Le recteur de l’Université d’Ottawa lance un appel au calme

Le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, lance un appel au calme face aux échanges «irrespectueux», voire «haineux et menaçants».
Photo: iStock Le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, lance un appel au calme face aux échanges «irrespectueux», voire «haineux et menaçants».

Alors que l’affaire du « mot en n » continue d’enflammer le pays, le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, lance un appel au calme face aux échanges « irrespectueux », voire « haineux et menaçants », qu’il observe dans les médias et sur les réseaux sociaux.

« L’heure est au calme, et j’invite toutes celles et tous ceux qui souhaitent s’exprimer à le faire avec retenue pour éviter d’envenimer davantage le débat », plaide le recteur, silencieux depuis lundi, dans une missive transmise mercredi soir à la communauté universitaire.

« Un tel climat ne fait avancer en rien la discussion. Plus il y a des tensions, plus les discours semblent devenir radicalisés et polarisés, moins un dialogue serein permettant de sortir grandi de cette crise peut s’établir », fait-il également valoir.

L’Université d’Ottawa est au cœur d’une tempête depuis quelques jours, après qu’une professeure ayant utilisé le mot « nègre » lors d’un cours a été suspendue, puis réintégrée dans ses fonctions. Près de 600 professeurs de cégep et d’université ont dénoncé le traitement réservé à Verushka Lieutenant-Duval, qui enseigne en histoire et théorie de l’art.

Dans les derniers jours, deux camps distincts se sont formés dans cette controverse, n’hésitant pas parfois à s’attaquer verbalement, directement ou par médias interposés. Il y a, d’un côté, ceux qui affirment que la liberté d’enseignement est en jeu, et de l’autre, ceux qui soutiennent que la simple utilisation du vocable lourd de sens équivaut à une forme de racisme impardonnable.

L’emploi de mots « irrespectueux », pour semer le mépris ou la diffamation, peut « difficilement mener à une conversation de qualité, conversation à laquelle nous aspirons une fois que la tempête actuelle sera passée, reprend Jacques Frémont dans sa lettre. Car, ne vous méprenez pas : je souhaite que ce débat ait bel et bien lieu ».
 

Or, les sujets délicats tels que « le mot en n » « doivent être abordés avec doigté, même dans nos milieux académiques », écrit-il, soulignant que « le respect de la dignité de la personne » est tout aussi « fondamental » que les « questions de liberté académique et de liberté d’expression ».

Suspension temporaire

Dans son message, le recteur aborde aussi la suspension temporaire de la professeure Verushka Lieutenant-Duval. Il se garde toutefois d’entrer dans les détails ayant mené à l’intervention de l’université auprès de celle qu’il ne nomme pas expressément, « pour des raisons de confidentialité ».

Mme Lieutenant-Duval et les étudiants ont demandé que le doyen de la Faculté des arts intervienne « pour tenter de résoudre des tensions vives qui minaient les conditions d’apprentissage et d’enseignement », relève M. Frémont. La décision de la relever temporairement de ses fonctions d’enseignement n’a pas été « arbitraire », et sa « liberté académique n’a en aucun temps été censurée », assure également le recteur dans sa déclaration.

Une telle mesure est prévue par la convention collective. « Tant la professeure que son syndicat ont pris part à la démarche qui lui a permis de reprendre ses tâches aussitôt. En tout temps, elle est demeurée une employée de l’Université. »

Avec Marco Fortier