La peur s’installe au Québec, malgré les messages rassurants des autorités

Les autorités sanitaires du Canada ont confirmé qu’à Toronto, un homme arrivant de Chine a été contaminé par le coronavirus. Un test préliminaire réalisé sur sa conjointe, qui était du voyage, s’est révélé positif. Sur notre photo, deux personnes d’origine asiatique marchent au centre-ville de Toronto.
Photo: Nicolas Asfouri Agence France-Presse Les autorités sanitaires du Canada ont confirmé qu’à Toronto, un homme arrivant de Chine a été contaminé par le coronavirus. Un test préliminaire réalisé sur sa conjointe, qui était du voyage, s’est révélé positif. Sur notre photo, deux personnes d’origine asiatique marchent au centre-ville de Toronto.

Propriétaire de quatre garderies sur la Rive-Sud, Bianca Michetti a passé la journée de lundi à répondre à des messages d’inquiétude : la peur du coronavirus s’est emparée des parents et de son personnel, qui craignent une infection pourtant improbable à cette maladie venue de Chine. L’inquiétude subsiste même si les autorités sanitaires réitèrent chaque jour leur message rassurant.

« Depuis 7 h ce matin, je reçois des appels et des courriels de gens inquiets », raconte la propriétaire des garderies Biamel, situées à Longueuil et à Brossard, où vit une importante communauté chinoise.

Son installation de Brossard, au Quartier DIX30, accueille 80 enfants, dont environ 65 sont d’origine asiatique. Pour se protéger d’une contagion — et non parce qu’ils sont contaminés —, des parents viennent reconduire leurs enfants en portant un masque depuis quelques jours.

Le masque a fait peur aux gens, raconte Bianca Michetti. Une de ses éducatrices a même annoncé qu’elle s’absenterait du travail pour les deux prochaines semaines. Et elle gardera ses enfants à la maison par crainte qu’ils attrapent le virus à l’école.

« Les gens ont peur. J’aimerais les rassurer », dit la propriétaire de garderie. Elle a mis une bouteille de savon désinfectant à l’entrée de son établissement. Tout le monde doit se laver les mains en entrant.

Bianca Michetti a pris la bonne décision pour protéger les enfants, les parents et le personnel : la meilleure chose à faire pour empêcher les infections au coronavirus, c’est de se laver les mains, a rappelé lundi l’Agence de la santé publique du Canada. Deux cas d’infection à ce virus ont été confirmés au Canada, et 25 autres font l’objet d’une enquête, dont trois au Québec.

« Il ne serait pas étonnant qu’il y ait d’autres cas au Canada dans les prochains jours, mais le risque est bas pour la population canadienne », a indiqué lundi la Dre Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique, lors d’une conférence téléphonique.

« Pour empêcher la propagation du virus, on recommande de se laver les mains avec de l’eau et du savon et d’éternuer dans votre manche », a précisé le Dr Howard Njoo, sous-administrateur en chef de la santé publique.

Il n’existe aucun vaccin contre le coronavirus. Les symptômes ressemblent à ceux d’une grippe, selon l’Agence de la santé publique du Canada : écoulement nasal, maux de tête, toux, maux de gorge, fièvre et sentiment de mauvais état général.

Contact prolongé

Ce virus se transmet par un contact sur une période prolongée, a rappelé le Dr Njoo. Les autorités canadiennes cherchent ainsi à localiser les passagers qui se trouvaient dans un rayon de deux mètres des deux personnes contaminées à bord du vol 311 de la société China Southern entre Guangzhou et Toronto, le 22 janvier. L’homme et la femme ayant voyagé ensemble à Wuhan, un couple dans la cinquantaine, sont les deux premiers cas confirmés d’infection au coronavirus au Canada.

