Les Autochtones veulent une enquête «vraiment indépendante» au Nouveau-Brunswick

Le BEI examine notamment les gestes posés par des policiers au Nouveau-Brunswick qui ont mené à la mort de Rodney Levi, 48 ans, vendredi dernier.
Photo: Ron Ward La Presse canadienne Le BEI examine notamment les gestes posés par des policiers au Nouveau-Brunswick qui ont mené à la mort de Rodney Levi, 48 ans, vendredi dernier.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, rencontrera des leaders des Premières Nations, mercredi, quelques jours après la mort de deux Autochtones, abattus par la police lors d’incidents distincts qui ont déclenché des appels à une enquête « réellement indépendante ».

Des leaders des Premières Nations demandent en effet une enquête menée par des Autochtones, ou du moins une certaine implication des Autochtones dans le travail du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI). Le BEI a été choisi pour enquêter sur les deux décès parce que le Nouveau-Brunswick n’a pas sa propre « police des polices ».

Imelda Perley, une aînée autochtone qui participe au processus de guérison dans les communautés touchées, a déclaré que la participation des Autochtones à ces enquêtes était essentielle. « Nous ne pouvons pas simplement faire confiance à un système qui n’a pas vraiment l’humilité culturelle ou la sensibilité et la compétence culturelles nécessaires […] Puisque ça nous concerne directement, on devrait être impliqués », a-t-elle soutenu en entrevue.

Mme Perley, qui a été « experte-conseil » à l’Université du Nouveau-Brunswick, ne croit pas que le BEI fournira un niveau de justice adéquat. « Je respecte le fait qu’ils ont un travail à faire, mais je voudrais vraiment qu’ils tendent la main aux Autochtones […] pour qu’il n’y ait pas qu’un seul point de vue », a déclaré Mme Perley, de la première nation malécite de Tobique, dans le nord-ouest du Nouveau-Brunswick.

Six chefs de cette nation malécite ont signé quant à eux une déclaration beaucoup plus directe. « Il est faux de qualifier ces enquêtes d’“indépendantes”. Ces enquêtes ont été demandées par les corps policiers impliqués dans la mort par balle d’Autochtones. Comment une enquête commandée par l’objet même de l’enquête peut-elle être indépendante ? »

Les chefs ont par ailleurs rappelé que la moitié des enquêteurs du BEI sont d’anciens policiers. Ils veulent donc une enquête vraiment indépendante, dirigée par des Autochtones.

Deux morts en huit jours

Le BEI examine les gestes posés par des policiers au Nouveau-Brunswick qui ont mené à la mort de Rodney Levi, 48 ans, vendredi dernier, et de Chantel Moore, 26 ans, une semaine plus tôt.

Rodney Levi, un Micmac, assistait à un barbecue vendredi près de sa communauté de Metepenagiag lorsque quelqu’un a appelé la police pour se plaindre d’une « personne indésirable ». La Gendarmerie royale du Canada (GRC) soutient que les policiers ont d’abord tenté, sans succès, de maîtriser le suspect, armé de couteaux, à l’aide d’un pistolet à impulsion électrique. L’homme a ensuite été abattu lorsqu’il a chargé les policiers, selon la GRC.

Le chef de la première nation micmaque de Metepenagiag, Bill Ward, soutient de son côté que M. Levi avait des problèmes de santé mentale et qu’il était au barbecue pour demander conseil à un pasteur.

Le BEI enquête également sur le décès de Chantel Moore, abattue le 4 juin alors qu’un policier du Service de police d’Edmundston effectuait un « contrôle de santé » où elle habitait. Selon la police, la femme se serait ruée sur le policier avec un couteau. Mme Moore, de la première nation Tla-o-qui-aht, de la Colombie-Britannique, venait de déménager à Edmundston, dans le nord-ouest du Nouveau-Brunswick, pour se rapprocher de sa mère et de sa jeune fille.

Le BEI n’a pas immédiatement répondu lorsqu’on lui a demandé par courriel s’il envisageait d’ajouter des Autochtones à ses enquêtes.

Lundi, le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, a expliqué que les Autochtones du Nouveau-Brunswick éprouvaient de la méfiance à l’égard d’un processus où « la police enquête sur la police ».

Le 10 juin — après le décès de Chantel Moore mais avant celui de Rodney Levi -, le ministre des Affaires autochtones du Nouveau-Brunswick, Jake Stewart, déclarait qu’il ferait pression pour la tenue d’une enquête provinciale sur le racisme systémique au sein de la police et du système judiciaire.

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