Lizaline Coriolan a appris la mort de son frère par téléphone

Le décès de Pierre Coriolan est survenu le 27 juin 2017 lors d’une intervention policière.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Le décès de Pierre Coriolan est survenu le 27 juin 2017 lors d’une intervention policière.

C’est par téléphone que, le 28 juin 2017, Lizaline Coriolan a appris que son frère Pierre avait été abattu la veille par des policiers. Un représentant du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) lui a annoncé la nouvelle alors qu’elle attendait l’autobus après sa journée de travail.

« Ce n’est pas une façon d’annoncer un décès à un proche. C’est inhumain, quant à moi », a immédiatement déclaré le coroner Luc Malouin, qui préside l’enquête sur le décès de Pierre Coriolan survenu le 27 juin 2017 lors d’une intervention policière.

« Le message va se rendre au BEI », a-t-il assuré.

Lors de son témoignage mardi, Lizaline Coriolan, d’une voix à peine audible, a indiqué qu’elle voyait son frère toutes les deux ou trois semaines. Elle l’a décrit comme un « frère, un père, un ami, un confident ». « Il aimait tout le monde. Ce n’était pas un homme méchant. »

Elle l’avait d’ailleurs vu la veille de son décès et lui avait remis de l’argent pour qu’il puisse notamment acheter de l’essence pour sa voiture. « Il était correct. Il était normal », a-t-elle relaté.

Pierre Coriolan vivait de l’aide sociale. Il avait été chauffeur de taxi dans les années 1990. Lizaline Coriolan a soutenu que son frère n’avait pas de problème de santé mentale ou physique. Et à sa connaissance, il ne consommait pas de drogue ou d’alcool. Elle a dit ignorer que son frère devait se faire expulser de son logement sous peu.

L’autre soeur de Pierre Coriolan, Yolande, a pour sa part expliqué que son frère était très réservé. Peu avant sa mort, il lui avait simplement dit qu’il avait un problème avec son logement, sans donner plus de détails.

Plus tôt en matinée, la déclaration de Jean-Philippe Tremblay, un intervenant en soutien communautaire de la Fédération des OSBL d’habitation de Montréal (FOHM), a été lue en audience.

M. Tremblay a décrit Pierre Coriolan comme un locataire de longue date de l’immeuble de l’avenue Robillard. Il était « extrêmement discret », a-t-il précisé. À partir de 2016, la FOHM a commencé à recevoir des plaintes d’autres locataires concernant des cris et des hurlements de la part de M. Coriolan le soir et la nuit.

Des procédures d’expulsion ont été entreprises et la cause a été entendue à la Régie du logement en mai 2017. Trois semaines plus tard, la Régie a donné le feu vert à l’expulsion de Pierre Coriolan de son logement. Celui-ci est mort avant la procédure d’éviction. « Des locataires ont mentionné qu’ils ne voulaient plus appeler la police dans l’avenir par crainte que ça se termine par une tragédie », a indiqué Jean-Philippe Tremblay.

Gilbert Desjardins, expert en balistique judiciaire, a pour sa part présenté son rapport d’analyse de l’intervention policière qui a coûté la vie à Pierre Coriolan. À l’aide de l’enregistrement audio de l’événement, il a pu déterminer qu’en l’espace de 25 secondes, sept détonations ont été entendues, soit deux avec le pistolet à impulsion électrique, deux avec le pistolet à balles de plastique et trois coups provenant d’une arme à feu.