Sexe et amour en temps de pandémie

Mais même chez les couples heureux, on ne sait trop jusqu’où pousser l’échange de «produits biologiques», comme le disait la semaine dernière avec ironie le directeur général de la santé publique du Québec, Horacio Arruda.  
Photo: Emilio Morenatti Associated Press Mais même chez les couples heureux, on ne sait trop jusqu’où pousser l’échange de «produits biologiques», comme le disait la semaine dernière avec ironie le directeur général de la santé publique du Québec, Horacio Arruda.  

Couples au bord de la crise de nerfs, adolescents énamourés séparés pour cause de confinement, distance prophylactique de deux mètres : si le printemps est la saison des amours, celui qui s’est amorcé samedi redessine au quotidien les contours de la sexualité et de la séduction.

En ces temps de quarantaine, les relations amoureuses et le sexe sont plus que jamais mis à l’épreuve. On a vite dit que le « cocooning » engendrerait un baby-boom, mais plusieurs spécialistes prévoient plutôt une épidémie de crises de couple et une baisse marquée de la libido dans les chaumières.

« Ça dépend si ça dure quelques semaines ou plusieurs mois. Mais ce qui est sûr, c’est que le stress, surtout celui lié aux difficultés financières, est souvent la première source de conflit dans les couples et que ça se répercute toujours dans les rapports amoureux », explique Isabelle Laforest, sexologue au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de Montréal.

Printemps sec

Le printemps s’annonce sec, et pas seulement pour les âmes esseulées assignées à résidence — adieu rencontres d’un soir —, mais pour tous ceux qui jonglent entre télétravail, surveillance de la marmaille et allers-retours chez les grands-parents qui sont claquemurés.

« Se sentir menacé, avoir des pensées persistantes qui créent la peur, cela stimule la production d’adrénaline et de cortisol. Et ça, c’est un tueur de libido! », affirme Alain Gariépy, sexologue clinique et psychothérapeute.

« Les tensions négatives sont peu propices à tout ce qui appelle au plaisir. Les gens deviennent souvent indisponibles sexuellement », ajoute-t-il.

Bref, selon lui, les tensions (psychologiques) et la panne de désir pour cause de frictions (psychologiques, aussi!) pourraient frapper fort, si ce n’est pas déjà fait, mais pas pour tous.

« La pandémie COVID-19 doit être vue comme un amplicateur émotif. Chez les couples qui vont bien, ça peut avoir un effet positif, mais pour ceux qui fuyaient déjà leurs problèmes quotidiens en se réfugiant dans le travail par exemple, ça va exacerber les tensions. C’est clair que ça peut faire exploser les problématiques qui étaient déjà présentes dans certains couples », estime-t-il.

Mais même chez les couples heureux, on ne sait trop jusqu’où pousser l’échange de « produits biologiques », comme le disait la semaine dernière avec ironie le directeur général de la santé publique du Québec, Horacio Arruda.

Chambre à part

Plusieurs couples font chambre à part par précaution, si l’un travaille dans le milieu de la santé, par exemple, présente des symptômes grippaux ou revient de voyage. Certains conjoints employés du secteur de la santé vont jusqu’à faire « maison à part » ou louent des appartements temporaires pour éviter de transmettre le virus, attrapé sur une poignée de porte ou ailleurs.

Mais pour Véronique Jodoin, sexologue au Collège Notre-Dame-de-Lourdes à Longueuil et psychothérapeute de couple en pratique privée, il faut faire la part des choses. « Si ton conjoint revient de voyage ou présente des symptômes de grippe, c’est clair qu’il faut s’abstenir de tout contact, amoureux ou sexuel. Mais pour deux conjoints stables, qui vivent ensemble, sans symptômes et non exposés dans leur milieu de travail, il n’y a pas plus de risque. »

Roméo et Juliette, s’abstenir

Par contre, les adolescents amoureux, eux, doivent être tenus à distance, selon les sexologues. Rester chacun chez soi est indispensable pour les jeunes Roméo et Juliette assignés à résidence, explique Véronique Jodoin, qui intervient en milieu scolaire.

« Dans mon école, nous n’avons été avisés que le 12 mars que les élèves de retour de relâche constituaient un risque important pour leurs camarades. Or, tout ce beau monde a eu le temps de se côtoyer pendant quatre jours avant que les écoles soient fermées. » Faites le compte, jusqu’au 26 mars, les élèves sont à risque d’être en incubation d’une infection survenue avant la suspension des classes. Et plusieurs pourraient être infectés, mais ne présenter aucun symptôme.

« C’est sûr que cette semaine-là, il y a eu des contacts. Dans les écoles secondaires, les jeunes vivent collés les uns sur les autres, c’est un foyer de transmission idéal. Les jeunes amoureux ne devraient pas avoir de contacts physiques. Il existe des textos, des téléphones, c’est le travail des parents de s’assurer qu’ils restent à la maison », souligne-t-elle.

Et pour les célibataires, ce n’est pas mieux… sauf sur les plus populaires sites de rencontres en ligne (Tinder, EliteSingles, Match et autres) encore en activité, qui se sont adaptés à la réalité de la COVID-19, certains en offrant sans frais l’accès aux rencontres vidéo, d’autres un accès international à tous leurs abonnés. « En ce moment, avoir une date live, c’est totalement irresponsable, car des gens sont en incubation », explique le sexologue Alain Gariepy, sexologue clinicien et psychothérapeute spécialisé dans les troubles anxieux et la sexualité.

«Tous les besoins sont touchés par la situation actuelle, pas seulement la sexualité, toutes les formes de relations humaines, ajoute Patrice Bécotte, thérapeute à la clinique Accès sexologie et spécialisé auprès des clientèles homosexuelles. Certains vont se mettre sur “pause”, mais d’autres vont probablement se mettre à risque, pense-t-il. Suggérer l’abstinence, ou la masturbation, ce n’est pas tout. Il faut être créatif, et créer des extensions aux contacts humains par des webcams, des sextos, bref des rencontres autres que génitales. »

Mais selon Alain Gariépy, l’état d’urgence actuel est venu recadrer pour plusieurs célibataires le regard posé sur l’état de leur vie amoureuse. « J’ai des clients qui se contentaient jusqu’ici de relations sexuelles ou amoureuses épisodiques et brèves. Cette crise a fait ressortir les manques de leur vie affective. Car ces jours-ci, l’apaisement provient beaucoup de la complicité qui existe entre deux personnes. Or, ils réalisent que cela est de plus en plus manquant dans leur vie. »


 
1 commentaire
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 24 mars 2020 16 h 01

    « Patrice Bécotte (sic), thérapeute à la clinique ''Accès sexologie'' »



    M. Bécotte, sexologue…

    Ça ne s'invente pas! Voilà une adéquation parfaite entre une fonction et un patronyme, qui mérite d'être soulignée!