Sculpteur recherché en vue du «boulonnage» d'un bronze de Jacques Parizeau

L’érection d’une statue en l’honneur de Jacques Parizeau, décédé en 2015, jouit d’un certain consensus, estime Laurier Lacroix.
Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir L’érection d’une statue en l’honneur de Jacques Parizeau, décédé en 2015, jouit d’un certain consensus, estime Laurier Lacroix.

Les proches de Jacques Parizeau sont à la recherche d’un artiste afin d’élever sur la colline Parlementaire la statue de l’ex-premier ministre, qui a mené le Québec aux portes de l’indépendance.

Pourquoi honorer une figure politique en érigeant un bronze la représentant en 2020 ?

« J’espère qu’on n’arrêtera pas de faire des monuments publics parce que certaines figures sont contestées », lance l’historien de l’art Laurier Lacroix dans un échange avec Le Devoir lundi soir.

Il est d’avis qu’un monument « rappel[ant] la figure du personnage » dans un lieu public « apporte un autre ordre de signification et de symbole dans la société que les noms sur un édifice ou une rue ». « Le rappel des traits physiques de cette personne-là n’est pas quelque chose d’insignifiant dans notre histoire commune », soutient-il.

Photo: Assemblée nationale du Québec La maquette prévoit d'installer la statue de Parizeau sur la colline parlementaire de Québec.

Il n’en demeure que de « boulonner » une statue d’acteur politique constitue un geste politique fort, au même titre que de la déboulonner.

Pour preuve, les élus québécois ont attendu une quinzaine d’années avant d’ancrer sur un piédestal de granit la statue de Maurice Duplessis, qu’ils avaient reçue en 1960.

Le bronze du controversé premier ministre, qui avait été commandé par le gouvernement unioniste de son successeur, Paul Sauvé, est demeuré dans l’ombre de la Révolution tranquille — dans le « purgatoire des souvenirs », selon certains — jusqu’à ce que René Lévesque l’autorise à sortir au grand jour.

Le gouvernement libéral de Jean Lesage avait refusé net d’élever le monument commémorant l’artisan de la « grande noirceur ».

Au moment de son inauguration en 1977, le premier ministre René Lévesque dit à la foule vouloir s’en tenir à lire une allocution écrite en raison du « sujet qui a encore ses petits côtés explosifs ». « Duplessis, ce n’est pas encore tout à fait un sujet sur lequel on peut improviser », déclare-t-il à la foule agglutinée devant la statue, située sur la Grande Allée.

« Si, enfin, le gouvernement québécois a convenu de l’exposer au grand jour, ce n’est pas pour inviter monsieur Duplessis à nous proposer son exemple politique — en tout cas, pas tout entier — ou à peser de quelque façon anachronique sur nos destinées d’aujourd’hui ou de demain », précise M. Lévesque.

Le premier ministre péquiste prend soin de rappeler que son gouvernement « n’a pas l’intention de placer des cadenas nulle part, de relancer des opérations à Asbestos ou de confisquer quelque trésor polonais que ce soit », une allusion aux noirceurs de la gouverne de M. Duplessis, qui s’est échelonnée de 1936 à 1939, puis de 1944 à 1959.

La statue du « cheuf », que M. Lévesque décrit comme un « monument tranquille » sur la colline Parlementaire, vise à « nous souvenir, comme le veut la devise [du Québec] » et à « lier le passé au présent parce que, quand on perd les traces du passé, on risque de perdre un peu, non seulement dans le présent, mais pour l’avenir, le sens de la direction ».

Depuis 1999, René Lévesque est lui aussi immortalisé sur la colline Parlementaire. Sa statue sème à son tour la controverse en raison principalement de son esthétique rappelant le statuaire soviétique. Le monument grandeur nature est refondu en 2001 dans une version surdimensionnée permettant d’éviter que les passants laissent des cigarettes entre les doigts de l’ancien premier ministre de bronze.

Règle pas sacro-sainte des 10 ans

L’Assemblée nationale du Québec (ANQ) et la Commission de la capitale nationale (CCNQ) se sont donné pour règle d’attendre « normalement 10 ans » après le décès de la personnalité à commémorer avant de la couler dans le bronze.

Ce délai a été appliqué pour René Lévesque (plus de 10 ans) et Robert Bourassa (10 ans presque jour pour jour).

J’espère qu’on n’arrêtera pas de faire des monuments publics parce que certaines figures sont contestées

 

La famille de Jacques Parizeau, qui est décédé le 1er juin 2015, a, elle, exprimé le souhait que la commémoration soit effectuée le plus rapidement possible afin que les contemporains de l’ancien chef du gouvernement puissent y assister. Ses vœux ont été exaucés. L’ANQ et la CCNQ ont donné leur bénédiction à l’installation d’un monument en hommage à M. Parizeau derrière l’hôtel du Parlement, où termine la rue Jacques-Parizeau. « Le seul matériau autorisé pour sa réalisation est le bronze », précise-t-on dans un échange de courriels obtenus par Le Devoir.

L’érection d’une statue en l’honneur de M. Parizeau jouit d’un certain consensus, estime Laurier Lacroix. « C’est possible que dans 50 ans la figure de Parizeau soit contestée, mais pour l’instant, il y a une forme d’unanimité sur l’intérêt, l’importance de ce personnage-là », affirme-t-il au Devoir.

Cela dit, « le monument devra être conçu de façon à éviter l’incitation à l’escalade », apprend-on à la lecture des échanges de courriels entre l’ANQ et la CCNQ.

Seuls 8 des 32 premiers ministres du Québec ont eu droit à leur représentation en bronze. Ces monuments vont du modeste buste de Pierre-Olivier Chauveau à la statue monumentale d’Honoré Mercier juchée au sommet d’un imposant piédestal qui domine les pelouses du Parlement depuis 1912. Les libéraux Lomer Gouin et Louis-Alexandre Taschereau, qui ont gouverné le Québec pendant près de 30 ans, attendent toujours leur monument.

