Québec protège la maison Jobin-Bédard

Selon une analyse, la maison Jobin-Bédard, à Québec, probablement construite entre 1791 et 1826, «est représentative des maisons rurales construites au tournant du XIXe siècle». 
Photo: Société d'Histoire de Charlesbourg Selon une analyse, la maison Jobin-Bédard, à Québec, probablement construite entre 1791 et 1826, «est représentative des maisons rurales construites au tournant du XIXe siècle». 

S’inscrivant en faux contre la Ville de Québec qui en avait autorisé la démolition, le gouvernement du Québec a signifié jeudi avoir délivré une « intention de classement » pour la maison Jobin-Bédard. Cela protège le bâtiment ancien exactement comme s’il était classé pendant une période de plusieurs mois, le temps d’une évaluation détaillée.

L’avis d’intention signé par la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, est déjà effectif. Il concerne l’extérieur et l’intérieur de la maison, de même que son terrain.

« [Le] propriétaire doit agir comme si le bien était déjà classé », stipule un résumé de l’avis obtenu par Le Devoir.

 

Il reviendra maintenant au Conseil du patrimoine culturel du Québec de rendre un avis à la ministre sur le classement patrimonial de la maison. Bien qu’elle ne puisse pas prévoir l’issue de l’expertise, l’attachée de presse de Mme Roy, Brigitte Roussy, indique qu’il y a de « fortes chances » pour que le bâtiment soit protégé durablement.

L’organisme disposera d’une période d’un an pouvant être prolongée d’une année supplémentaire pour déposer son avis.

Entre-temps, le propriétaire devra prendre les mesures nécessaires pour assurer la préservation de son bien et obtenir l’autorisation de la ministre avant d’effectuer des travaux. En vertu de ces responsabilités, il aura aussi droit à une aide financière pour la restauration pouvant atteindre jusqu’à 40 % du coût des travaux.

Marc-André Bluteau, le président de la Société d’histoire de Charlesbourg, se dit très heureux de l’avis de la ministre. « On fait face depuis des mois à des démolitions qu’on n’arrive pas à s’expliquer, dit-il. On espère maintenant que cet exemple servira de leçon pour toutes les municipalités. »

Le 8 novembre, la ministre Roy avait octroyé une protection de 30 jours à la maison Jobin-Bédard afin que des experts en déterminent la valeur patrimoniale. Cela devait lui permettre d’ensuite « prendre une décision réfléchie et éclairée dans ce dossier ».

Cette analyse a ainsi conclu à « un intérêt patrimonial élevé » à plusieurs égards. On y souligne notamment que la demeure, probablement construite entre 1791 et 1826, « est représentative des maisons rurales construites au tournant du XIXe siècle, une période de transition entre la maison d’influence française et la maison traditionnelle québécoise ».

La maison témoigne par ailleurs des méthodes de construction traditionnelles ; elle a conservé une large part de ses composantes anciennes ; et elle détient même un potentiel archéologique.

Jusqu’à récemment, l’édifice de pierre servait de résidence privée. Bien qu’elle ne soit pas officiellement classée, la maison Jobin-Bédard figure dans le Répertoire du patrimoine culturel du Québec.

L’été dernier, la Ville de Québec estimait que la maison était dans un état de délabrement trop avancé pour être sauvée. Début novembre, elle autorisait son nouveau propriétaire à la mettre à terre et à construire sur le terrain trois maisons jumelées.

Jeudi soir, un porte-parole de la Ville de Québec a déclaré que la municipalité ne commenterait pas l’avis de la ministre avant d’en avoir pris connaissance en détail.