Dix jours pour préparer la formation de 10 000 préposés en CHSLD

 

Les centres de formation professionnelle sont engagés dans une course contre la montre pour préparer la formation de préposé aux bénéficiaires en CHSLD, lancée par le gouvernement Legault lundi. Dix jours, top chrono : c’est le temps dont ils disposent pour recruter des enseignants, aménager des laboratoires et monter les cours. Tout un défi, sachant qu’ils ignorent encore combien d’étudiants ils accueilleront chacun.

« On a hâte d’avoir la liste des candidats ! » dit Josée Péloquin, directrice de l’École des métiers des Faubourgs et de l’Horticulture de Montréal, à la Commission scolaire de Montréal. « On pourrait commencer à les convoquer et à leur demander les documents nécessaires pour créer leur dossier. » Les établissements scolaires doivent s’assurer, entre autres, que les étudiants admis ont fini leur troisième secondaire.

Quelque 79 000 personnes ont manifesté leur intérêt pour cette formation de trois mois, qui se tiendra du 15 juin au 15 septembre. Une armée de fonctionnaires, ayant une formation en ressource humaine, procédera aux entretiens téléphoniques afin de sélectionner 10 000 candidats, a indiqué le premier ministre François Legault, en point de presse jeudi. « On vise toujours le 15 juin, a-t-il dit. On va travailler très fort dans les prochains jours. »

C’est ce que fait le centre de formation professionnelle Fierbourg, à Québec. Sa directrice s’est dite incapable de répondre aux questions du Devoir, trop occupée à préparer cette rentrée inopinée.

Condenser 900 heures de cours en 373 heures, c’est tout un défi. Il manquera certainement des éléments.

À l’École des métiers des Faubourgs et de l’Horticulture de Montréal, Josée Péloquin a le pied sur l’accélérateur depuis lundi. « On est en TGV », illustre-t-elle.

Dans son établissement, 80 enseignants se sont portés volontaires pour enseigner à cette nouvelle cohorte. Dix ont été embauchés dernièrement. « On continue les entrevues », dit Josée Péloquin.

Son établissement a aménagé 10 nouveaux laboratoires, qui s’ajoutent aux dix existants. Des cours de jour et de soir y seront donnés. « J’ai bon espoir que le 15 juin, on devrait être prêt pour débuter la formation, affirme Josée Péloquin. Ça va bon train. »

Au Centre de formation professionnelle Paul-Rousseau, à Drummondville, le manque d’espace pourrait être un enjeu. Tout dépendra du nombre d’étudiants inscrits, selon Sophie Tousignant, directrice des services éducatifs de la formation professionnelle pour la Commission scolaire des Chênes, à Drummondville. « J’ai quatre classes possibles », dit-elle.

Distanciation physique oblige, les classes se tiendront « peut-être » de jour, de soir et même de nuit, remarque-t-elle. « Si j’ai besoin d’un quart de nuit [pour répondre à la demande], on va être obligés de le mettre en place, dit Sophie Tousignant. Le délai est tellement court qu’on va utiliser au maximum la capacité des locaux. »

Monter un nouveau programme en deux semaines est aussi loin d’être évident, selon Jessie Chagnon, vice-présidente aux relations de travail par intérim du Syndicat de l’enseignement de l’ouest de Montréal. « Condenser 900 heures de cours en 373 heures, c’est tout un défi, dit-elle. Il manquera certainement des éléments. »

Le syndicat craint que ce nouveau programme, menant à une attestation d’études professionnelles (AEP), mette en péril le diplôme d’études professionnelles (DEP) de préposé aux bénéficiaires. « Pour nous, comme représentants syndicaux, cette AEP, ce n’est pas une solution à long terme », dit Jessie Chagnon.

 

Des étudiants du DEP mécontents

La formation de trois mois préoccupe aussi des étudiants qui terminent le programme classique de préposé aux bénéficiaires. Leurs cours ont été suspendus à la mi-mars. Depuis, la reprise a été graduelle et n’a pas eu lieu dans tous les établissements.

Hélène Deneault, qui étudie au DEP de préposé aux bénéficiaires, a repris début mai quatre de ses cinq cours. Un stage a été repoussé. Elle ne pourra donc pas obtenir son diplôme fin mai, comme prévu. « On va devoir retourner en septembre, dit celle qui travaille pour le CISSS Montérégie-Ouest. Ils vont avoir un diplôme avant nous autres. Pourquoi ce ne serait pas nous qui terminerions en premier ? »

Hélène Deneault dit vivre de la « frustration ». Depuis le début de ses études, en septembre, elle bénéficie d’une aide financière de 300 $ par semaine du centre local d’emploi. Or, ceux qui sont inscrits au programme écourté auront droit à une bourse d’études de 760 $ par semaine. « Ça fait des mois qu’on travaille fort, dit-elle. Pourquoi vont-ils avoir le titre après seulement trois mois ? »

Le gouvernement plaide le fait que les préposés avec un AEP pourront travailler en CHSLD, mais pas dans d’autres milieux de soins comme les hôpitaux, contrairement à ceux qui ont fait un DEP.

Malgré tout, des étudiants sont « très inquiets », selon Sophie Tousignant. Ils redoutent de se faire damer le pion lors de l’attribution des postes permanents en CHSLD, explique-t-elle.

Il faut dire que les cours n’ont pas encore repris au Centre de formation professionnelle Paul-Rousseau. Tous les étudiants prêtent main-forte sur le terrain à la demande du CISSS Mauricie-Centre-du-Québec, signale Sophie Tousignant.

« On va essayer de diplômer ceux qui sont pas mal vers la fin de leurs études pour qu’ils finissent avant [ceux de la formation écourtée] et qu’ils ne soient pas pénalisés parce qu’ils comblent les besoins de main-d’œuvre actuellement », assure-t-elle.

Il s’agit toutefois d’un « casse-tête », admet Sophie Tousignant, puisque le CISSS pourrait avoir besoin de ces employés au mois d’août. Impossible, dans ce contexte, de les ramener sur les bancs d’école. La directrice a tout de même bon espoir que ses étudiants au DEP auront accès à des postes permanents.

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1 commentaire
  • Bernard LEIFFET - Abonné 5 juin 2020 11 h 38

    Comprimez, gardez l'essentiel, foi du PM François Legault!

    Bientôt nous aurons aussi la Lune! À trop remuer la poussière elle finit par retomber et le tableau sera aussi désastreux que celui que nous connaissons dans les CHSLD! Le pire scénario est à notre porte et amener les Québécois dans une telle aventure ne promet rien de bon! Évidemment, avec un ou plusieurs baillons en vue, la CAQ est en passe de devenir spécialiste en la matière! Pire, voilà que l'on rogne le contenu d'apprentissage pour y arriver! Bientôt nous aurons aussi des parlementaires dont les CV ne vaudront plus de valeur!
    Réduire ainsi l'apprentissage montre jusqu'où peut aller un gouvernement mal pris dans ses actions! Ce n'est pas ainsi que le Québec sera plus digne vis-à-vis ses ainés qui sont entraînés malgré eux dans un marasme qui dépasse l'imagination! Foncer ainsi sans tenir compte des citoyens ne veut malheureusement pas dire que tout ira mieux, comme par magie! Il suffit de voir l'incompétence de la CAQ concernant le Patrimoine québécois où l'inaction est une devenue la règle! Il est temps que les Québécois se réveillent car bientôt nous devrons tous payer pour des politiciens passés et présent qui s'en balancent, et puis la loi du baillon étant encore présente!