L’incertitude demeure pour Groupe Capitales Médias

Le projet de la coopérative visant à reprendre Groupe Capitales Médias doit être présenté à la Cour supérieure ce mercredi.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le projet de la coopérative visant à reprendre Groupe Capitales Médias doit être présenté à la Cour supérieure ce mercredi.

Le financement du projet de coopérative des employés de Groupe Capitales Médias (GCM) n’est toujours pas ficelé, et ce, même si Québec a offert aux partenaires de profiter d’un crédit d’impôt rétroactif visant à bonifier leur montage financier, a appris Le Devoir.

Selon nos informations, le gouvernement Legault a proposé aux investisseurs potentiels — parmi lesquels se trouvent le Mouvement Desjardins, Fondaction CSN et le Fonds de solidarité FTQ — d’inclure dans leur montage financier un montant équivalant à 35 % des salaires engagés dans les six journaux régionaux de GCM depuis 1er janvier 2019. Or, la participation financière de deux de ces trois partenaires ne s’en trouve pas moins compromise.

Le gouvernement Legault a confirmé mardi avoir choisi d’appuyer l’offre de la coopérative de travailleurs afin de relancer GCM, qui s’est placé à l’abri de ses créanciers en août dernier. Mais le financement de cette avenue s’annonce ardu.

Le financement du projet de coopérative n’est « pas attaché du tout » et « il est possible qu’il n’y ait pas de transaction de clôture », a reconnu mardi le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.

Les partenaires financiers lui font jusqu’ici défaut. L’un d’eux, le Mouvement Desjardins, a annoncé sa décision de ne pas investir dans le projet. « On a analysé le plan d’affaires et on a décidé de ne pas participer au montage financier », a déclaré la porte-parole Chantal Corbeil.

De quoi rendre l’offre du Fonds de solidarité FTQ « caduque », a dit son porte-parole, Patrick McQuilken. « Le projet qui a été approuvé par le comité d’investissement n’est plus ce qu’il est sur la table maintenant, avec le retrait d’un des partenaires financiers. Et cela remet en question la participation du fonds », a-t-il déclaré au Devoir.

Seule Fondaction a confirmé sa volonté de participer financièrement à l’aventure. « La solution proposée par le gouvernement du Québec fait en sorte qu’on demeure intéressés », a déclaré la directrice adjointe des affaires publiques, Julie Cailliau.

En choisissant d’appuyer le modèle de coopérative, Québec a écarté — pour le moment, du moins — l’offre de Métro Média. Celle-ci « impliquait toujours le meilleur des deux mondes, à savoir une offre privée combinée avec la coopérative », selon le vice-président du groupe, Andrew Mulé. « Alors, en effet, le fait qu’on n’a pas été considérés plus que ça, alors qu’on avait le meilleur des deux mondes, ça me surprend beaucoup », a-t-il déclaré au Devoir.

Chose certaine, « le meilleur des deux mondes » n’incluait pas la sauvegarde du régime de retraite des employés de GCM, puisque les deux offres fournies au gouvernement prévoyaient la terminaison de ceux-ci, a déclaré le ministre Fitzgibbon.

Pour les retraités de GCM, cela correspond à une réduction de 30 % des rentes ; et la moyenne de celles-ci est de 17 000 $ par année.

Des défis de financement

Le projet de la coopérative visant à reprendre GCM doit être présenté à la Cour supérieure ce mercredi. Ce sera cependant une « offre conditionnelle », dotée d’un montage financier qui doit encore être finalisé, a prévenu le ministre. « On a du temps pour la fermeture. On aimerait clôturer ça d’ici fin décembre », a-t-il ajouté.

Lesyndic au dossier, Christian Bourque, de PricewaterhouseCoopers, a déclaré au Devoir qu’il était possible que l’offre soit « acceptée, mais conditionnelle à un financement ».

Le temps presse, cependant, puisque la « clôture » de ce dossier était prévue pour la mi-décembre, a-t-il rappelé.

Louis Tremblay, journaliste au Quotidien et porte-parole du comité provisoire de mise en place des coopératives, a reconnu que la recherche de financement constituait un « défi ». Mais ce « n’est pas la première fois que des problèmes surgissent », a-t-il ajouté, optimiste. Ses collègues « sont de bonne humeur, ils font un journal », a-t-il lancé. « Qu’est-ce que vous voulez qu’ils fassent ? Ils ont travaillé fort pour la campagne [de financement] régionale […] et ils ont toujours espoir que la coopérative fonctionne. »

Québec pourrait financer le nouveau modèle

Pierre Fitzgibbon a par ailleurs confirmé que Québec n’espérait plus récupéré les 15 millions en aide qu’il a accordée à GCM. « Ces montants-là, on les oublie », a-t-il lancé. Il n’a cependant pas exclu la possibilité que Québec participe au modèle de coopérative. « Si le plan est pérenne, que les employés mettent de l’argent dedans, pourquoi on ne mettrait pas un peu d’argent dedans ? », a-t-il demandé, en évoquant une participation financière sous la barre des 5 millions.

Avec Philippe Papineau