Les signalements à la DPJ ont baissé de 20% pendant le confinement

Cette baisse significative a été causée non pas par une diminution des situations d’abus, mais plutôt par la fermeture des écoles, des garderies et des centres des loisirs qui gardent un œil sur les enfants vulnérables.
Photo: David Afriat Archives Le Devoir Cette baisse significative a été causée non pas par une diminution des situations d’abus, mais plutôt par la fermeture des écoles, des garderies et des centres des loisirs qui gardent un œil sur les enfants vulnérables.

La protection des enfants vulnérables a été mise à rude épreuve pendant le confinement. Les signalements effectués auprès des Directions de la protection de la jeunesse (DPJ) ont chuté de 20,5 % aux mois d’avril, mai et juin 2020 comparativement à la même période l’année précédente.

Cette baisse significative a été causée non pas par une diminution des situations d’abus, mais plutôt par la fermeture des écoles, des garderies et des centres des loisirs qui gardent un œil sur les enfants vulnérables. « Les professionnels des milieux scolaires sont ceux qui effectuent le plus de signalements chaque année », rappelle en entrevue Patrick Corriveau, directeur de la protection de la jeunesse de la Capitale-Nationale.

Après la chute drastique vécue à partir de la mi-mars, les signalements sont repartis à la hausse dès le moment où les écoles ont rouvert dans plusieurs régions du Québec, au point où l’écart creusé pendant le confinement a presqu’été rattrapé, rapporte Caroline Brown, directrice de la protection de la jeunesse pour la région de Chaudière-Appalaches.

Les effets délétères sur les enfants vulnérables risquent toutefois d’être durables. « On anticipe des retards de développement importants chez nos tout-petits », se désole Patrick Corriveau. Le confinement a également exacerbé des maux vécus derrière des portes closes. « En ce moment, on voit beaucoup de problèmes de santé mentale chez les parents, de problèmes de toxicomanie accentués, de violence dans le milieu qui a aussi été accentuée », ajoute Caroline Brown.

Avec pour conséquence des signalements plus élevés depuis la fin du printemps pour des situations d’abus physiques ou de mauvais traitements psychologiques — notamment pour des enfants ayant été témoins de situations de violence conjugale.

Une situation d’autant plus inquiétante que plusieurs enfants vulnérables ne sont pas retournés sur les bancs d’école malgré la fin du confinement, leurs parents optant plutôt pour une scolarisation à la maison, rapporte Caroline Brown.

Alors que la deuxième vague déferle sur le Québec, les deux directeurs insistent pour qu’un filet de sécurité reste cette fois mieux tendu. « On a eu l’assurance qu’il n’y aura pas de délestage des intervenants de la protection de la jeunesse. C’est important aussi de ne pas tout confiner en même temps dans la mesure du possible pour que nos professionnels puissent continuer à dépister », fait valoir Caroline Brown. Et peu importe le scénario vers lequel on se dirige, les voisins, oncles, tantes et grands-parents doivent demeurer en tout temps ces yeux protecteurs.

Hausse de 12 % en 2019-2020

Ces données sur la baisse de signalements vécus pendant le confinement ont été dévoilées mercredi matin à l’occasion de la présentation du bilan annuel des Directeurs de la protection de la jeunesse. Durant la période s’étendant du 1er avril 2019 au 31 mars 2020, une hausse de 12 % des signalements a été observée dans la province (depuis 2015-2016, la hausse cumulée est de 34,8 %), portant le total des signalements à 118 316.

Ce chiffre représente 324 situations déclarées aux autorités en moyenne chaque jour, soit une hausse moyenne de 35 signalements par jour comparativement à l’année précédente. Ces signalements ont visé 36 590 enfants. Ils ont été retenus dans une proportion de 36,8 %.

Le tiers des signalements retenus (33,3 %) concerne de la négligence, combinée à un risque sérieux de négligence, suivie à 31,4 % par l’abus physique et le risque sérieux d’abus physique. Quant aux enfants pris en charge par la DPJ, près des deux tiers (64,7 %) sont demeurés dans leur milieu familial ou chez des tiers significatifs.

Pour la protection de la jeunesse, en plus de confinement, l’année 2020 sera marquée par le dépôt au plus tard le 30 novembre du rapport de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse présidée par Régine Laurent.

Caroline Brown dit s’attendre à y voir des recommandations portant sur des modifications à la Loi sur la protection de la jeunesse, « probablement au niveau de l’échange d’informations et de la confidentialité » et à une « réforme du processus judiciaire en matière de protection de la jeunesse ». Mais peu importe ce que cette Commission — mise sur pied dans la foulée de la tragédie ayant emporté la petite fille de Granby — recommandera, « on va participer avec plaisir aux changements qui seront mis de l’avant ».

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