La maison du légendaire Alexis le Trotteur sauvée «in extremis»

La maison d’Alexis le Trotteur et de son grand-père, Alexis Tremblay dit Picoté, était destinée à être démolie.
Pierre Rochette La maison d’Alexis le Trotteur et de son grand-père, Alexis Tremblay dit Picoté, était destinée à être démolie.

Nouveau retournement de situation : promise plus d’une fois à la démolition prochaine, la maison ancestrale d’un des pères de la colonisation du Saguenay, Alexis Picoté, une demeure habitée aussi un temps par le légendaire Alexis le Trotteur, sera finalement sauvée de la destruction dans la municipalité de Clermont, au pays de Charlevoix.

La Société d’histoire de Charlevoix a réussi, in extremis, à mettre la main sur cette maison patrimoniale, tout en continuant de regretter amèrement que l’État n’ait pas jugé pas bon de la classer pour la protéger.

Le président de la Société, Serge Gauthier, attend que la transaction soit officiellement avalisée chez un notaire. Ce n’est plus qu’une formalité, assure-t-il du même souffle.

Les recherches ont permis de déterminer que cette maison, importante dans l’histoire populaire, date de 1817. « Les premiers travaux vont consister à dégager l’intérieur qui a été touché par l’incendie d’une maison voisine, explique l’historien Serge Gauthier. On va d’abord garder les murs, avec une équipe de bénévoles. Il est question de retrouver le toit d’origine, avec son style. C’est une maison à la structure très solide. »

Serge Gauthier plaide, une fois de plus, pour qu’une attention conséquente soit accordée à l’histoire du monde populaire. « Non, ce n’est pas une maison chic, une maison bourgeoise. Ça ne veut pas dire que ce n’est pas important. Les gens de la région s’en seraient bien aperçus si elle avait disparu. »

Docteur en histoire, Serge Gauthier continue de penser, comme les membres de la Société d’histoire de Charlevoix qu’il préside, que la maison aurait dû faire l’objet depuis longtemps d’une attention de la part des pouvoirs publics, tant au niveau national que municipal.

Non, ce n’est pas une maison chic, une maison bourgeoise. Ça ne veut pas dire que ce n’est pas important.

 

« C’est quelque chose d’assez dramatique, au Québec, que de penser qu’on a pu passer assez près de la démolition d’une maison pareille. On n’a pas la même grille d’analyse que le ministère sur ce qui compte. Mais il est certain que ça leur aurait déplu, tout de même, que la maison soit détruite. » Or, il s’en est fallu de bien peu. C’était en fait à un cheveu depuis que le ministère de la Culture avait officiellement décliné la proposition qui lui était faite de la classer. « Le ministère de la Culture nous a au moins dit qu’il nous aiderait, après un audit sur l’état de la maison. »

L’occupant majeur de cette maison, le plus important depuis deux siècles, fut certainement Alexis Tremblay dit Picoté (1787-1859), un des fondateurs, en 1837, de la Société des 21. C’est de cette société de coopération mutuelle dans un dessein colonial qu’allait naître un mouvement permettant l’ouverture à l’exploitation et à l’implantation de colons au Saguenay–Lac-Saint-Jean en 1842. Le territoire avait été jusque-là une des chasses gardées de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Cet Alexis Tremblay dit Picoté était un marchand plutôt prospère dans la région de La Malbaie. Sa maison, plus tard, fut aussi celle d’une figure du folklore, Alexis Lapointe, dit le Trotteur, cet homme-cheval de légende dont la destinée dans l’imaginaire collectif dépassa de beaucoup la vie réelle.

À voir en vidéo