Les animaux domestiques, les meilleurs amis de quarantaine

Valérie Giroux, avocate dans le milieu de la santé, se réjouit de pouvoir s’occuper de Charlotte, une chienne de 2 ans.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Valérie Giroux, avocate dans le milieu de la santé, se réjouit de pouvoir s’occuper de Charlotte, une chienne de 2 ans.

Horacio n’est pas que le prénom d’un certain directeur de la santé publique qui caracolera peut-être au top du palmarès des prénoms d’enfants les plus populaires dans neuf mois. C’est aussi le nom d’une jolie perruche au plumage bleutée qui volette dans la cage chez Marianne Giguère, au grand bonheur de ses enfants en congé forcé.

« Ça faisait un moment que nous caressions l’idée d’adopter des perruches. Les enfants avaient envie d’avoir un animal de compagnie et ma fille est allergique aux mammifères », a expliqué cette conseillère municipale pour le Plateau-Mont-Royal qui, en cette période de confinement, est devenue famille d’accueil pour Horacio et ses quatre frères et sœurs ailés, Pitchou, François-Perruche, Line et Pas-Line.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Marianne Giguère est devenue famille d’accueil pour Horacio et ses quatre frères et sœurs ailés, Pitchou, François-Perruche, Line et Pas-Line.

Chats, chiens, lapins, hamsters, tortues… alouettes. En cette période de confinement, bon nombre de familles ont manifesté leur désir d’adopter ou d’être temporairement famille d’accueil pour des animaux, a constaté Le Devoir. Depuis le début du mois de mars, la SPCA de Montréal a reçu plus de 1100 demandes venant de familles d’accueil, soit quatre fois plus que l’an passé à pareille date. « Dans les premiers jours de la crise, la demande a explosé », confirme Élise Desaulniers, directrice générale de la SPCA de Montréal. Celle des adoptions aussi : 445 demandes ont été remplies en ligne depuis le 22 mars. « On n’aurait jamais pu imaginer il y a deux semaines que le highlight de notre mois allait d’être déclaré un service essentiel par le gouvernement », poursuit la directrice, qui se réjouit qu’il soit considéré comme tel, à l’instar de certaines animaleries et des médecins vétérinaires d’urgence.

Sécurité renforcée

Comme elle suit les consignes de la santé publique, la SPCA tourne cependant au ralenti. Certains employés sont en télétravail, d’autres sont en quarantaine. « On peut traiter les demandes par téléphone et Internet, mais ça prend quand même des gens sur les lieux avec les animaux, donc le processus est un peu plus lent », explique Mme Desaulniers, en demandant aux gens d’être patients. Les adoptions et les accueils ne se font maintenant que sur rendez-vous et toute la paperasse est faite à distance. Par jour, une dizaine d’animaux trouvent un foyer.

« On demande aux gens de rester dans leur auto jusqu’au moment du rendez-vous. À l’intérieur, on respecte la consigne des 2 mètres », insiste la directrice. « Les bactéries et les virus, on connaît ça, et on ne veut surtout pas que nos animaux attrapent quelque chose. On est habitués à adopter des protocoles de biosécurité sévères. »

   

Comme n’importe quelle autre surface, le pelage d’un animal pourrait potentiellement transmettre un virus, avaient mis en garde certains spécialistes. La prudence est donc de mise, estime pour sa part la présidente de l’ordre des médecins vétérinaires, Caroline Kilsdonk. « Des autorités scientifiques devraient se prononcer au cours des prochains jours sur des façons de décontaminer des animaux qui auraient été en contact avec des personnes infectées », a-t-elle soutenu. « Entretemps, je crois qu’une chose peut faire l’unanimité, c’est que les personnes qui sont considérées plus vulnérables ne devraient pas adopter d’animal. »

La directrice de la SPCA abonde. « Ce n’est pas le bon moment pour quelqu’un qui est à risque, immunodéprimé ou une personne âgée », reconnaît-elle. Mais elle insiste : « Nos procédures sont strictes pour les employés. Si vous toussez, faites de la fièvre, restez chez vous. On ne veut absolument pas prendre le risque que quelqu’un soit contaminé à l’interne, ce serait une catastrophe. »

Sortir de l’impuissance

N’empêche que les abandons d’animaux ne s’arrêtent pas, pandémie ou pas. Yoko, une chatte obèse multicolore, est une des rares qui pourra remercier la COVID-19. Car c’est grâce à elle si elle s’est retrouvée au beau milieu d’une fratrie de trois chats et un chaton. « J’ai fait ça pour donner un coup de main. J’aime les animaux et je sais que ça aide les employés du chenil », explique Lauren Abrams, une bénévole à la SPCA qui est devenue famille d’accueil.

C’est aussi pour aider et parce qu’elles ont à cœur l’organisme que les colocataires Estelle et Juliette ont accueilli temporaire chez elle — jusqu’à la fin du confinement — les lapines Coco et Lavande. « On se sentait impuissantes et on s’est dit : que peut-on faire à part rester chez nous ? Du coup, comme on avait déjà un hamster chez nous qu’on voit comme notre fils, on s’est dit : pourquoi ne pas accueillir d’autres animaux ? », a raconté Estelle Mottin.

Pour d’autres, prendre soin d’un animal peut donner le sentiment de reprendre le contrôle, souligne Élise Desaulniers. « Ça revient à se servir de son temps pour faire du bien. » En plus de briser l’isolement, les animaux de compagnie peuvent s’avérer de bons complices d’exercices, souligne l’intervenante et enseignante en zoothérapie, Sabrina Lalancette. « Nous, on resterait sur le divan, mais eux, ils sont de bonne humeur et plein d’énergie, alors on se force pour répondre à leurs besoins. Au fond, c’est à nous que ça fait du bien. » Alors oui à l’adoption, mais encore faut-il que ce soit pour les bonnes raisons. « La crise est là et ça peut aider des gens de prendre soin d’un animal pas à n’importe quel prix », ajoute-t-elle. « Un animal, c’est quand même un contrat. »