Québec «troublé» par les révélations sur André Boisclair

 

Les révélations de Québecor au sujet des agissements d’André Boisclair lorsqu’il était délégué général du Québec à New York sont « troublantes », estime le gouvernement Legault et le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé.

« Je suis profondément troublée, outrée, choquée de ce qui est allégué ce matin », a indiqué en entretien au Devoir la ministre des Relations internationales, Nadine Girault. « D’autant plus que le poste est le plus important dans le réseau aux États-Unis : il faut être digne de cette fonction, vous êtes l’image et le représentant du Québec. »

Selon l’enquête de Québecor, les services juridiques du gouvernement ont conclu une entente confidentielle avec M. Boisclair après avoir reçu une plainte concernant son comportement durant son bref passage à New York, entre 2012 et 2013.

La plainte était reliée à « l’utilisation de drogue et [à] la présence de jeunes dans son entourage », indique-t-on dans le reportage.

En point de presse à Québec, le premier ministre Legault a indiqué qu’il n’avait pas plus d’informations que ce qui a été publié jeudi, et que le gouvernement fera des « vérifications sur quelles informations ils [les autorités en place à l’époque] avaient, quelles décisions ils ont prises et quelles informations ils ont rendues publiques, quelles informations ils n’ont pas rendues publiques ». « Je veux qu’on soit transparents », a-t-il ajouté.

La ministre Girault a demandé à son équipe ministérielle de vérifier « s’il y a un dossier » dans les archives à ce sujet. « S’il y en a un, il est soit au niveau légal, soit aux ressources humaines », dit-elle.

Contacté par message texte jeudi midi, M. Boisclair n’avait pas répondu à notre demande d’entretien au moment où ces lignes étaient écrites.

Cette histoire est indépendante de l’accusation criminelle d’agression sexuelle armée déposée il y a deux semaines contre M. Boisclair, pour des faits qui seraient survenus le 8 janvier 2014.

M. Boisclair n’est pas criminellement accusé de quoi que ce soit en lien avec les allégations publiées jeudi par Québecor

Bérubé choqué

« Tout ça est troublant, choquant, et avec ce que j’ai lu ce matin, fort inquiétant », a déclaré Pascal Bérubé en point de presse à Québec.

« C’est un choc assez important, et je ne suis pas le seul à être choqué, a-t-il dit. Tous ceux qui ont lu ça ce matin, avec qui j’ai eu l’occasion d’échanger, personne ne savait ça. »

Jean-François Lisée, qui était ministre des Relations internationales dans le gouvernement Marois — et qui était donc le patron du délégué Boisclair —, a pour sa part écrit jeudi sur Twitter qu’il n’avait « jamais reçu, à aucun moment, d’informations concernant des actes illégaux ou potentiellement illégaux commis par M. Boisclair » à cette époque.

« Ministre, on m’a informé d’une plainte d’une employée mécontente, mais aucun comportement illégal ne m’a été signalé », a-t-il ajouté.

Départ abrupt

Nicole Stafford, qui était directrice de cabinet de Mme Marois, a indiqué à Québecor qu’elle avait été informée du dépôt de la plainte qui fait l’objet de l’enquête de Québecor. « J’en ai entendu parler. Je n’ai jamais vu la plainte. »

Selon les souvenirs de Nicole Stafford, il n’y a pas eu de « plainte officielle à la police » au sujet du comportement de M. Boisclair à New York. De même, Mme Stafford n’a pu préciser si cette plainte avait joué dans le retour précipité de M. Boisclair.

En septembre 2013, André Boisclair avait demandé à être relevé temporairement de ses fonctions (il n’y est jamais retourné) pour pouvoir s’exprimer « librement et sans engager l’institution que représente la délégation générale du Québec ». En trame de fond, un conflit qui l’opposait à Jacques Duchesneau, député de la Coalition avenir Québec (CAQ).

À l’époque, l’entrepreneur Paul Sauvé avait affirmé devant la commission Charbonneau avoir reçu une subvention de 2,5 millions de son ami André Boisclair, quand celui-ci était ministre des Affaires municipales — en 2003.

Dans la foulée, Jacques Duchesneau s’était posé une série de questions quant au passé de M. Boisclair. « En 2005, M. Boisclair avouait lui-même qu’alors qu’il était ministre, il avait consommé de la cocaïne, avait dit M. Duchesneau. La question que l’on se pose, M. Sauvé étant associé aux Hells Angels, qu’on ait une subvention de 2,5 millions de dollars, est-ce que c’est venu influencer sa décision ? Je ne le sais pas. »

« Je n’ai jamais eu de dette de quelque nature que ce soit envers le crime organisé et je n’ai jamais subi de pressions de sa part », avait répliqué André Boisclair avant de déposer une poursuite en diffamation contre M. Duchesneau et le chef de la CAQ, François Legault.

Une entente à l’amiable était intervenue en décembre 2014. Jacques Duchesneau s’était alors excusé et avait reconnu que ses propos avaient « pu conduire à ce que soient inférées des conclusions inexactes et non fondées à l’égard de M. Boisclair, portant atteint à la réputation de ce dernier ».

André Boisclair a occupé différents postes de ministre entre 1996 et 2003. Il a aussi été chef du Parti québécois entre 2005 et 2007.

 

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