Besoin de renfort dans les CHSLD

Danielle McCann a souligné que des infirmières en prévention des infections seront déployées  dans les CHSLD pour « organiser ces milieux-là de façon sécuritaire ».
Ryan Remiorz La Presse canadienne Danielle McCann a souligné que des infirmières en prévention des infections seront déployées dans les CHSLD pour « organiser ces milieux-là de façon sécuritaire ».

« Envoyez-nous les réservistes ! » C’est un véritable cri du cœur qu’a lancé une médecin qui travaille dans un CHSLD à Montréal, lors d’une entrevue lundi soir au Devoir. « On n’arrive pas à fournir, dit cette médecin, qui refuse d’être nommée. Les patients sont dans leurs selles et déshydratés. »

Dans son CHSLD, une infirmière et un infirmier auxiliaire étaient seuls pour s’occuper de 100 patients lors de quarts de soir et de nuit la semaine dernière, soutient-elle. « Il faut les réservistes, répète la médecin. Formez-les pour qu’ils donnent à manger aux patients, pour qu’ils changent des couches et aident à la désinfection. »

Le manque de main-d’œuvre est criant dans les CHSLD au Québec. Le premier ministre, François Legault, a d’ailleurs annoncé que son gouvernement allait s’attaquer à ce problème, lors de son point de presse quotidien sur la situation du coronavirus mardi. « J’ai demandé qu’on ajoute du personnel, donc des infirmières, des médecins », a-t-il dit. Du personnel des hôpitaux, moins occupés que ce qu’on craignait, sera réaffecté vers les CHSLD et les résidences pour personnes âgées, où le nombre de cas de COVID-19 explose.

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La pandémie de coronavirus a fait jusqu’à présent 150 morts au Québec. Selon le directeur national de la santé publique, le Dr Horacio Arruda, 98 % des personnes décédées ont plus de 70 ans. Près de 65 % des décès sont survenus en CHSLD et dans des résidences pour personnes âgées, a-t-il indiqué en point de presse.

Pour la Dre Julie Choquet, le gouvernement doit envoyer rapidement du renfort dans les CHSLD. « Il faut que ça passe dans les 24, 48, 72 heures », dit-elle. L’omnipraticienne a signé des constats de décès dernièrement dans des centres de soins de longue durée. « On n’a pas de personnel, dit-elle. Le personnel a peur. Les préposés pleurent. Ils ne se sentent pas protégés. » La Dre Choquet dit témoigner à visage découvert parce qu’elle craint que des collègues soient contaminés et tombent au combat.

Des médecins, interviewés par Le Devoir, déplorent le fait que des employés travaillent encore dans divers CHSLD et puissent représenter des vecteurs de transmission de la COVID-19. Québec dit vouloir réduire cette « rotation du personnel » en ajoutant des ressources.

En point de presse, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a souligné que des infirmières en prévention des infections seront aussi déployées dans les CHSLD pour « organiser ces milieux-là de façon sécuritaire ». « Puis, je lance l’appel, s’il y a des infirmières en prévention des infections qui sont à la retraite, qui voudraient venir nous aider, venez nous aider, a-t-elle ajouté. On a besoin de vous. »

Le premier ministre se défend d’avoir tardé à réagir dans les CHSLD. « Actuellement, on a beaucoup moins de gens hospitalisés puis aux soins intensifs qu’on le pensait, a dit François Legault lorsqu’on l’a interrogé à ce sujet. Donc, on prend ce personnel-là, puis on l’envoie dans les résidences pour personnes âgées. Je pense qu’on fait les bons gestes au bon moment. »

Je lance l’appel, s’il y a des infirmières en prévention des infections qui sont à la retraite, qui voudraient venir nous aider, venez nous aider. On a besoin de vous.

Des travailleurs sociaux à la place de préposés ?

Il reste que des CIUSSS et des CISSS prennent les grands moyens pour pallier la pénurie de main-d’œuvre en CHSLD. À Laval, des travailleuses sociales ont été transférées dans ces centres pour prêter main-forte au personnel en place, indique l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS).

Le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal a aussi demandé à des travailleuses sociales, provenant d’unités jeunesse, de donner un coup de main en CHSLD, selon le syndicat. Pour le moment, les employés sont appelés à y travailler sur une base volontaire afin d’offrir un soutien psychosocial aux usagers et à leurs proches.

