans la maison!

    Rien ne va plus et, qu'on le veuille ou non, il va falloir séparer les fonctions afin d'avoir plus de clarté! À la TV, voir régulièrement les mêmes protagonistes, François Legault et Horacio Arruda, ne fait plus recette car le contenu des messages est trop attaché pour ne pas voir là une stratégie du bon vieux temps! Bien sûr la Covid est là, mais c'est aux responsables de la santé de présenter, sans ingérence politique, la situation et la projection des événements! François Legault n'est pas un spécialiste de la santé et il devrait se limiter pourquoi il a été élu, comme un premier ministre, et non pas comme un contrôleur de tout ce qui se passe au Québec! En agissant ainsi, inffailblement l'information devient plus ou moins opaque car diffusée par l'homme qui veut tout contrôler pour éviter de perdre la face sur le terrain politique!
    La stratégie des petits pas a fait son temps et les citoyens, consommateurs et commerçants voient bien que la situation n'est pas sous contrôle, loin de là, et qu'il est temps d'exposer pourquoi il y a de telles incohérences comme entre l'ouverture des liibrairies en regard des bibliothèques, des gyms et celui des écoles! Il est temps de mettre les pendules à l'heure et que nous vivions tous avec la même connaissance de ce qui nous attend!

  • Simon Grenier - Abonné 27 octobre 2020 14 h 20

    Je ne souhaite pas me substituer à ces spécialistes du stress mais je trouve bien étrange la notion de "donner de l'espoir" alors que le gouvernement est tout aussi incertain que quiconque de l'avenir. Établir à l'avance une échéance où "ça devrait mieux aller", alors qu'on n'en a aucune idée, c'est plutôt un mensonge qu'un encouragement.

    La bonne plèbe apparemment en semi-panique va-t-elle moins adhérer aux consignes si elle a peur ou si elle est écoeurée des mensonges gouvernementaux? Faut-il aborder le stress des gens ou leur dire ce qu'ils veulent entendre? Faudrait-il dire aux gens de se préparer un Noël en gang ET un Noël en isolement ou bien laisser entendre que "peuuuut-êeeeeetre", alors que les signes actuels disent clairement que NAON, y'en n'aura pas de Noël en famille élargie?

    Il me semble que j'opterais plutôt pour la reconnaissance que ça tourne plutôt carré et qu'il est important pour tout un chacun de trouver des façons de s'amuser-chanter-danser-créer-être heureux chacun dans son coin. Me semble qu'on passerait moins de temps à gosser et plus de temps à vivre. C'est pas difficile à remplacer, un gym... Au pire, regardez Léolo pour une p'tite leçon de créativité.