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6 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 1 septembre 2020 08 h 19

    Attendre le dix ans

    Je ne crois pas que Jacques Parizeau fasse l'unanimité dans la population. Chez la classe politique, sans doute davantage. Alors pourquoi ne pas attendre la règle normale des dix ans avant l'éventuelle érection d'une statue. Saine prudence oblige.

    M.L.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 1 septembre 2020 11 h 22

    Monsieur Jacques Parizeau n'ayez crainte vous aurez bientôt vous aussi vôtre statue!

    Comme on peut voir le premier commentaire affiché montre déjà les dents! Affirmer que Monsieur Parizeau ne fait pas l'unanimité dans la population c'est aussi affirmer que John Macdonald lui-même était dans la même position, cependant notre ancien Premier Ministre n'a jamais voulu, lui, éradiquer les Autochtones ni les Anglophones tant à Montréal que dans les régions du Québec! Et pourtant, malgré ces horribles actions, comme la pendaison de Louis Riel, les Anglais lui ont érigé une statue sans que les francophones interviennent!
    Où diable loge la démocratie tant au au Dominion qu'au Québec?
    Régler ses comptes ainsi sur la place publique témoingne d'un manque de respect vis-à-vis d'un homme qui a consacré sa vie pour faire du Québec un pays! Les francophones sont-ils des poulles mouillées pour laisser passer un tel commentaire!
    Bernard Leiffet

    • Michel Lebel - Abonné 1 septembre 2020 16 h 38


      Je ne fais que référer à la règle des dix ans normalement requise avant d'ériger une statue. Le reste relève de la liberté d'expression, liberté chère à toute démocratie. Et un journal indépendant se doit de défendre cette liberté.

      M.L.

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 1 septembre 2020 11 h 55

    Ce que l'on doit à la Grande noirceur....

    En 1937, Lionel Groulx nous promet un État fançais. En 1960, Jean Lesage découvre que le Québec est un État de facto.
    Entre les deux, la Grande noirceur de Maurice Duplessis, qui est celui qui a présider à la montée en puissance de la province, devenu un État !
    Un État, que les souverainistes ont perdu de vue pour lui substituer un pays fantasmé, alors que le véhicule de la souveraineté est d'abord et avant tout l'État du Québec.

    Ceux de la Grande noirceur qui se sont battu pour l'autonomie, savaient que c'était là le péalable qui ouvrait la porte du possible....

    Les clés pour sortir du piège dans lequel l'histoire a enfermé notre nation en 1760, se trouve du coté conservateur de notre histoire....et non du coté du libéralisme.

    Un constat que ceux qui ont intériorisés les codes civilisationnels anglosaxon ne peuvent pas comprendre.....je parles des idéalistes souverainistes, qui n'ont aucune idée à ce que l'on doit à la Grande noirceur.

  • Pierre G. Blanchard - Abonné 1 septembre 2020 14 h 43

    Monuments et statues, qu'en restent-ils vraiment ?

    Avec raison, les causes des autochtones et des noirs ont la cote de l'opinion publique. Mais beaucoup moins, le sort funeste réservé par des groupes activistes aux statues de personnages historiques contestés. Doit-on y voir l'effet du moment, d'une fausse conscience ou d'un révisionisme tardif ? Demain, celle de Sir Winston Churchill à Londres, pourrait-elle connaître le même sort parce qu'il s'opposait au vote des femmes ? Également, la statue de Duplessis pourrait-elle devenir la cible des contestataires, vu notre souci légendaire de protection de la veuve et de l'orphelin ? Les orphelins de Duplessis sont ces milliers d'enfants orphelins qui ont faussement été déclarés malades mentaux par le gouvernement du Québec et confinés dans des institutions psychiatriques entre les années 1940 et 1960. On considère que c'est le cas le plus important de maltraitance d'enfants dans l'histoire du Canada. En revanche, le CHLSDicide récent dû à la Covid et la négligence systémique de gouvernements successifs imposerait-il une quelconque gêne quant à l'érection future de statues au Québec ?

  • Léonce Naud - Abonné 1 septembre 2020 15 h 56

    À Québec, bientôt les amalgames terribles

    On entend installer sur le parvis même de l'Assemblée nationale une œuvre d’art. Yes Sir ! Plus précisément un beau gros château de cartes « à l’image de la société québécoise » !

    Selon Wikipedia : « L'expression « château de cartes » peut désigner une structure ou un argument qui s'appuie sur des fondations fausses ou fragiles et qui s'effondrera parce qu'un détail essentiel a été omis. L'expression renvoie aussi à l'idée de projets fragiles et vains ».

    On verra bientôt le Président du Salon de la Race – brave homme au demeurant – expliquer à des parlementaires étrangers : « Voyez-vous, ce gros château de cartes signifie que les Québécois sont fragiles, vains et prêts à s’écrouler. C’est vraiment comme ça qu’on se sent, nous autres icitte…». Certains visiteurs tomberont morts, frappés par la bêtise.

    La fragilité des Québécois, les projets fragiles et vains de leur Gouvernement ainsi que son effondrement prévisible, toute une symbolique terrible que transmettra cette soi-disant « oeuvre d'art », ce gros château de cartes multicolores installé sur le parvis même de l’Assemblée nationale. Cette Institution est-elle devenue à ce point dépourvue de noblesse qu’elle en a complètement perdu le sens de sa propre dignité ?

    Réf. : https://www.lesoleil.com/arts/nouvelle-uvre-des-passages-insolites-devant-le-parlement-de-quebec-4c2d6f883de3ce1d06373558ee661313