Un agent du SPVM raconte l’intervention qui a causé la mort de Pierre Coriolan

Le policier Jimmy Carl Michon a décrit le fil des événements du 27 juin 2017 lors de son témoignage mercredi.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le policier Jimmy Carl Michon a décrit le fil des événements du 27 juin 2017 lors de son témoignage mercredi.

Le policier qui a tiré deux coups de feu sur Pierre Coriolan en juin 2017 n’avait pas suivi de formation spécifique pour intervenir auprès de personnes en crise.

Devant le coroner Luc Malouin, qui enquête sur la mort de Pierre Coriolan, le sergent Jimmy Carl Michon a affirmé avoir ouvert le feu sur l’homme de 58 ans parce que celui-ci était armé, qu’il avait une attitude menaçante et que les armes intermédiaires ne l’avaient pas calmé.

À l’emploi du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) depuis vingt ans, le sergent Michon a supervisé le travail des policiers qui sont intervenus le soir du 27 juin 2017 dans un immeuble du quartier Centre-Sud afin de répondre à un appel d’urgence pour un homme en crise.

Jimmy Carl Michon a décrit le fil des événements lors de son témoignage mercredi.

Peu après 19 h 30, ce jour-là, les six policiers dépêchés sur les lieux sont montés au troisième étage jusqu’à l’appartement de Pierre Coriolan. À leur arrivée, l’homme dont ils entendaient les « cris de rage » est assis devant sa télévision. Il tient dans ses mains un objet pointu. « Police ! Lâche ton couteau », lui aurait alors ordonné le sergent Michon, resté dans le cadre de porte.

Selon le témoignage du policier, Pierre Coriolan n’aurait pas obtempéré et se serait plutôt levé brusquement pour se diriger rapidement vers les policiers. L’agent Mathieu Girard aurait alors utilisé, sans succès, son pistolet à impulsion électrique.

Puis, un autre policier, l’agent Vincent Moore, aurait eu recours au pistolet à balles de plastique, sans réaction de la part de Pierre Coriolan.

Avec un couteau dans une main et un tournevis dans l’autre, Pierre Coriolan aurait continué d’avancer vers les policiers, les forçant à reculer. À moins de deux mètres, le sergent Michon fait feu à deux reprises sur Pierre Coriolan.

À peu près au même moment, son collègue Simon Chrétien aurait lui aussi tiré. Tombé à plat ventre, Pierre Coriolan s’est aussitôt mis à genoux. Après un autre tir de balle de plastique et une décharge de taser, Pierre Coriolan s’est finalement écroulé. Mais comme il tient fermement ses armes, un policier lui assène des coups de bâton télescopique.

Formation policière

Le sergent Michon a indiqué avoir suivi plusieurs formations au cours de sa carrière, notamment en endiguement et en emploi de la force, mais pas de formation spécifique pour interagir avec des personnes en crise ou aux prises avec des problèmes de santé mentale. Aucun des six policiers présents n’avait eu cette formation, a-t-il ajouté.

« Mais j’ai une grande expérience », a-t-il fait valoir en signalant que les policiers du poste 21 sont régulièrement appelés à intervenir auprès de personnes souffrant de problèmes de santé mentale.

Quand le coroner Luc Malouin lui a fait remarquer qu’une des premières règles à suivre avec une personne en détresse était de ne pas hausser le ton, le sergent Jimmy Carl Michon a rétorqué que Pierre Coriolan était armé. « Nous devions le contrôler et isoler la menace », a-t-il dit.

Le coroner Malouin a rappelé qu’en 2016, dans son rapport sur la mort d’Alain Magloire, il avait recommandé que les policiers bénéficient d’une meilleure formation en santé mentale.

Le témoignage du sergent Michon se poursuivra jeudi.

Enregistrement vidéo

Plus tôt dans la journée, l’enregistrement vidéo de l’intervention policière a été présenté en preuve. Dans la salle, Yolande Coriolan, la soeur du défunt, a fondu en larmes. « Pourquoi vous avez fait ça ? Pourquoi tant de torture ? », a-t-elle lancé avec émotion en voyant les images de son frère malmené par les policiers.