L’amputation d’un parc suscite de l’opposition à Salaberry-de-Valleyfield

Le conseil municipal de Salaberry-de-Valleyfield a autorisé la vente de près des trois quarts de la superficie du parc des Mouettes au gouvernement, pour un montant de 2,6 millions. Québec compte y construire une Maison des aînés.
Mélissa Legault Le conseil municipal de Salaberry-de-Valleyfield a autorisé la vente de près des trois quarts de la superficie du parc des Mouettes au gouvernement, pour un montant de 2,6 millions. Québec compte y construire une Maison des aînés.

Après avoir annoncé la démolition d’une église moderne à Sainte-Foy et menacé de raser un couvent patrimonial dans Lanaudière pour construire des Maisons des aînés, Québec s’apprête maintenant à amputer un parc municipal en Montérégie pour réaliser un autre projet. La municipalité de Salaberry-de-Valleyfield a accepté de vendre au ministère de la Santé une large portion du parc des Mouettes afin d’y accueillir une Maison des aînés, malgré l’opposition d’un groupe de citoyens.

« Les citoyens ne comprennent pas qu’on puisse prendre un parc qui est là depuis 40 ou 50 ans. C’est notre patrimoine à nous. Pourquoi ne prend-on pas le temps de chercher un autre endroit ? » se demande François Parisien, porte-parole du groupe de citoyens qui s’opposent à la vente du terrain.

Le 14 mai dernier, la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a annoncé qu’une Maison des aînés de 96 places, comprenant 72 places pour les aînés et 24 places pour des adultes ayant des besoins spécifiques, serait érigée à l’angle des rues Ellice et Victor-Léger pour y créer un « milieu de vie à dimension humaine ». Le projet est estimé à 52 millions de dollars.

Les citoyens ne comprennent pas qu’on puisse prendre un parc qui est là depuis 40 ou 50 ans. C’est notre patrimoine à nous. Pourquoi ne prend-on pas le temps de chercher un autre endroit ?

Dans les faits, il s’agit du parc des Mouettes, un parc municipal un peu négligé au fil des ans. Le conseil municipal a autorisé la vente d’une portion de 140 000 pieds carrés de terrain, soit près des trois quarts de la superficie du parc, pour un montant de 2,6 millions.

Les citoyens reprochent à la Ville de les avoir placés devant un fait accompli et d’avoir procédé à la modification du plan d’urbanisme sans leur donner la possibilité de se prononcer par voie de référendum. Sonia Daoust, dont les parents âgés habitent dans le secteur, se désole qu’une partie du parc soit sacrifiée pour le projet. « Ceux qui ont acheté une maison avec un parc à côté se retrouveront à côté d’un stationnement », dit-elle.

Un « terrain vague »

Le maire Miguel Lemieux qualifie la partie de parc vendue au gouvernement de « terrain vague » avec du « gazon et quelques arbres ». La section comportant des modules de jeux pour enfants ne sera pas touchée et les équipements vieillissants seront remplacés, assure-t-il.

Le maire fait valoir que la municipalité compte réaménager le parc Marcil, adjacent au parc des Mouettes. Il s’agit d’un ancien dépotoir remblayé aux abords de la baie Saint-François, d’une superficie de 450 000 pieds carrés. « Ce parc est de l’autre côté de la rue et il est quatre fois plus grand [que le parc des Mouettes]. Donc, il n’y a aucune superficie d’aire de parc qui, au final, va être perdue. Au contraire, il va y avoir un très net gain en termes de parc municipal dans ce secteur-là », explique-t-il.

Le parc Marcil sera rehaussé avec l’ajout de terre, et des aménagements comme des sentiers, des bancs et des placettes seront réalisés en plus des travaux de revégétalisation des berges prévus d’ici la fin de 2025. « Ce parc-là est beaucoup plus intéressant que l’autre, parce qu’il est au bord de l’eau », dit l’élu.

La maire Lemieux soutient que la Ville ne disposait pas d’autre terrain pour accueillir la Maison des aînés. Le nouvel immeuble sera un bâtiment LEED. De plus, ajoute le maire, la Ville a exigé un minimum de 25 % d’espaces verts, une toiture blanche ou végétalisée ainsi qu’un minimum de 40 % de canopée au-dessus des stationnements.

Le fruit de la vente sera versé au fonds pour les parcs et espaces verts. « Ça va nous permettre d’investir dans les autres parcs. Les familles dans les autres quartiers vont pouvoir en bénéficier », affirme le maire Lemieux.

Couvent et église menacés

Projet phare de la Coalition avenir Québec (CAQ) pendant la campagne électorale de 2018, les Maisons des aînés sont décrites comme des résidences plus conviviales pour les aînés en perte d’autonomie et les personnes de moins de 65 ans ayant des besoins spécifiques.

En janvier 2019, Québec avait fait savoir son intention de procéder à la démolition de l’ancien couvent des Sœurs de la Providence à Sainte-Élisabeth, dans Lanaudière, afin d’ériger la première Maison des aînés. Jugé trop vétuste pour y accueillir une résidence pour aînés, le bâtiment construit en 1877 était pourtant considéré comme ayant une valeur patrimoniale « supérieure » par la MRC de D’Autray. Le Devoir a tenté en vain d’obtenir du ministère de la Santé des renseignements sur l’état d’avancement du projet.

Et la semaine dernière, le gouvernement a annoncé qu’il fera l’acquisition de l’église Saint-Louis-de-France, dans le secteur de Sainte-Foy à Québec, pour la raser et y construire une Maison des aînés. Construite en 1960 et dessinée par l’architecte Gilles Côté et la firme Blatter et Caron, cette église issue du patrimoine moderne avait reçu la cote B (exceptionnelle) du Conseil du patrimoine religieux du Québec.

Le projet de loi 61 du gouvernement Legault, visant à stimuler la relance économique, prévoyait d’ailleurs la construction de près de 48 Maisons des aînés aux quatre coins du Québec. Il n’a finalement pas pu être adopté avant l’ajournement des travaux de l’Assemblée nationale pour la relâche estivale.

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