La patronne de la SQ veut en inspirer d’autres

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a présenté la directrice par intérim de la SQ, Johanne Beausoleil.
Photo: Marco Bélair-Cirino Le Devoir La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a présenté la directrice par intérim de la SQ, Johanne Beausoleil.

C’est une civile (ce qui est rare), et c’est une femme (ce qui est une première au plus haut échelon de la Sûreté du Québec) : tout juste confirmée dans ses fonctions mercredi, Johanne Beausoleil a dit souhaiter que sa nomination comme directrice générale ait un effet positif pour les policières du Québec… même si elle est là par intérim.

« Le plus grand défi, c’est la mobilisation des ressources, de continuer à travailler dans ce sens-là, a soutenu Mme Beausoleil lors d’un point de presse suivant sa nomination. Mais aussi, si je peux [montrer] la voie pour amener les femmes officiers à kicker, à être plus présentes, ça va me faire plaisir d’encourager ça. »

Officiellement nommée directrice générale adjointe de la SQ par le Conseil des ministres, Johanne Beausoleil prendra aussi la relève de Mario Bouchard comme d.-g. par intérim à son départ à la retraite, le 16 décembre. Elle deviendra alors une des très rares femmes à diriger un service de police. La commissaire de la GRC, Brenda Lucki, est la plus en vue au Canada. Au Québec, seul le Service de police de la Ville de Repentigny a une directrice.

L’arrivée de Mme Beausoleil à la tête de la SQ envoie « un très bon signe », selon Julie Héon, présidente de la Fraternité des policiers et policières de la régionale Deux-Montagnes. « On est beaucoup à s’impliquer [pour faire une plus grande place aux femmes dans le milieu policier]. C’est donc valorisant et motivant de voir des gens grimper. »

Mais cela demeure rare, rappelait mercredi Sophie Brière, titulaire de la Chaire de leadership en enseignement – Femmes et organisations. Elle vient de publier avec des collègues une étude qui constate « une stagnation, voire un recul de la présence des policières » au Québec : elles représentent environ le quart des effectifs, et les inscriptions de candidates à l’École nationale de police ont chuté de plus de 40 % entre 2000 et 2015.

Une autre étude montrait qu’en 2013, il n’y avait aucune femme cadre supérieure à la SQ. Et seulement 6 % des cadres intermédiaires étaient des femmes. « C’est un beau geste de nommer une femme directrice générale, mais ça ne règle pas l’enjeu plus profond », dit Mme Brière en parlant des « obstacles systémiques qui demeurent » et d’une « culture plus masculine » toujours bien implantée.

Une civile

Il est également rare qu’un civil soit nommé pour diriger un corps policier. Mais en déclinant le parcours professionnel de Mme Beausoleil — sous-ministre associée à la Direction des services correctionnels, directrice de la vérification de la SQ… —, la ministre de la Sécurité publique a souligné qu’elle a « toutes les qualifications pour occuper ce poste important ».

Selon Geneviève Guilbault, Johanne Beausoleil a « travaillé avec toutes les sphères de la SQ, […] elle connaît bien les enjeux, les acteurs de la police au Québec et les défis auxquels fait face notamment la SQ. »

Pour sa part, Mme Beausoleil ne voit pas de défi particulier lié au fait de ne pas être issue des rangs de la police. « C’est plus une question de compétence. […] Je suis habituée à travailler avec les gens de l’état-major. Ça a toujours bien été, tout est dans l’approche, tout est dans la façon de le dire, tout est dans le comment on va le faire. »

Impossible de savoir combien de temps Johanne Beausoleil demeurera à la tête de la SQ : le poste appartient toujours à Martin Prud’homme, qui a été relevé de ses fonctions ce printemps à cause d’une « allégation relative à des infractions criminelles ». Aucune accusation n’a été déposée contre lui, et on ignore où le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) en est avec ce dossier.

« C’est une situation qui n’est pas évidente, mais dans laquelle, malheureusement, je ne peux m’ingérer », a dit Geneviève Guilbeault mercredi. « On veut tous que ça aille le plus rondement possible », mais il « faut laisser les enquêtes se faire. »

La situation énerve le chef du Parti libéral, Pierre Arcand. « Ce n’est pas normal qu’après autant de temps, la personne qui a été délogée de ses fonctions ne sache pas ce qui arrive. »

Le président de l’Association des policières et policiers provinciaux du Québec, Pierre Veilleux, s’impatiente aussi. « J’aurais espéré que l’enquête aboutisse avant de décider d’un nouvel intérim. Je perçois aujourd’hui le message que ça va être encore très long. Ça m’inquiète. »