Le Canada se dit prêt à faire face à la pandémie appréhendée

Les autorités québécoises tentent d’ailleurs actuellement de contacter 61 personnes — dont 32 Québécois — ayant eu un contact avec une passagère d’Air Canada, infectée par le COVID-19.
Photo: Michael Monnier Le Devoir Les autorités québécoises tentent d’ailleurs actuellement de contacter 61 personnes — dont 32 Québécois — ayant eu un contact avec une passagère d’Air Canada, infectée par le COVID-19.

Le coronavirus se propage à vive allure dans le monde. À un point tel que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) évoque maintenant la possibilité d’une pandémie. L’OMS juge « très préoccupante » l’augmentation soudaine de nouveaux cas en Italie, en Corée du Sud et en Iran.

Au Canada, les autorités de santé publique se disent aussi préoccupées par ces nouveaux foyers d’infection. « Nous ne savons pas quelle trajectoire exacte prendra le virus, a souligné l’administratrice en chef de la santé publique, la Dre Theresa Tam, en point de presse lundi matin. Il est possible que le nouveau coronavirus soit présent dans d’autres pays qui n’ont pas la capacité de le détecter. »

Quoi qu’il en soit, les autorités canadiennes se disent prêtes à faire face à tout scénario.

   

Jusqu’à présent, 10 cas de COVID-19 ont été confirmés au Canada — aucun au Québec.

Malgré un risque de propagation peu élevé au Québec, le directeur national de la Santé publique, le Dr Horacio Arruda, suit la situation de près.

Les autorités québécoises tentent d’ailleurs actuellement de contacter 61 personnes — dont 32 Québécois — ayant eu des contacts étroits avec cette passagère d’Air Canada, infectée par le COVID-19 et qui a fait escale à l’aéroport Montréal-Trudeau le 14 février.

On apprenait hier que cette femme, en provenance d’Iran, a voyagé d’Istanbul à Montréal (avec une autre compagnie aérienne qu’Air Canada), avant d’embarquer à bord d’un vol d’Air Canada, en direction de Vancouver. Les autorités de la Colombie-Britannique ont été avisées de son infection au COVID-19 six jours plus tard, soit le 20 février.

« On est en train de contacter les personnes qui ont été proches de la patiente dans l’avion, a dit le Dr Horacio Arruda. On leur suggère un isolement volontaire et on leur demande de passer des tests pour s’assurer qu’ils n’ont pas attrapé le coronavirus. » Des agents de la santé publique ou de leur CLSC assureront un suivi téléphonique auprès d’eux.

Seuls les passagers se trouvant jusqu’à trois bancs en avant ou trois rangées en arrière de la femme infectée sont avisés par les autorités. Une décision remise en question par le Dr Karl Weiss, microbiologiste-infectiologue, dans divers médias au cours des derniers jours.

On s’en va inévitablement vers une pandémie. La seule chose rassurante, c’est que ce virus-là ne semble pas être plus sévère et mortel que la grippe saisonnière.

Questionné à ce sujet en point de presse, le Dr Horacio Arruda a défendu sa décision. « C’est précautionneux et adéquat », a-t-il dit. Il souligne que la patiente était « peu symptomatique » durant le voyage. Or, le COVID-19, a-t-il expliqué, se transmet par gouttelettes, lorsqu’on tousse, par exemple. « Même dans des cas de maladies transmises par voies aériennes, comme la tuberculose, on ne teste que certaines rangées en avant et derrière. Le coronavirus n’est pas une maladie aussi contagieuse que la varicelle ou la rougeole. »

Le Dr Yves Longtin, infectiologue à l’Hôpital général juif de Montréal, l’a confirmé. Les coronavirus se propagent généralement dans un rayon « d’un à deux mètres », contrairement aux particules de la tuberculose ou de la rougeole, « qui peuvent voyager sur des dizaines de mètres ».

« Les avions ont un nombre de changements d’air extrêmement élevé, a ajouté le Dr Longtin. Quand l’air est changé dans l’avion, ça enlève les particules infectieuses. Ça nous aide beaucoup à diminuer la contagiosité d’un patient. »

Un long délai avant d’aviser les passagers touchés

Les autorités de santé publique du Canada ont aussi été questionnées sur le cas de cette voyageuse atteinte du coronavirus. Six jours se sont écoulés entre le voyage de la passagère d’Air Canada et la transmission de l’information à l’Agence de la santé publique du Canada.

