L’entraide numérique à l’époque du coronavirus

Chacun chez soi, la solidarité s’organise, une page Facebook à la fois.
Photo: Le Devoir Chacun chez soi, la solidarité s’organise, une page Facebook à la fois.

Depuis quelques jours, et particulièrement depuis lundi matin, c’est la galère dans plusieurs foyers de la province qui doivent vivre avec les fermetures forcées d’établissements en tout genre, mais aussi avec les impératifs d’isolement et les fermetures des écoles et des garderies. Mais chacun chez soi, la solidarité s’organise, une page Facebook à la fois.

Chaque matin, sur le groupe public Facebook intitulé « Solidarité au temps du coronavirus — Plateau-Mont-Royal », un message à deux volets est publié. D’une part, les offres d’aide, et de l’autre, les demandes. Lundi par exemple, Violette offrait « de faire des grosses batchs de nourriture et de les partager avec les gens dans le besoin ». Julie, elle, recherchait « quelqu’un pour l’emmener au Costco en voiture » alors que Riv espérait trouver « une petite table pour pouvoir faire du télétravail ».

Au moment où ces lignes étaient écrites, plus de 900 personnes du quartier central montréalais s’étaient abonnées à cette page d’entraide provoquée par les répercussions souvent très terre à terre du coronavirus. Plusieurs villes (comme Sherbrooke) ou quartiers ont spontanément vu naître des lieux de partage citoyen du genre.

À Québec, le quartier Limoilou a sa propre page coronavirale (privée mais accessible sur demande) depuis dimanche. Plus de 400 citoyens y adhèrent pour l’instant. L’initiative de créer « Limoilou au temps du coronavirus » vient de deux stratèges numériques, Élise Rousseau et Nellie Brière.

« Distanciation physique »

Les situations sont assez variées dans les groupes. Il y a des parents qui espèrent un coup de main parce qu’ils doivent travailler de la maison tout en s’occupant de la marmaille. Il y a des personnes âgées en confinement qui ont besoin de petites commissions. « Et au-delà du service très pratique, il y a aussi le fait d’avoir un esprit de communauté et d’entraide entre personnes qui vivent une réalité comme la nôtre », estime Ariane Marchand-Labelle, qui administre avec son conjoint la page d’entraide du Plateau-Mont-Royal.

« Je m’amuse souvent à dire qu’on n’est pas dans la distanciation sociale, mais dans la distanciation physique à l’ère du numérique, dit en riant Nellie Brière. Dans les médias, on a beaucoup parlé des aspects négatifs de la connexion, mais on peut se rendre compte que ça permet de s’organiser de façon communautaire et locale, de socialiser dans des moments comme ceux-là. »

Il y a beaucoup de messages de solidarité et énormément d’informations en temps réel qui circulent

 

En parallèle, certains domaines touchés par les mesures de précaution, comme le milieu culturel, ont aussi vu apparaître des groupes du genre. Marco Pronovost a lancé vendredi la page « Soutien à / de la communauté culturelle québécoise — COVID-19 », qui frôlait les 4000 membres lundi soir. « Il y a beaucoup de messages de solidarité et énormément d’informations en temps réel qui circulent », note celui qui est à la fois chorégraphe et commissaire à Tangente et à la Maison de la photo, entre autres.

Avec la fermeture des salles de spectacles, le milieu culturel craint beaucoup. « Mais je ne voulais pas que le désespoir prenne le dessus, note M. Pronovost. Alors, on fait quoi ? On va être solidaires là-dedans. On va survivre, on va se dépasser et grandir à travers ça. »