Se disant mal conseillé par ses avocats, Sofiane Ghazi veut un nouveau procès

Sofiane Ghazi soutient qu’il se trouvait dans un état mental et émotionnel «anormal» et «dysfonctionnel» le 5 septembre dernier lorsqu’il a plaidé coupable à des accusations réduites de meurtre au deuxième degré et de voies de fait.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Sofiane Ghazi soutient qu’il se trouvait dans un état mental et émotionnel «anormal» et «dysfonctionnel» le 5 septembre dernier lorsqu’il a plaidé coupable à des accusations réduites de meurtre au deuxième degré et de voies de fait.

Dans une requête rarissime, un homme qui a reconnu avoir poignardé à mort son bébé, alors qu’il était encore dans le ventre de sa mère, demande un nouveau procès. Il soutient avoir souffert du « syndrome de l’homme battu » et avoir plaidé coupable sous les pressions induesde ses avocats.

« J’étais vulnérable et trop confus pour comprendre la situation », fait valoir Sofiane Ghazi dans une déclaration de cinq pages déposée jeudi devant le juge Jean-François Buffoni de la Cour supérieure du Québec.

Le Montréalais soutient qu’il se trouvait dans un état mental et émotionnel « anormal » et « dysfonctionnel » le 5 septembre dernier lorsqu’il a plaidé coupable à des accusations réduites de meurtre au deuxième degré et de voies de fait.

Au deuxième jour de son procès devant jury, M. Ghazi avait admis avoir poignardé à 19 reprises sa femme enceinte de huit mois, en juillet 2017. Le bébé a été blessé par neuf des coups portés par son père. La mère a survécu à l’agression, mais le bébé est décédé quelques minutes après la césarienne d’urgence. Des blessures ont d’ailleurs été constatées à sa naissance.

L’homme prétend toutefois que sa décision n’était pas éclairée puisqu’il a subi ce qu’il qualifie d’« effondrement émotionnel ». M. Ghazi dit avoir été secoué par des images présentées au jury.

« Quand j’ai vu la vidéo de [notre] appartement, les chambres de mes enfants, leurs jouets par terre, je n’avais plus la capacité de continuer [mon procès] », écrit-il.

Il aurait dit à ses avocats, Me Moulay-Badre Aber et François Taddeo, vouloir mettre fin à son procès et être prêt à plaider coupable à une accusation réduite d’homicide involontaire, puisqu’il n’avait pas l’intention de tuer.

« Erreur humaine »

L’accusé avait provoqué un coup de théâtre en revenant sur son plaidoyer de culpabilité, le 17 septembre dernier, jour de l’audience qui devait servir à déterminer sa peine.

M. Ghazi soutient que c’est à son retour derrière les barreaux, le 5 septembre, qu’il a réalisé les conséquences de sa décision.

« J’ai écouté la radio et les nouvelles à la télé, puis [j’ai lu] les journaux le lendemain. Ils parlaient d’une sentence à vie », souligne-t-il.

L’homme de 39 ans souligne que ses avocats lui auraient dit qu’en plaidant coupable, il sortirait de prison avant l’âge de 45 ans. « C’était pour ça que j’étais d’accord », indique-t-il.

Informé par M. Ghazi du malentendu, Me Aber lui aurait fait comprendre que le jury ne risquait pas d’être sensible à sa cause. « Je lui ai dit “quoi ils vont me crucifier ?” et il m’a répondu “C’est en plein ça, tu as trouvé le bon mot, ils vont te crucifier” », écrit M. Ghazi.

L’homme plaide avoir commis une « erreur humaine » en faisant confiance à ses avocats et demande la tenue d’un nouveau procès afin de présenter sa version des faits. « J’ai des défenses possibles de provocation et de syndrome d’homme battu. J’aimerais dire la vérité aux jurés », fait-il valoir.

En déposant sa requête en retrait de plaidoyer de culpabilité, M. Ghazi a accepté de relever de leur secret professionnel Me Aber et Taddeo. M. Ghazi se place ainsi dans une situation inédite en permettant aux deux criminalistes de révéler le contenu de toutes leurs discussions. Les deux avocats ont informé le juge Buffoni qu’ils ont l’intention de se défendre. « Je veux témoigner et je vais témoigner », ont-ils tour à tour déclaré.

Une audience se tiendra le 18 décembre prochain au palais de justice de Montréal.