Enfants tués à Wendake: les drames se répètent

Un mémorial dédié aux deux petits garçons retrouvés morts dimanche a été érigé tout près d’un petit arbre aux feuilles jaunes devant l’église blanche de Wendake.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Un mémorial dédié aux deux petits garçons retrouvés morts dimanche a été érigé tout près d’un petit arbre aux feuilles jaunes devant l’église blanche de Wendake.

Quatre mois après l’assassinat des petites Norah et Romy Carpentier, le mémorial érigé à Wendake pour deux autres enfants a malheureusement des allures de déjà-vu. Une funeste répétition qui choque autant qu’elle désole.

« Il faut qu’il se passe quelque chose ! Il faut arrêter de dire que c’est d’valeur, que c’est triste pis qu’on a de la peine pour la mère. Ça n’a pas d’allure. Il faut que ça s’arrête », a dit au Devoir une dame croisée au mémorial. « Les condoléances pis les regrets, c’est ben l’fun, mais ça redonne pas une vie ! »

Une autre a dit avoir le « cœur brisé » par l’assassinat des deux petits garçons de 2 ans et 5 ans, trouvés sans vie dans une résidence de Wendake dans la nuit de samedi à dimanche. « C’est arrivé à Lévis, là, c’est ici. Je ne pensais pas que ça allait arriver à côté de chez nous. »

En parlant de Lévis, la dame faisait allusion à Norah et Romy Carpentier, les deux fillettes retrouvées mortes dans les bois à Saint-Apollinaire en juillet dernier. À l’époque, un imposant mémorial citoyen avait été érigé pour elles dans un parc de Lévis.

Cette fois-ci, le mémorial dédié aux deux petits garçons se trouve près d’un petit arbre aux feuilles jaunes devant la jolie église blanche de Wendake. L’endroit se trouve en plein cœur du quartier historique, non loin de la chute Kabir Kouba qu’on entend rugir en permanence.

On sait encore peu de choses sur les circonstances de cet horrible drame si ce n’est qu’un homme de 30 ans du nom de Michaël Chicoine a été accusé de double meurtre et que des proches de la famille reprochent à la Direction de la protection de la Jeunesse (DPJ) de ne pas être intervenue dans le dossier malgré plus d’un signalement.

Enquêtes

En plus de l’enquête de la Sûreté du Québec et du coroner, deux autres enquêtes externes se pencheront spécifiquement sur la DPJ. Ainsi, le gouvernement du Québec a ordonné mardi la tenue d’une enquête externe « afin de faire toute la lumière sur le processus qui aurait mené à la non-rétention des signalements logés auprès de la Direction de la protection de la jeunesse de la Capitale-Nationale » dans cette affaire.

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a précisé que la personne désignée aura pour mandat « d’évaluer si tous les processus ont été rigoureusement suivis ». Le rapport sera remis au ministre le 5 décembre 2020. « Je ne peux tolérer que de tels événements se répètent, je l’ai dit à de nombreuses reprises », a indiqué le ministre par communiqué de presse.

Un peu plus tôt mardi, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse ouvrait sa propre enquête en lien avec ce drame pour déterminer si la Direction de la protection de la jeunesse a failli à sa mission de protéger ces deux enfants.

Dans un communiqué de presse publié mardi, l’organisme précise qu’elle commence cette enquête de sa « propre initiative », en vertu du mandat qui lui est conféré par la Loi sur la protection de la jeunesse.

C’est par ailleurs le 30 novembre que la Commission Laurent doit remettre son rapport au gouvernement sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse.

Trouver des solutions

La multiplication des enquêtes est un bon signe, selon le grand chef de Wendake, Konrad Sioui. « Ce que j’aime, c’est que ce sont toutes des démarches à court terme. D’ici un mois, un mois et demi, on va avoir des réponses et ça va nous permettre aussi de trouver des solutions », a-t-il fait valoir.

« On ne peut pas toujours être en réaction. C’est arrivé à Granby, à Saint-Apollinaire, ça arrive ici aujourd’hui. […] Peu importe qu’on soit québécois, canadien, huron-wendat, Premières nations, on est tous visés par ça », a-t-il soutenu. Le chef a aussi déclaré qu’il fallait offrir plus de services en santé mentale à Wendake, comme ailleurs.

Un peu plus tôt en après-midi, le premier ministre, François Legault, a profité de son point de presse quotidien sur la pandémie pour évoquer la mort des deux enfants. « Je veux transmettre toutes mes condoléances à la famille et à la communauté de Wendake, a affirmé le premier ministre. Ça a touché tous les Québécois. C’est toujours impossible à comprendre quand quelqu’un tue deux jeunes enfants. On se demande pourquoi on en vient là. »

Depuis Ottawa, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, avait lui aussi, eu quelques mots pour les proches des victimes. « Mes pensées sont avec les proches des jeunes victimes de ce drame terrible, et avec les gens de la communauté de Wendake. Il faut faire toute la lumière sur ce qui s’est passé. Ces jeunes enfants avaient la vie devant eux, et nous sommes bouleversés par la situation. »

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