La police n'entrera pas à Kahnawake, avertit le grand chef Norton

«On ne les laisserait pas entrer de toute façon », a statué le grand chef de Kahnawake, Joe Norton, en ajoutant que «tout le monde» — les élus comme les résidents — s’assurerait de barrer la route aux forces de l’ordre. 
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «On ne les laisserait pas entrer de toute façon », a statué le grand chef de Kahnawake, Joe Norton, en ajoutant que «tout le monde» — les élus comme les résidents — s’assurerait de barrer la route aux forces de l’ordre. 

Ce serait « une erreur majeure » d’envoyer la Sûreté du Québec aux portes de Kahnawake, a averti mercredi le grand chef de Kahnawake, Joe Norton, quelques heures après que le premier ministre François Legault eut lancé un ultimatum aux manifestants autochtones qui bloquent le trafic ferroviaire au pays. 

« Ce serait une erreur majeure, de la part de quiconque, d’agir de cette façon », a déclaré le chef lors d’un entretien avec Le Devoir. Joe Norton a par ailleurs attesté qu’il n’avait « jamais parlé » à M. Legault, et que son ultimatum de mercredi matin l’avait pris par surprise. 

« J’ai parlé à quelqu’un de son bureau il y a quelques jours. […] Le premier ministre n’avait aucune intention d’avoir recours à la police ou d’utiliser la force », a-t-il affirmé. 

Une intervention policière à Kahnawake nécessiterait un ordre de la Cour, « statuant qu’il y a des gestes illégaux qui sont commis, en vertu de la loi québécoise ou canadienne », a poursuivi le chef.

Mais un tel document judiciaire n’aurait aucun impact sur sa communauté, a-t-il ajouté. « On ne les laisserait pas entrer de toute façon », a-t-il statué, en ajoutant que « tout le monde » — les élus comme les résidents — s’assurerait de barrer la route aux forces de l’ordre. 

Le dialogue plutôt que l’injonction 

Du reste, Kahnawake a déjà son service de police, les Peacekeepers. Et celui-ci ne répond pas des ordres des tribunaux, a souligné le chef Norton. 

« Ils [les Peacekeepers] viendraient nous voir [au conseil de bande] et nous demanderaient : “qu’est-ce qu’on fait ?” ». Et on leur dirait : " vous ne pouvez pas appliquer une injonction à Kahnawake. Vous êtes notre service de police, pas le leur ". »

Aux premiers ministres du pays, Joe Norton a suggéré de privilégier le dialogue. « Tous les leaders provinciaux et le premier ministre doivent se concerter et parler d’une seule voix pour dire : quand il y aura des projets de développement majeurs, dans toutes les parties du pays, une vraie consultation — juste, honnête — aura lieu », a-t-il suggéré. 

« Ils ne peuvent pas juste se rendre devant les tribunaux, obtenir une injonction, intervenir par la force et utiliser la police pour chasser des gens de leur propre territoire. C’est ça qui se passe. Cette manière de faire doit cesser. Ils ne peuvent plus faire ça. »

Dans l’attente d’un dénouement, le grand chef a dit garder espoir. « Je suis toujours optimiste », a-t-il assuré.