Peu de suivi depuis des années des recommandations pour la jeunesse au Québec

La présidente de la commission Laurent, Régine Laurent
Photo: Jean-François Nadeau Archives Le Devoir La présidente de la commission Laurent, Régine Laurent

Les délais d’intervention de la DPJ sont trop longs et les mesures structurantes pour contrer les effets de la pauvreté qui pèse sur la jeunesse sont insuffisantes, martèle une fois de plus la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ).

« Nous observons des manquements récurrents et systémiques » dans le système de protection de la jeunesse au Québec, regrette Suzanne Arpin, la vice-présidente de la CDPDJ.

La CDPDJ a présenté, à l’occasion de la dernière journée des audiences publiques de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse (Commission Laurent), un volumineux mémoire qui constate des atteintes multiples aux droits fondamentaux des enfants.

Il s’agit là d’un des mémoires les plus étoffés présentés devant la commission Laurent depuis le début de ses audiences publiques le 22 octobre 2019. Plus de 250 pages d’analyses et de recommandations résument quarante années de recherches et d’enquêtes de la CDPDJ. « Un mémoire très complet » de l’avis même d’André Lebon, le vice-président de la commission Laurent. Un mémoire « costaud » a constaté pour sa part la présidente Régine Laurent.

Au Québec, constate la vice-présidente Arpin, il n’est pas possible de pointer publiquement du doigt les manquements qui n’ont pas été corrigés d’un rapport à l’autre, ce qui conduit la CDPDJ à répéter en boucle des recommandations.

« Il faut un suivi plus efficace de nos recommandations », dit la CDPDJ pour que l’État réponde au mieux de sa mission de soutenir la jeunesse. « On veut que le suivi des recommandations de la CDPDJ soit soumis une fois par année à l’Assemblée nationale ».

Des années sans changer

Il est alarmant, dit la CDPDJ, que nous recommandions depuis des années des changements au logiciel de suivi de la DPJ mais que nous en sommes encore à attendre des réponses du gouvernement », dit Suzanne Arpin. Dans certains cas, trois années de lettres répétées n’ont toujours rien donné.

La CDPDJ dénonce par ailleurs depuis de nombreuses années les délais de traitement s’accumulant aux différentes étapes du système de la DPJ. « Ces délais ont des conséquences majeures sur les services destinés aux enfants et à leur famille. Un retard ou une absence de service accentue la situation de vulnérabilité des enfants, ce qui peut affecter significativement l’exercice du droit de l’enfant à la stabilité des liens et des conditions de vie appropriées à ses besoins et à son âge », a expliqué Suzanne Arpin, la vice-présidente de la CDPDJ.

Vite agir en amont

La CDPDJ estime qu’il faut vite prendre en considération les responsabilités imparties aux réseaux publics québécois au-delà de la DPJ, autrement dit en amont du système de protection de la jeunesse. Une partie importante de son mémoire est consacrée à affirmer l’importance de prévenir ce que la DPJ tente difficilement de guérir.

En plus des délais, la CDPDJ constate par ailleurs que la voix des enfants n’est pas réellement entendue au Québec. Il faut garantir leur participation dans toute décision les concernant. Les enfants doivent mieux connaître et comprendre leurs droits pour mieux les faire respecter. Il en est de même de leur famille et des personnes qui œuvrent auprès des enfants, a souligné la CDPDJ.

Sans un financement approprié, les efforts déployés en protection de la jeunesse risquent d’être dilués. « Il est primordial d’allouer des ressources financières conséquentes qui reflètent l’importance accordée aux enfants dans notre société », a affirmé le président de la CDPDJ lors de son passage devant les commissaires en avant-midi jeudi le 28 mai.

Les Autochtones

Autre aspect majeur de la crise du système de protection de la jeunesse au Québec souligné par la CDPDJ : la situation des enfants autochtones. La CDPDJ l’a affirmé à plusieurs reprises, Les lacunes du système de protection de la jeunesse, rappelle une fois de plus la CDPDJ, « ont un impact beaucoup plus important sur ces enfants ».

« Le manque des ressources pour les communautés autochtones est endémique », dit Suzanne Arpin, en parlant d’un manque criant de services dans les communautés, souvent de surcroît au mépris d’une spécificité culturelle.

Au Nunavik, un an après avoir demandé des explications, la CDPDJ est toujours en attente de réponses, comme elle l’est, affirme-t-elle, dans plusieurs autres dossiers qui concernent la protection de la jeunesse au Québec.

Un responsable au gouvernement ?

La crise sanitaire actuelle fait en sorte d’aggraver une situation déjà peu reluisante. « On ne peut passer sous silence les effets de la crise sanitaire » actuelle sur les enfants, indique le président de la CDPDJ, l’avocat Philippe-André Tessier. La baisse des taux de signalement et le manque de suivi fait aujourd’hui par les écoles annoncent des lendemains difficiles.

« Un ministre devrait être responsable du droit des enfants », dit l’avocat Philippe-André Tessier, le président la CDPDJ, rappelant au passage que la société doit donner à ses enfants ce qu’elle a de meilleur. Pourtant, objecte le vice-président de la Commission Laurent, André Lebon, vous ne cessez d’observer que le maillon faible de vos recommandations pour l’instant est un ministre qui ne tient pas compte de vos recommandations.

En fin de séance jeudi, la commission a déposé à la disponibilité du public plus de 200 mémoires et des rapports qui n’avaient pas été rendus publics encore. Une conférence de presse doit clôturer vendredi les audiences publiques de cette commission.