L’homme a déclaré aux services frontaliers canadiens, à l’aéroport Pearson de Toronto, qu’il était allé à Wuhan, d’où provient le virus. Il toussait et avait les symptômes d’un rhume. Des tests ont révélé qu’il était porteur du virus. Sa femme, qui voyageait avec lui, a aussi contracté le virus, d’après un test préliminaire.

L’homme est hospitalisé à l’hôpital Sunnybrook de Toronto. La femme, qui n’a aucun symptôme, est en isolement chez elle, a précisé lundi le Dr David Williams, médecin hygiéniste en chef de l’Ontario.

Ruée vers les masques

Les Canadiens n’ont rien à craindre, ont répété lundi les responsables de la santé publique. La panique qui s’est emparée de la garderie de Mme Michetti à Brossard, à la suite de la présence de gens portant des masques, a sans doute été causée par un malentendu culturel, estime Étienne Girouard, spécialiste de la Chine qui termine son doctorat à l’Université du Québec à Montréal.

« C’est un problème de perception. Au Québec, tu mets un masque quand tu es malade, pour empêcher les autres d’être contaminés. Mais les Chinois portent un masque quand ils ne sont pas malades. Ils croient que ça va les empêcher d’attraper le virus. »

Le port d’un masque ne figure dans aucune recommandation de la santé publique pour se protéger d’un virus. Il s’agit toutefois d’une tradition solidement implantée dans des pays comme la Chine, le Japon et la Corée du Sud, rappelle Étienne Girouard.

Les Québécois d’origine asiatique se sont rués sur les masques et sur le savon désinfectant pour les mains depuis l’éclosion du coronavirus. Plusieurs envoient ces produits à des proches à Wuhan ou ailleurs en Chine, explique M. Girouard. D’autres ont acheté un masque pour eux-mêmes. Le spécialiste de la Chine a parlé lundi à un chauffeur de taxi effrayé après avoir embarqué des passagers qui portaient un masque. Il était convaincu, à tort, d’avoir côtoyé des gens malades.

La Commission scolaire Marie-Victorin, qui couvre le territoire de Longueuil et de Brossard, indique n’avoir reçu aucune plainte reliée au coronavirus. La Commission scolaire de Montréal, de son côté, dit faire une « vigie sur l’ensemble de ses établissements » et surveiller les mises à jour de la santé publique.

La communauté chinoise, elle, a participé en grand nombre aux festivités du Nouvel An lunaire, au cours du week-end dernier. Les bons restaurants étaient bondés, mais les établissements moins cotés avaient moins de clients qu’en temps normal, a raconté une habituée.

Un mort à Pékin

Le bilan de l’épidémie de pneumonie virale en Chine a atteint 106 morts, ont annoncé mardi matin les autorités. La santé publique de la province de Hubei, où a démarré l’épidémie, a indiqué que le virus avait fait 24 nouveaux décès et contaminé 1291 nouvelles personnes, faisant passer le nombre de malades confirmés à plus de 4000 dans toute la Chine. Lundi, la ville de Pékin a fait état de son premier décès, un homme de 50 ans qui revenait de Wuhan. Une cinquantaine d’autres malades ont été répertoriés dans le reste du monde. Plusieurs pays préparent l’évacuation de leurs ressortissants à Wuhan.

Agence France-Presse

6 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 28 janvier 2020 04 h 47

    HIHIHI...

    Plus les idiots et leurs cliques de petits amis qui nous gouvernent par des propos "de n'importe quoi" supposément nous rassurer, plus il crée de la confusion. Confusion qui va finir par une panique généralisée.

    Comme le démontre le dernier vaccin anti-grippe... ils ne sont même pas capables de géger un simple vaccin... Des lignes interminables et d'attente au CLSC Maisonneuve-Hochelaga (rue Ontario). Tout le monde qui est convoqué en même temps - enfants, bébé, vieilles personnes, handicapés, etc,, et locaux inadaptés, pour l'ouverture à 8h le matin. Des heures attentes... Le tout par un froid sibérien... Et il n'y avait pas alors de panique dans la population...

