Immobilier: la pandémie n’a pas ralenti la hausse des prix à Montréal

Maxim Garant Rousseau est devenu pour la première fois propriétaire le mois dernier. Avec sa conjointe Gabrielle Lafontaine, ils ont décidé de quitter l’appartement qu’ils louaient dans le Plateau Mont-Royal, qui leur a semblé mal adapté à leurs besoins pendant le confinement, pour acheter un triplex dans le quartier Villeray.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Maxim Garant Rousseau est devenu pour la première fois propriétaire le mois dernier. Avec sa conjointe Gabrielle Lafontaine, ils ont décidé de quitter l’appartement qu’ils louaient dans le Plateau Mont-Royal, qui leur a semblé mal adapté à leurs besoins pendant le confinement, pour acheter un triplex dans le quartier Villeray.

N’en déplaise aux acheteurs, la pandémie n’a pas ralenti la hausse des prix des propriétés à Montréal. Il faut souvent jouer des coudes et être prêt à délier les cordons de sa bourse pour mettre la main sur la perle rare dans un marché où l’offre ne répond pas à la demande.

« Les vendeurs sont très confiants, ils savent qu’ils vont vendre vite et à bon prix. Ça pousse les acheteurs à offrir toujours plus », lance Maxim Garant Rousseau. Ce Montréalais est devenu pour la première fois propriétaire le mois dernier. Avec sa conjointe, ils ont décidé de quitter l’appartement qu’ils louaient dans le Plateau-Mont-Royal pour acheter un triplex dans le quartier Villeray.

Le couple dans la trentaine pensait déjà acheter avant la pandémie, mais le confinement a accéléré ses plans. « On a réalisé que plein de choses ne fonctionnaient plus dans notre appartement : trop petit pour faire du télétravail, le plancher qui craque beaucoup, la lumière qui n’est pas optimale, les voisins qu’on entend souvent. Ta vision de ton logement change quand tu dois y rester toute la journée pour travailler et non juste pour souper le soir, dormir ou recevoir des amis », explique Maxim Garant Rousseau.

Bien que le marché était à l’arrêt dans les premiers mois de la crise sanitaire — les visites étant suspendues —, sa conjointe et lui n’ont pas chômé et ont multiplié les appels pour s’assurer d’avoir l’argent nécessaire et trouver un agent immobilier. Au moment du déconfinement en mai, tout s’est enchaîné rapidement, même si le faible nombre de résidences mises sur le marché a réduit les occasions.

« Dans l’ensemble, ça a bien été, on est loin des histoires qu’on entend en ligne décrivant un marché en feu, dans lequel c’est impossible d’acheter. Mais c’est vrai qu’on a dû faire de la surenchère », poursuit-il.

Leur première offre, déjà plus élevée que le prix demandé, s’est retrouvée en deuxième place aux côtés de six autres offres de ménages intéressés. « En tout, on a surenchéri de 40 000 $ pour l’avoir. Mais je me considère chanceux, je m’attendais à ce qu’on soit obligé de mettre davantage. »

On aura davantage d’offres sur le marché, ça va rééquilibrer un peu les choses. Mais c’est peu probable qu’on bascule drastiquement dans un marché très favorable aux acheteurs.

Une situation que Jimmy Berthelet ne voulait faire vivre à personne en vendant sa maison située dans le Plateau-Mont-Royal le mois dernier. Après seulement deux jours de visites, une première offre d’achat lui a été soumise au prix qu’il demandait, soit 1,1 million. Il a tout de suite accepté.

« On aurait pu attendre un peu et obtenir plus en laissant aller la surenchère, mais je ne voulais pas jouer ce jeu-là. Je trouvais ça abusif considérant combien on l’avait payée à la base. » Car c’est au prix de 748 000 $ qu’il a pris possession de la demeure deux années auparavant. « C’est presque ridicule de pouvoir faire un tel profit, laisse-t-il tomber. Je savais qu’on l’avait eue à bon prix à l’époque, mais jamais je n’aurais pensé en retirer autant. »

Souhaitant surtout vendre vite, puisqu’il venait d’acheter une autre maison dans les Laurentides, il a mis sa maison en vente à un prix volontairement plus bas que celui du marché. Les maisons comme la sienne de quatre chambres, au rez-de-chaussée avec cour, situées dans le quartier prisé du Plateau-Mont-Royal sont affichées en moyenne entre 1,3 et 1,6 million présentement.

