Procès de Sami Bebawi: «la fin justifiait les moyens» chez SNC-Lavalin, plaide la Couronne

Sami Bebawi fait face à cinq chefs d’accusation de fraude, de recyclage de produits de la criminalité, de possession de biens volés et de corruption d’un agent public étranger.
Photo: Paul Chiasson Archives La Presse canadienne Sami Bebawi fait face à cinq chefs d’accusation de fraude, de recyclage de produits de la criminalité, de possession de biens volés et de corruption d’un agent public étranger.

C’est selon l’adage « la fin justifie les moyens » que s’est bâti le modèle d’affaires de SNC-Lavalin en Libye, permettant à la firme montréalaise d’obtenir d’importants contrats en payant des pots-de-vin au fils de l’ancien dictateur Mouammar Kadhafi, a résumé lundi la Couronne lors des plaidoiries finales au procès de l’ex-cadre Sami Bebawi.

« [M. Bebawi a donné son aval à] une pratique commerciale alternative, inhabituelle, illicite, malhonnête de gonflement artificiel de prix de contrats, de paiement de pots-de-vin et de détournement de fonds à des fins personnelles », a plaidé la procureure de la Couronne, Me Anne-Marie Manoukian.

Le stratagème collusoire, qui s’est déroulé sur près d’une décennie, a causé du mal au peuple libyen, a fait valoir MeManoukian. Au total, 113 millions de dollars ont été détournés grâce à des sociétés-écrans aux îles Vierges.

M. Bebawi aurait touché à lui seul une « rémunération » de plus de 26 millions de dollars grâce à sa collaboration dans l’implantation de ce système.

Pots-de-vin démesurés

M. Bebawi fait face à cinq chefs d’accusation de fraude, de recyclage de produits de la criminalité, de possession de biens volés et de corruption d’un agent public étranger. Il a plaidé non coupable à toutes les accusations.

« La défense tentera peut-être de vous dire que tout s’est fait à l’insu de M. Bebawi », a prédit Me Manoukian. « Pourquoi alors recevait-il autant de courriels concernant le stratagème ? » a-t-elle demandé. Elle a rappelé au jury que plusieurs témoins ont affirmé sous serment que l’ancien cadre était tenu informé dans les moindres détails des avancements des projets libyens.

Elle a également évoqué les confidences de l’accusé à un policier pas plustard qu’en avril dernier concernant l’achat d’un yacht de 25 millions de dollars pour Saadi Kadhafi.

Un enquêteur avait raconté que l’accusé lui a confié être frustré de voir l’ancien président de l’entreprise, Jacques Lamarre, nier être au courant.

Ce yacht est d’ailleurs « le symbole de la démesure des pots-de-vin versés à Saadi Kadhafi », a fait valoir Me Manoukian. Anticipant que la défense tentera de minimiser le rôle du fils de l’ancien dictateur, Me Manoukian a lancé : « Pourquoi avoir déroulé le tapis rouge pour Saadi Kadhafi s’il n’avait aucun pouvoir politique et qu’il n’était qu’un joueur de football ? »

Me Manoukian a également ressorti un courriel destiné à M. Lamarre rédigé par M. Bebawi dans lequel ce dernier soulignait les missions diplomatiques réalisées par Saadi Kadhafi.

« Peut-on parler de libre négociation quand un bateau est acheté et des millions [de dollars sont] versés à Saadi Kadhafi ? » a-t-elle ajouté.

Me Manoukian est également revenue sur l’opération d’infiltration menée par la Gendarmerie royale du Canada après que M. Bebawi a offert 10 millions de dollars à son ancien subalterne Riadh Ben Aïssa afin d’acheter son silence. Ce que M. Bebawi ignorait, c’est que M. Ben Aïssa avait commencé à collaborer avec les autorités canadiennes.

La Couronne a terminé ses plaidoiries lundi. Les avocats de M. Bebawi présenteront les leurs mardi.