La situation socio-économique des Noirs canadiens reste difficile

La population noire canadienne est également plus susceptible d’être surqualifiée pour un emploi.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne La population noire canadienne est également plus susceptible d’être surqualifiée pour un emploi.

La population noire du Canada accuse de nombreux retards par rapport au reste des Canadiens en ce qui a trait à sa situation économique, constate une nouvelle étude de Statistique Canada. L’enquête, basée sur des données de la période allant de 2001 à 2016, démontre des écarts quant au taux d’emploi et à la rémunération, surtout chez les hommes.

Selon les données du recensement de 2016, le taux d’emploi des hommes noirs âgés de 25 à 59 ans atteignait 78 %, comparativement à 83 % chez les autres hommes, tant chez les immigrants que chez ceux qui sont nés au Canada. Le taux d’emploi des femmes noires présentait des valeurs comparables à celles des autres femmes.

En 2015, la rémunération des hommes noirs âgés de 25 à 59 ans était inférieure de près de 15 000 $ à celle des autres hommes, avec une valeur médiane de 41 000 $ par année comparativement à 56 000 $ pour les autres. L’écart entre les hommes noirs et les autres hommes était beaucoup plus important parmi la population née au Canada. Pendant ce temps, la rémunération des femmes noires se comparait davantage à celle des autres femmes.

Par ailleurs, la population noire est également plus susceptible d’être surqualifiée pour un emploi, tant chez les immigrants que chez les non-immigrants noirs. « Alors que 18 % et 16 % respectivement des hommes et des femmes noirs nés au Canada étaient surqualifiés en 2016, ces valeurs étaient de 10 % et 11 % dans le reste de la population », peut-on lire dans le rapport.

Situation précaire des enfants

Autres données sur les conséquences des conditions socio-économiques vécues par les adultes : le recensement de 2016 illustre que 27 % des enfants noirs âgés de moins de 15 ans vivaient au sein d’une famille se trouvant en situation de pauvreté. Ce pourcentage était deux fois moindre chez les enfants dans le reste de la population, à 14 %. Et 27 % des femmes noires âgées de 25 à 59 ans étaient des mères seules, comparativement à moins de 10 % des autres femmes. Statistique Canada associe la monoparentalité à la vulnérabilité économique des familles.

Chez les hommes, la proportion de personnes titulaires d’un diplôme universitaire au sein de la population noire était semblable à celle du reste de la population. Chez les femmes, malgré une hausse observée depuis 2001, la proportion de personnes noires âgées de 25 à 59 ans titulaires d’un diplôme universitaire était généralement inférieure à celle observée dans le reste de la population.

Statistique Canada a remarqué que la population noire en âge de travailler est jeune et diversifiée au pays, et qu’elle s’accroît. En 2016, la population noire âgée de 25 à 59 ans comptait un peu plus de 550 000 personnes, dont plus de 7 sur 10 étaient nées à l’étranger. Une preuve de discrimination systémique, selon la Ligue des Noirs.

Le président de la Ligue des Noirs du Québec juge que ces données ne sont pas surprenantes et, selon lui, elles prouvent qu’il existe de la discrimination systémique partout au Canada. « C’est un phénomène qui est quantifiable, observable. On ne peut que constater cette réalité-là. Ce sont les faits », a insisté Max Stanley Bazin en entrevue téléphonique.

Le président de l’organisation exhorte les gouvernements à en faire davantage pour intégrer les femmes et les hommes noirs dans le marché du travail. Il propose notamment de contraindre les entreprises à embaucher un certain pourcentage d’employés noirs, et de les pénaliser si elles n’atteignent pas la cible. « On doit agir et il faut prendre les moyens pour changer la situation », a-t-il tranché.

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