La profondeur plutôt que la vitesse

APTN, qui fêtera les 20 ans de son service des nouvelles en avril, s’attarde aux divers enjeux autochtones à longueur d’année et sur tout le territoire canadien.
Photo: Image extraite de l'émission APTN InFocus APTN, qui fêtera les 20 ans de son service des nouvelles en avril, s’attarde aux divers enjeux autochtones à longueur d’année et sur tout le territoire canadien.

Alors qu’Ottawa est en conflit depuis plus de trois semaines avec les chefs héréditaires de la nation wet’suwet’en, le réseau de télévision des peuples autochtones APTN (Aboriginal Peoples Television Network) travaille avec ardeur pour couvrir les différents enjeux du dossier.

Mais APTN, qui fêtera les 20 ans de son service des nouvelles en avril, s’attarde aux divers enjeux autochtones à longueur d’année et sur tout le territoire canadien. Le Devoir a joint à Winnipeg la directrice exécutive des nouvelles et des actualités, Cheryl McKenzie, qui a aussi été une des têtes d’affiche du réseau pendant plusieurs années.

Le Devoir : Est-ce qu’APTN est destiné aux différents peuples autochtones ou tout Canadien peut se sentir interpellé par votre travail ?

Cheryl McKenzie : Je pense que c’est pour tous, mais on dit d’APTN qu’elle est faite par et pour les Autochtones. De par notre histoire, on a commencé parce que les voix autochtones étaient sous-représentées, voire jamais entendues au plan national, alors c’est vraiment notre mandat central.

En quoi votre travail est-il différent, par comparaison avec celui des autres médias nationaux ?

On a quelque chose comme 60 personnes sur le terrain alors que le diffuseur public en a environ 6000 ! On ne peut donc pas compétitionner sur la vitesse, mais on a des histoires uniques qu’on ne voit pas nécessairement sur les grands réseaux. On est ceux qui vont aller sur le terrain et faire des sujets en profondeur, en gardant toujours en tête de donner du contexte.

Concrètement, ça se manifeste comment dans l’information livrée ?

La durée de nos reportages est différente, spécialement à la télévision. On laisse du temps aux gens pour parler, pour mieux expliquer, avec des clips plus longs. Un reportage standard est d’environ 1 minute 30 secondes, mais nous, on peut faire du 2 minutes 30. Aussi, on a arrêté de couvrir les différentes marches, il y en a juste trop, et ça nous empêche de couvrir les choses qui ont de plus grandes conséquences.

Est-ce qu’APTN bénéficie d’un certain avantage sur les grands réseaux lorsque vient le temps de couvrir des enjeux autochtones ? Il doit y avoir une plus grande confiance sur le terrain ?

Ça, c’est intéressant. Quand on regarde nos archives, on voit qu’avant les gens nous laissaient rentrer partout. Dans les assemblées des Premières Nations, dans les caucus lors des élections… Tout le monde nous disait exactement ce qu’ils faisaient, ils nous donnaient accès à leur garde rapprochée, sans nous percevoir comme des journalistes d’une certaine façon. Avec le temps, les gens commencent à comprendre notre travail, qu’on n’est pas là pour être les cheerleaders. Donc de plus en plus, on est traités comme les diffuseurs nationaux ; il y a une méfiance envers n’importe quel média, y compris APTN.

Et en dehors des moments de crise ?

Quand on a un accès, il y a souvent un esprit plus ouvert des gens à qui l’on parle, parce qu’ils nous connaissent. Les jeunes d’aujourd’hui, ils ont grandi en voyant leurs parents écouter APTN News, donc cela a un impact.

Vous avez un site Web bien garni — mercredi vous avez publié cinq papiers sur le conflit avec la nation wet’suwet’en. Est-ce que la télé a encore une place de choix dans votre stratégie ?

APTN est sur la télé câblée. Et la télé est très forte, très populaire dans l’Arctique et dans le Nord canadien. C’est entre autres parce qu’ils ont moins accès à Internet haute vitesse. Mais maintenant, c’est par Facebook qu’on recueille le plus grand nombre de visites et le meilleur engagement sur nos contenus.

Est-ce que la compétition est forte avec les autres médias autochtones ?

Je ne vois pas ça comme de la compétition. C’est plus une motivation de voir ce que les autres font, et quelles sont les autres histoires autochtones. Plus il y en a, mieux c’est, clairement.

Est-ce que vous trouvez que les médias généralistes couvrent bien les enjeux autochtones ?

Ça s’améliore beaucoup. Si je prends l’exemple du conflit territorial de Caledonia [en Ontario, à partir de 2006], au début les médias parlaient bien du peuple des Six Nations, mais ont rapidement pris des raccourcis en parlant des Autochtones en général. Là, je vois ça de moins en moins, je dois dire. C’est absolument positif de voir que les gens comprennent que les Autochtones sont composés de divers peuples.