Funeste excursion en motoneige

Paradoxalement cet accident survient en pleine Semaine internationale de la sécurité à motoneige.
Photo: Charles-Frédérick Ouellet Le Devoir Paradoxalement cet accident survient en pleine Semaine internationale de la sécurité à motoneige.

L’incompréhension domine au Lac-Saint-Jean où les adeptes de motoneiges peinent à s’expliquer comment un guide a pu entraîner des touristes français sur l’un des endroits les plus dangereux du secteur.

Cinq motoneigistes français sont toujours portés disparus dans le secteur de La Grande Décharge et leur guide Benoît L’Espérance, 42 ans, de Montréal est décédé mardi soir au terme d'une expédition qui a mal tourné. Trois autres personnes qui complétaient le groupe ont pu regagner la berge pour ensuite alerter les services d’urgence.

Pour ajouter au malheur, un hélicoptère de la Sûreté du Québec qui participait aux recherches s’est écrasé alors qu’il rentrait à Saint-Hubert au terme de sa mission. Le pilote, blessé au bas du corps, est hospitalisé à Roberval.

Le groupe de motoneigistes aurait décidé de prendre un raccourci, sortant du sentier balisé, pour rejoindre sa destination du jour à Saint-Gédéon, courant ainsi vers un danger qu’il ignorait.

Les opérations de recherche sont coordonnées à partir du parc national de la Pointe-Taillon près d’Alma. Deux hélicoptères se trouvaient sur le site mercredi ainsi qu’un autocar de la SQ, deux équipes de quatre plongeurs et de nombreuses motoneiges.

Photo: Charles-Fredérick Ouellet Le Devoir Au restaurant Le Repaire, à Sainte-Monique, les habitués de la motoneige spéculaient sur la raison pour laquelle le groupe de touristes avait quitté la piste balisée pour s’engager dans la zone dangereuse.

Les motoneiges sont partout au Lac-Saint-Jean durant cette période de l’année. Sur la route, des panneaux verts représentants ces bolides nous rappellent régulièrement leur présence dans les sentiers aux alentours.

Dans les stationnements de bien des restaurants, elles sont plus nombreuses que les voitures. Il y en avait bien une vingtaine dans le stationnement du Restaurant Le Repaire, à Sainte-Monique, lors du passage du Devoir mercredi après-midi.

La petite municipalité se trouve à 20 kilomètres environ du site de la tragédie. À l’intérieur du restaurant, on ne parlait que de ça.

« C’est une catastrophe », disait la serveuse. À la table près de la porte, un groupe de motoneigistes venus d’Alma spéculait sur le drame.

Laurent Côté avait sa petite idée sur ce qui a pu se produire : la tentation d’un raccourci. Au point où ils se trouvaient, les touristes français avaient encore 35-40 kilomètres à parcourir en passant par Alma jusqu’à leur hôtel à Saint-Gédéon.

Or, en coupant par le secteur de la décharge du lac, un GPS pouvait brandir la promesse d’un tout petit 3 kilomètres. « C’est ça l’erreur que le guide a fait », ajoutait son ami, Gaston Simard. « C’est un méchant raccourci. Ils étaient fatigués eux autres à 7 h 30 le soir. Ils étaient écoeurés, ils voulaient rentrer, ils ont dit : on coupe par le lac. »

Le guide : un habitué du parcours

Dans la région, les motoneiges ne s’aventurent normalement pas dans ce secteur jugé trop dangereux en raison de ses forts courants.

Ce secteur est à une bonne distance des sentiers balisés qu’ils doivent normalement emprunter. « Moi, je reste tout le temps dans les sentiers parce que là, on le sait que ça va pas ouvrir en dessous », a mentionné Guillaume Rivard, un jeune homme de 23 ans de Mistassini, croisé à la sortie du restaurant.

On sait désormais que le guide et son groupe avaient loué les motoneiges à Saint-Michel-des-Saints.

La nuit précédant le drame, le groupe a séjourné au Relais 22 Milles, situé à une centaine de kilomètres au nord de La Tuque. Christine Reis, la propriétaire du refuge depuis trois ans, a souvent vu Benoît L’Espérance y séjourner avec ses groupes. « C’était un guide qui passait plusieurs fois par hiver au refuge, dit-elle. On le connaissait très bien, il avait souvent des grands groupes comme celui-là. » Elle note que monsieur L’Espérance paraissait très expérimenté.

Lors de son passage au Relais 22 Milles, le groupe était enthousiaste par rapport au beau temps qui s’offrait à eux. Les touristes, huit Français, étaient « des gens très gentils », raconte la propriétaire. Or, mardi soir, il y avait beaucoup de poudrerie et la visibilité n’était pas bonne dans le secteur où l’accident est survenu.

« Un drame commun »

Le parcours entre Saint-Michel-des-Saints et le lac, via La Tuque, est l’un des plus prisés par les motoneigistes, explique Julie Dubord de Tourisme Saguenay—Lac-Saint-Jean. Pour le milieu touristique, ce drame tombe bien mal, concède-t-elle en soulignant qu’on est en plein coeur de la saison de motoneige.

L’industrie de la motoneige est un véritable moteur économique au Lac-Saint-Jean et les Français comptent pour la grande majorité de la clientèle étrangère. Convaincue que le drame n’aura pas trop de répercussions sur le tourisme, Mme Dubord a par ailleurs souligné que son organisation avait interrompu toute activité de promotion par délicatesse envers les personnes touchées par ce drame.

Photo: Charles-Frédérick Ouellet Le Devoir Plusieurs hélicoptères ont été dépéchés pour participer aux recherches.

Du côté du gouvernement du Québec, on a multiplié les échanges avec la France toute la journée. « Entre gouvernements, il faut s’entraider », a déclaré la ministre Andrée Laforest, dépêchée sur le site du drame en fin de journée. Mme Laforest, qui remplace Geneviève Guilbault à la Sécurité publique pendant son congé de maternité, représente de surcroît une circonscription de la grande région du Saguenay—Lac-Saint-Jean

À ses côtés, le consul général adjoint de France, Laurent Barbot, a remercié les autorités québécoises pour leurs efforts. « Mes condoléances aussi à la famille du guide québécois. C’est un drame commun que nous partageons. »

Le ministère des Affaires étrangères et le Consulat sont en contact avec les familles des disparus, a-t-il ajouté, avant de mentionner que le groupe vient de l’est de la France.

La Sûreté du Québec compte, quant à elle, poursuivre les recherches ce jeudi. « On va rester ici tant que nos recherches n’auront pas démontré qu’on est au bout de ce qu’on peut faire », a déclaré Guy Tremblay, directeur général adjoint à la Sûreté du Québec.

Avec Alexis Riopel et l’AFP