Des proches s’inquiètent pour les détenus en prison

Les visites dans les établissements de détention provinciaux et fédéraux ont été suspendues samedi au lendemain de l’arrêt forcé de plusieurs services.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les visites dans les établissements de détention provinciaux et fédéraux ont été suspendues samedi au lendemain de l’arrêt forcé de plusieurs services.

Des proches de détenus exhortent Québec et Ottawa à s’assurer de ne pas les couper du monde extérieur et de leur permettre de communiquer par téléphone, vu que les visites dans les établissements de détention ont été suspendues pendant au moins 14 jours en raison du coronavirus.

« Il ne faut pas oublier que ce sont des êtres humains. C’est vrai qu’ils paient pour un crime qu’ils ont commis, mais les visites de leurs proches, c’est leur seul point de rattachement avec l’extérieur », souligne Nathaly, dont le conjoint est incarcéré dans une prison provinciale.

Vendredi dernier, au moment où elle rendait visite à son conjoint, Nathaly a compris qu’il s’agissait peut-être de la dernière fois qu’ils pourraient se parler face à face.

Mathilde Robert a également été confrontée à ce constat lorsqu’elle s’est rendue dans un pénitencier pour visiter un proche. « J’entendais les autres visiteurs dans la salle de visites et il y avait beaucoup d’inquiétudes. Tout le monde se doutait que ça s’en venait », raconte-t-elle.

Les deux femmes confient qu’elles trouvent difficile de réaliser qu’elles ne pourront sans doute pas revoir leur proche avant plusieurs semaines, mais estiment toutes deux que les gouvernements ont pris la bonne décision.

« C’est déchirant, mais en même temps, si le coronavirus rentrait en prison, la rapidité avec laquelle il pourrait se répandre serait épouvantable », observe-t-elle.

Or, Nathaly insiste sur l’importance d’assurer aux détenus une communication régulière avec leurs proches pour qu’ils ne soient pas complètement isolés pendant cette pandémie.

« Il ne faudrait surtout pas les oublier. Ils sont confinés, savent qu’il y a une pandémie; ils ont besoin d’être eux aussi rassurés que leurs proches vont bien à l’extérieur », dit-elle.

Mesures spéciales

Les visites dans les établissements de détention provinciaux et fédéraux ont été suspendues samedi au lendemain de l’arrêt forcé de plusieurs services, ainsi que la fermeture d’installations publiques.

Autant les services correctionnels québécois que canadiens assurent que des cartes d’appel seront mises à la disposition des détenus et de leurs proches pour rester en contact.

Nathaly a rapidement eu des nouvelles de son conjoint. Un crédit de 30 $ sur carte d’appel aurait été accordé à chaque détenu, rapporte-t-elle.

Mme Robert de son côté n’a toujours pas eu de nouvelles de son proche. « Les visites étaient mon seul moyen d’avoir de ses nouvelles, parce qu’il n’a pas de carte d’appel [d’habitude] », souligne celle qui espère pouvoir bientôt entendre sa voix pour pouvoir le rassurer.

Au Québec, les mesures sont prévues au moins pour 14 jours, alors que le fédéral prédit déjà une période de trois mois. Ni Québec ni Ottawa n’ont cependant précisé la durée des appels et la fréquence à laquelle les détenus pourront les passer.

David Henry, directeur général de l'Association des services de réhabilitation sociale du Québec, assure que la situation sera suivie de près, puisqu’en plus de l’interdiction des visites, les établissements ont aussi suspendu toutes les activités communautaires et bénévoles, dont les groupes de soutien AA et NA.

« Il ne faut pas qu’il y ait un état de désemparement qui gagne les détenus pendant la pandémie. Les interactions avec leurs proches deviennent même plus importantes que jamais », souligne M. Henry.