« Elles ne vont pas donner des soins de base, dit Daniel Dubé, représentant national de l’APTS au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal. On s’est opposés à ce qu’elles fassent manger les patients. » C’est pourtant ce que la direction demandait au départ, selon un document obtenu par Le Devoir. Le CIUSSS souhaitait que les travailleuses sociales effectuent d’autres tâches de préposés aux bénéficiaires, comme l’hygiène bucco-dentaire, le changement de culotte d’incontinence et la vidange des sacs urinaires.

En vertu d’un arrêté ministériel signé le 21 mars par la ministre de la Santé, Danielle McCann, les gestionnaires peuvent désormais « affecter le personnel à l’endroit, au moment ou à des tâches d’un autre titre d’emploi, centre d’activités, service ou unité d’accréditation [dans le] réseau de la santé et des services sociaux ou dans tout autre lieu désigné, dans la mesure où l’employé visé répond aux exigences normales de la tâche ».

« Il faut vraiment être vigilant comme syndicat pour qu’on utilise à bon escient nos professionnels, dit Daniel Dubé. Il faut que les gens soient formés du point de vue de la sécurité. »

Au CHSLD Notre-Dame-de-la-Merci, 43 patients souffrent de la COVID-19 et 110 employés en sont atteints, selon le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal. On y dénombre 15 décès.

6 commentaires
  • Sylvain Fortin - Abonné 8 avril 2020 00 h 47

    Messages contradictoires sur le terrain

    À Montréal, il y a quelques jours, des infirmières en CHSLD se sont fait demander pendant leur quart de travail de partir sur-le-champ pour aller prêter main-forte à l'hôpital de Verdun.

  • Sylvie Girouard - Abonnée 8 avril 2020 08 h 49

    Impardonnable

    La situation dans les CHLSD était déjà critique avant la crise. Le gouvernement le savait quand la directive de ne pas envoyer les résidents atteints de la COVID-19 vers les hôpitaux a été adoptée. La pandémie révèle à ceux qui ne le savaient pas déjà que ces établissements sont de véritables mouroirs. Ceux qui y entrent, employés comme résidents, n'ont jamais obtenu le respect qu'ils méritent.

  • Germain Dallaire - Abonné 8 avril 2020 08 h 58

    Et selon Arruda: "c'est de notre faute"

    Il y a environ une semaine, la ministre McCann incitait les ressources pour les personnes agées à garder leurs patients même infectés.
    On sait que l'ensemble des mesures de confinement vise essentiellement à aplatir la courbe pour s'assurer que le système de soins ne soit pas débordé. La Presse+ nous apprend aujourd'hui que le Ministère a demandé la semaine dernière aux CHSLD de mettre à jour les niveaux de soins souhaités par les patients. En langage ordinaire, cela signifie jusqu'où on va dans les manoeuvres en cas d'état critique. Tout pointe dans la même direction: on a tellement voulu préserver le système de soins qu'on a négligé son secteur le plus démuni qui se trouve comme par hasard à soigner les plus vulnérables.
    Hier, le gouvernement annoncait le transfert de personnel des centres hospitaliers vers les ressources pour personnes agées. L'insuffisance de personnel dans les ressources pour personnes agées est un fait connu depuis longtemps. Cet ajout de personnel s'impose donc. Mais en plus de l'insuffisance de personnel. Il y a aussi une limite au niveau des lieux physiques et de l'équipement. Le personnel envoyé aura beau arriver avec les meilleures intentions du monde, il sera immanquablement confronté au manque de moyens. C'est un peu comme si on voulait créer spontanément des hôpitaux dans des CHSLD en s'entêtant à vouloir préserver le secteur hospitalier.
    Tout cela ressemble à des gestes de panique. Le nombre de ressources pour personnes agées touchées par l'épidémie ne cesse d'augmenter (772 sur 2600). Comment s'en étonner? Au-delà de la gestion gouvernementale douteuse, il ne faut quand même pas oublier que depuis 40 ans, les politiques gouvernementales sont dirigées dans le sens d'un désengagement de l'État visant à favoriser le privé, néolibéralisme oblige. Or, c'est une vérité de la palice, le secteur privé est là pour faire de l'argent. Plus globalement, ce sont ces orientations fondamentales qui nous sautent au visage et qu'il faudra réviser.

  • Yvon Bureau - Abonné 8 avril 2020 09 h 20

    D'une tristesse infinie

    On peut voir, sentir, entendre et ressentir.
    Que de l'aide appropriée en abondance soit!

  • Marlène Rateau - Abonnée 8 avril 2020 10 h 38

    Marlène Rateau

    Il y a diverses façons de faire de " La Sélection Naturelle". Abandonner à leur sort les personnes vivant en CHSLD en est une forme!

    Marlène Rateau