Des consignes claires réduisent le stress

Le première ministre François Legault
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le première ministre François Legault

La population québécoise est « déjà à bout » des effets de la seconde vague de COVID-19, estime la spécialiste du stress Marie-France Marin. Le gouvernement de François Legault a, selon elle, tout avantage à diffuser des messages « clairs, nets et précis » dans ce contexte trouble.

« Le monde est très stressé. Au début, on était en mobilisation, comme si on allait en guerre. Tout le monde serrait les coudes. Là, on sent que des gens [se disent :] “Je ne vois pas pourquoi ma liberté serait brimée si, moi, je suis en bonne santé” », souligne-t-elle dans un entretien avec Le Devoir.

Les « messages les mieux reçus de la part de la population sont ceux qui sont très clairs » dans la mesure où ils donnent à leurs destinataires « une impression de contrôle », affirme la docteure en neurosciences.

Fermeture des salles à manger, bars, bibliothèques, musées, salles de spectacles, casinos, etc. : les consignes données aux résidents des régions, qui seront sur un pied d’alerte maximale jeudi, sont « plutôt claires comparativement à d’autres données au cours des derniers mois », indique la professeure Marin. « Ça devrait contribuer à déstresser les gens. [Auparavant], on avait l’impression que ça disait tout et son contraire. Ça, ça contribue à exacerber le stress. »

Un cerveau stressé, c’est un cerveau qui est plutôt paresseux

 

Cela dit, des flous persistent dans le message gouvernemental, notamment au chapitre des déplacements interrégionaux. Ceux-ci ne sont pas interdits, mais ils ne sont pas recommandés. « “Interdit”, le cerveau n’a pas besoin de se poser la question de midi à 14 heures, il y a une directive claire. Là, comme on dit que ce n’est pas recommandé, il faut lire entre les lignes. Mais, un cerveau stressé, c’est un cerveau qui est plutôt paresseux et qui ne fera pas nécessairement cette lecture entre les lignes. Il y en a qui vont dire : “Ils n’ont pas dit que c’est interdit, donc on va y aller” », explique-t-elle.

D’autre part, l’idée de demander aux Québécois un effort pendant 28 jours est bonne — quitte à allonger par la suite la durée de l’« effort ». « Quand tu sais qu’il y a une fin. Ça devient plus facile. Le cerveau arrive un peu plus à rationaliser, à dire : “J’en ai ça pour un certain temps” », dit Mme Marin.

En renonçant à l’idée de mettre de nouveau le Québec sur pause, le gouvernement s’attendait à devoir affronter un « défi bien plus grand » en matière de communications gouvernementales. Au sommet de l’État, des personnes s’affairent tous les jours à ce que « les messages » du premier ministre, François Legault, et, par ricochet, de la Santé publique soient « compris ». « On veut toujours avoir un message simple. Mais, on ne peut pas résumer quelque chose de compliqué en quelque chose de simple juste pour être simple. Ce n’est pas de la politique, c’est de la santé publique », explique l’un d’eux.

Marie-France Marin convient que la tâche du gouvernement pour mobiliser les Québécois autour de l’objectif de restreindre au maximum les contacts prolongés est « définitivement » plus difficile qu’en mars dernier. « Je ne voudrais pas être à leur place. C’est extrêmement complexe », lance la membre du Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal.

Des individus « se pensent un peu plus connaisseurs » sur la COVID-19 et banalisent la virulence du virus, qui a pénétré à l’intérieur du territoire québécois à la faveur de la Semaine de relâche il y a plus de six mois.

Le « cœur gros », le chef du gouvernement, François Legault, a décrété que « la situation est critique », particulièrement dans le Grand Montréal, Chaudière-Appalaches et la Capitale-Nationale, à l’occasion d’un point de presse en début de soirée lundi. Rivés à leur écran, beaucoup ont été pris de peur. « On est obligés de donner un gros coup de barre pour que les gens se ressaisissent et comprennent », a expliqué le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, mardi.

La docteure en neurosciences estime que la carte de la peur doit être jouée avec une prudence. « Si on a peur, normalement, on va avoir tendance à éviter le danger, donc à plus suivre les consignes et à rester à la maison », souligne la professeure Marin. Ce faisant, « il ne faut pas mettre l’état de panique dans la population », conclut-elle.

  

À voir en vidéo