« Le marché est en folie ! », renchérit Mathieu Lagarde, copropriétaire de l’agence Christine Gauthier Immobilier. Non seulement le prix d’affichage a augmenté sur des sites comme Centris — la base de données provinciale des courtiers immobiliers —, mais il faut maintenant systématiquement s’attendre à faire de la surenchère. Cette pratique se faisait déjà souvent à Montréal avant la pandémie, mais elle s’est maintenant généralisée dans toute la grande région métropolitaine, dit-il.

« Vu qu’il y a plus d’acheteurs que de vendeurs, ils sont nombreux dans les visites, ils sont nombreux à faire une offre pour la même propriété. Ça les met en compétition et encourage la surenchère et donc l’augmentation des prix sur le marché », souligne-t-il, assurant qu’il est fréquent de voir une résidence partir 10 % plus cher que le prix demandé.

« 2020 nous impressionne »

Les derniers chiffres de l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ) publiés vendredi lui donnent raison. Dans la grande région de Montréal, le nombre de propriétés mises en vente en août n’a jamais été aussi bas, 21 % de moins qu’en 2019 à pareille date. Il faut remonter à 2003 pour observer un aussi bas niveau.

Les transactions ont toutefois augmenté, suivant la tendance de juin et juillet. En tout, 4878 ventes résidentielles ont été conclues dans la région métropolitaine, soit une hausse de 39 % comparativement à l’année dernière. Juste sur l’île de Montréal, on parle d’une hausse de 29 %.

Les prix ont également continué de grimper. Dans la grande région de Montréal, la valeur médiane d’une résidence unifamiliale a augmenté de 24 % le mois dernier en comparaison avec août 2019, soit la plus forte croissance jamais vue. Le nombre de maisons vendues à plus d’un million notamment a doublé. Les copropriétés ont plutôt connu une hausse de 12 % et les petits immeubles locatifs de deux à cinq logements, de 13 % en un an.

« 2019 était une excellente année, mais 2020 nous impressionne. Après la pause d’un mois et demi au début de la pandémie, l’activité a repris avec force. Les acheteurs se sont précipités sur le marché », explique Charles Brant, directeur du service de l’analyse du marché à l’APCIQ. Il souligne toutefois que l’écart important entre cet été et l’été 2019 tient aussi au fait que les transactions se déroulent généralement au printemps et que la pandémie a repoussé les activités de deux mois. « Mais on a clairement dépassé l’effet de rattrapage au mois d’août », ajoute-t-il, curieux de voir si la tendance va se maintenir les prochains mois.

Justement, à quoi ressemblera le marché résidentiel cet automne ? « L’effet de rattrapage va se dissiper graduellement », prévoit pour sa part Francis Cortellino, analyste de marché pour la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL).

Avec la fin prévisible des mesures de soutien telles que la Prestation canadienne d’urgence ou les allègements hypothécaires, certains pourraient se retrouver dans l’incapacité de faire leurs versements hypothécaires et devront mettre leur propriété en vente. « On aura davantage d’offres sur le marché, ça va rééquilibrer un peu les choses. Mais c’est peu probable qu’on bascule drastiquement dans un marché très favorable aux acheteurs », soutient l’économiste.

Quant à la valeur des propriétés, il y a de fortes chances que la croissance des prix diminue au début de 2021, surtout pour les copropriétés en centre-ville ou les résidences de petite taille moins attrayantes, avance Charles Brant de l’APCIQ. Mais ça ne veut pas dire une baisse des prix, nuance-t-il, rappelant que les prix de l’immobilier n’ont cessé d’augmenter depuis une dizaine d’années, même lors des épisodes de ralentissements économiques.

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