Mieux outiller les policiers pour détecter la violence conjugale

Daphné Huard-Boudreault a été tuée par son ex-conjoint en mars 2017.
Photo: Facebook Daphné Huard-Boudreault a été tuée par son ex-conjoint en mars 2017.

Les policiers doivent être plus formés pour mieux détecter la violence conjugale, conclut la coroner Stéphanie Gamache dans son rapport sur la mort de Daphné Huard-Boudreault, tuée par son ex-conjoint en mars 2017.

« Un rappel ponctuel concernant les comportements qui caractérisent les cycles de la violence conjugale aurait possiblement permis aux policiers de détecter des signes de domination de l’ex-conjoint de Mme Huard-Boudreault à son égard », écrit Me Gamache, dans le document publié lundi.

Daphné Huard-Boudreault avait 18 ans lorsque son ex-conjoint, Anthony Pratte-Lops, l’a tuée de 15 coups de couteau. L’homme, âgé de 22 ans à l’époque, avait fait croire à la femme qu’il avait quitté l’appartement qu’ils partageaient et qu’elle pouvait passer y récupérer ses effets. Il s’y était plutôt caché pour la tuer.

Un guet-apens

Dans les heures précédant le meurtre, des policiers s’étaient rendus au dépanneur où travaillait Daphné puisque Anthony Pratte-Lops l’avait suivie et refusait de quitter les lieux.

« Même si, le matin du 22 mars 2017, Daphné Huard-Boudreault est calme, n’a pas de blessure apparente et ne veut pas porter plainte contre son ex », il y a eu « des gestes de domination » qui démontraient qu’elle était prise dans un cycle de violence, note la coroner.

Le meurtrier avait aussi publié sur les réseaux sociaux une série de vidéos dans lesquelles il insultait Daphné et lui souhaitait « tout le malheur du monde », après l’intervention des policiers. Après son quart de travail, tourmentée parce qu’elle avait compris que son ex-conjoint lui avait volé son téléphone et diffusait ses conversations privées, Daphné s’est rendue au poste de police pour signaler qu’elle souhaitait fermer son compte Facebook.

« L’addition des gestes posés par son ex-conjoint dans le contexte de la rupture amoureuse récente est significative et démontre des signes avant-coureurs de violence conjugale », poursuit la coroner.

La sécurité des victimes de violence étant primordiale, Me Gamache estime que les policiers doivent être plus sensibilisés à leur vécu. Elle propose à la police de Richelieu-Saint-Laurent d’élaborer des ateliers pour de la formation continue afin de permettre de mieux détecter les signes de violence conjugale.

Parmi ses cinq recommandations, la coroner propose une campagne de sensibilisation destinée aux jeunes.

« C’est une recommandation qui devrait s’appliquer à l’ensemble des corps de police, et ça devrait être une formation obligatoire, pour laquelle les policiers doivent chaque fois se qualifier », estime Chantal Arseneault, présidente du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.

En mars dernier, devant le Comité d’experts sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale, le père de Daphné, Éric Boudreault, avait réclamé qu’un intervenant spécialisé soit obligatoirement présent auprès des policiers lorsque ceux-ci effectuent une intervention auprès d’une personne vulnérable victime de violence.

« Daphné avait 18 ans, elle ne voulait pas porter plainte, elle voulait qu’il la laisse tranquille », souligne son père. « J’accueille positivement la recommandation de la coroner, mais je trouve que ce n’est pas suffisant. Il faut aller plus loin qu’une formation, il faut un intervenant qui puisse s’occuper de la victime pendant que ça se passe, pas après quand c’est trop tard. »

Le témoignage d'Éric Boudreault, père de Daphné