Lors de la conférence de presse, le sous-administrateur en chef de la santé publique, le Dr Howard Njoo, a indiqué que la patiente avait mis « un peu de temps » avant de consulter un médecin. Il a ensuite fallu procéder à un test de dépistage et attendre les résultats.

« Nous sommes tous en train de faire les suivis de contact pour trouver qui sont les membres d’équipage qui ont vraiment été en contact étroit avec la voyageuse », a précisé le Dr Howard Njoo. Contacté par Le Devoir, le syndicat représentant les agents de bord d’Air Canada n’a pas souhaité faire de commentaires.

 

Selon la Dre Caroline Quach-Thanh, microbiologiste-infectiologue à l’Hôpital Sainte-Justine, ce cas aurait même très bien pu « passer sous le radar ». « C’est presque miraculeux qu’on ait découvert cette patiente-là », a-t-elle dit.

Jusqu’à tout récemment, l’Iran ne figurait pas parmi les pays touchés par le COVID-19. « C’est l’urgentologue là-bas qui a décidé que, parce que [la femme] avait voyagé, il allait demander un test pour dépister le coronavirus », a souligné la Dre Quach-Than.

Avec les nouveaux foyers d’épidémie, la microbiologiste-infectiologue ne se fait pas d’illusion concernant la propagation du virus. « On s’en va inévitablement vers une pandémie, croit-elle. La seule chose rassurante, c’est que ce virus-là ne semble pas être plus sévère et mortel que la grippe saisonnière. »


 
4 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 25 février 2020 04 h 12

    Rire de la population comme cela, il faut le faire....

    Rire de la population comme cela, il faut le faire.... Surtout au Québec. Provinve exemplaire en tout et où: les urgences débordent de tous les bords possibles; le taux d'absentéisme du personnel bat des records, lorsqu'il fait froid, lorqu'il fait beau, lorsqu'il y a...; tout le personnel s'habille n'importe comment et selon leurs gôuts personnels; le personnel se promène jusqu'à la maison, en passant par le "dépanneur" sans se changer avant de quitter les milieux hôstitaliers; les couloirs encombrés de n'importe quoi et n'importe comment; les pîles de ci et de ça qui traînent ici et là; etc.

    Les CLSC ne sont guère mieux...

    Mais, selon les bons et très intelligents dirigeants politiques (tous niveaux de GV) , et leurs petits amis qu'ils ont nommé aux postes de gestion en "santé": "Le Canada se dit prêt à faire face à la pandémie appréhendée"... Heureusement quelle n'est qu'appréhendée cette pandémie... Si elle se concrétise... Ben, là, le fiasco reposera sur les épaules du petit peuple: "qui t'as dit que t'avais le droit d'être malade, toé le petit con-con-contribuable"...

  • Serge Lamarche - Abonné 25 février 2020 05 h 00

    Retarder

    Si possible de retarder assez longtemps pour faire un vaccin...

  • Yves Corbeil - Inscrit 25 février 2020 13 h 38

    Au Québec nous sommes chanceux

    La ministre de la santé publique a dit que les chances de voir apparaître le virus chez nous était très, très mince. Elle doit surement avoir lu ça dans son horoscope la p'tite dame et si jamais il s'avérait que sa prédiction soit mauvaise, bien ne vous en faites pas, ils ne révèleront pas la provenance de l'infectation (...) ça doit être pour ne pas nuire à l'économie ou au tourisme, ils n'ont pas précisé. Plus rassurant que cela, tu meurs dans une salle d'attente bondée.

  • Marc Lapierre - Inscrit 26 février 2020 22 h 44

    Principe de prudence

    Si ce virus se comportait comme les coronavirus que nous connaissons déjà, le Covid-19 aurait une prévalence, une morbidité et une mortalité semblable a ses cousins, les Human coronavirus OC43 - 229E - NL63 et HKU1 ... et on ne parlerait tout simplement pas du Covid-19 en ce moment. Je pense qu’il serait temps de prendre des mesures de précaution plus sévères que celles que nous prendrions en se basant sur les caractéristiques standards des coronavirus.