    Et la situation était pire que l'année antérieure, qui était elle-même pire que l'année la précédant.

    Cela va beau en titi comme panique quand les "news" vont dire le matin, à la premère heure: aujourd'hui malheureusement, il y a déjà un décès, deux décès. trois décès... Mais ne vous vous en faites pas, car le ministre a tout prévu, il l'a dit...

  • Françoise Labelle - Abonnée 28 janvier 2020 08 h 32

    Incertitude quant au mode de transmission

    En tant qu'asthmatique chronique, cette épidémie m'inquiète tout de même.

    L'OMC reconnaît d'emblée qu'on connaît mal le coronavirus MERS-CoV et que le mode de transmission peut évoluer avec le temps, soit vers un mode de transmission réduit comme le SRAS, soit vers celui du rhume bénin, plus fulgurant. À propos du mode de transmission, l'OMC ajoute que «le MERS-CoV ne se transmet pas facilement d’une personne à l’autre sauf contact rapproché, comme lors des soins cliniques dispensés à un patient infecté sans de strictes mesures d’hygiène.»

    Mais selon le CDC américain, le mode de transmission du coronavirus, confirmé par des chercheurs de l'OMC, est semblable à celui de tout autre virus:
    - par voie aérienne: toux, éternuement
    - par contact physique: par le touché, les poignées de main (les becs de la St-Valentin)
    - en touchant une surface contaminée et en propageant le virus en se touchant les yeux, la bouche ou le nez avant de se laver les mains.
    Si le CDC dit vrai, le port du masque et la désinfection des mains seraient donc appropriés.
    En anglais mais intéressant: «How the new coronavirus differs from SARS, measles and Ebola» NYT, 23 janvier 2020.

    • Françoise Labelle - Abonnée 28 janvier 2020 13 h 44

      L'OMS pas l'OMC

  • Stéphanie LeBlanc - Inscrite 28 janvier 2020 12 h 17

    Précision

    @Françoise Labelle

    Le virus dont il est question ici est le 2019-nCoV et non le MERS-CoV (quoique les deux soient des coronavirus).

  • Stéphanie LeBlanc - Inscrite 28 janvier 2020 12 h 30

    Connaître les vulnérabilités du 2019 n-CoV

    J'ai hâte que l'on sache à quel(s) désinfectant(s) et à quelle température le nouveau virus est vulnérable, de même que le temps d'exposition nécessaire pour son inactivation par les premiers et la seconde. Touts les virus ne sont pas sensibles aux mêmes produits ou à la même température. Le seul désinfectant qui tue en principe tous les virus est l'eau de Javel en raison d'une partie de Javel pour 9 parties d'eau avec un temps d'exposition d'au moins 10 minutes (et encore, il ne faut pas que ça sèche). Une température de 100°C tue évidemment les virus.

    En attendant de savoir si le 2019 n-CoV est vulnérable à l'alcool à friction à 70$, au savon à l'iode ou à tout autre désiinfectant en vente libre, je crois que ceux qui utilisent des gels désiinfectants (qui contiennent entre 60% et 80% d'alcool) devraient éviter de prendre des risques inutiles dans les endroits publics et donc éviter de se toucher la bouche, les yeux et l'intérieur du nez. De plus, ce genre de gel étant inefficace sur des mains sales ou graisseuses, il vaut mieux se laver régulièrement les mains à l'eau chaude et au savon et éviter de toucher directement les robinets après le lavage.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 28 janvier 2020 16 h 16

    « Cela va beau en titi comme panique quand les "news" (sic) vont dire» (Serge Pelletier)

    .
    Pour ma part, je panique un brin en constatant que le franglaisvirus a contaminé ce journal avec la publication du mot [niouze].

    Brossard… Je crains pour les deux femmes en «gold»*…


    * Un clin d'eyes (sic) au film de Fournier.