Croissance du stress chez les mères de jeunes enfants

Les auteurs du portrait déplorent que 13,9% des petits Québécois âgés de 0 à 5 ans — soit environ 75 000 enfants — appartiennent à une famille à faible revenu.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les auteurs du portrait déplorent que 13,9% des petits Québécois âgés de 0 à 5 ans — soit environ 75 000 enfants — appartiennent à une famille à faible revenu.

Au Québec, les mères de jeunes enfants sont de plus en plus nombreuses à vivre un niveau élevé de stress en raison de leur difficulté à concilier leurs obligations professionnelles et familiales, indique le nouveau portrait de l’Observatoire des tout-petits. Or, ce stress peut avoir des répercussions négatives sur le développement des enfants, notamment sur le lien d’attachement avec les parents, soulignent les auteurs de ce portrait.

Chaque année, l’Observatoire des tout-petits, qui est financé par la Fondation Lucie et André Chagnon, fait le portrait d’une facette particulière de la petite enfance au Québec. Ce portrait synthétise des données provenant de multiples sources, dont principalement de l’Institut de la statistique du Québec et de ministères. Cette année, les experts et chercheurs universitaires qui ont participé au portrait se sont penchés sur les conditions et les environnements dans lesquels grandissent les tout-petits.

L’Observatoire a relevé que 39 % des mères d’enfants de moins de cinq ans vivent un niveau élevé de stress, contre 23 % des pères. En plus de frapper davantage les mères que les pères, ce stress associé à la conciliation famille-travail est en augmentation depuis quelques années.

« On dit toujours que les tout-petits sont des éponges. Un tout-petit qui grandit dans un milieu stressant peut absorber une partie de ce stress. De plus, les parents qui ont de la difficulté à concilier le travail et la famille auront moins de disponibilité pour passer du temps de qualité avec leurs enfants, comme, par exemple, aller jouer au parc avec eux, faire des casse-tête avec eux, chanter des comptines et des chansons avec eux, autant d’activités qui stimulent le développement des tout-petits et qui sont essentielles au développement du lien d’attachement entre le tout-petit et ses parents. Or, le lien d’attachement est un important pilier de la santé mentale et de l’estime de soi », fait remarquer Fannie Dagenais, directrice de l’Observatoire, qui propose des pistes de solutions.

« On peut penser à un horaire de travail plus souple durant les premières années de vie de l’enfant, ou à des mesures qui favorisent l’implication des papas, car lorsqu’il y a un meilleur partage des responsabilités familiales entre les pères et les mères, ces dernières disent éprouver moins de stress. Mais on a plus souvent le réflexe de penser aux mères quand on réfléchit aux mesures collectives et aux programmes à mettre sur pied pour les familles, alors qu’on devrait penser davantage aux pères, ou du moins s’assurer qu’ils soient inclus dans ces programmes et les services pour qu’ils puissent bien jouer leur rôle de papa », poursuit-elle.


Faible revenu
 

Les auteurs du portrait déplorent par ailleurs le fait que 13,9 % des petits Québécois âgés de 0 à 5 ans — soit environ 75 000 enfants — appartiennent à une famille à faible revenu, et qu’une famille sur dix de tout-petit vive de l’insécurité alimentaire. Les auteurs se disent particulièrement préoccupés par cette situation, sachant que les enfants de milieux défavorisés connaissent, à l’âge de 3 ans, 600 mots de moins que ceux de milieux favorisés, et que cet écart peut avoir des répercussions sur la réussite des enfants au primaire, au secondaire et même sur le niveau d’étude atteint à l’âge adulte.

« Il a été démontré scientifiquement qu’une mesure efficace pour diminuer ce fléau consiste à favoriser l’accès à un logement abordable et de taille suffisante aux familles avec de jeunes enfants, car on diminue ainsi la pression financière sur les familles, particulièrement celles ayant de faibles revenus », affirme Mme Dagenais.

Celle-ci précise que 12 % des familles québécoises ayant au moins un enfant de moins de 5 ans habitent dans un logement de taille insuffisante, et 13,6 % de ces familles vivent dans un logement trop cher pour leurs moyens puisque le coût de leur logement représente plus de 30 % de leurs revenus. « La conséquence est qu’il reste moins de sous à la fin du mois pour remplir le panier d’épicerie, pour acheter des mitaines, des tuques, des bottes et pour toutes les autres dépenses associées à la famille », précise Mme Dagenais, qui donne en exemple des projets de logements sociaux inspirants, comme celui de l’îlot Pelletier à Montréal-Nord, où on a revitalisé le quartier qui est maintenant pourvu d’un CPE, de multiples services, notamment d’échange de vêtements, et de jardins communautaires.


Aspects encourageants
 

Le portrait met aussi en évidence de bonnes nouvelles, notamment le fait que 92,4 % des enfants qui fréquentaient la maternelle en 2016-2017 habitaient dans un quartier où ils pouvaient jouer dehors de façon tout à fait sécuritaire, et que 90,8 % d’entre eux vivaient à proximité d’un parc ou d’un terrain de jeu sécuritaire. « Tout ça est très positif, car le fait de pouvoir jouer à l’extérieur, de pouvoir grimper dans des unités de jeu adaptées à leur taille, de pouvoir courir dans un parc et de rencontrer d’autres enfants, est stimulant sur le plan du développement langagier et du développement moteur », affirme Mme Dagenais.

Celle-ci se réjouit aussi de l’augmentation du nombre de mamans qui ont un emploi. « Cela a des répercussions importantes sur le revenu, et par conséquent cela diminue le nombre de familles à faible revenu. »

Autre nouvelle encourageante, la proportion du personnel considéré comme qualifié dans les services de garde éducatifs a augmenté entre 2005 et 2015, passant de 72,1 % à 84,2 % dans les CPE et de 46,8 % à 73,5 % dans les garderies subventionnées. « Par contre, on remarque que cet objectif est un peu plus difficile à atteindre dans les garderies non subventionnées. Il faudra se pencher sur la question et voir comment on pourrait surmonter les barrières. Par exemple, il a été bien documenté qu’un financement public des services éducatifs à la petite enfance est associé à une meilleure qualité, car cela permet d’embaucher du personnel qui est davantage qualifié », souligne la directrice de l’Observatoire.

En conclusion, Mme Dagenais rappelle que ce portrait vise à informer « l’ensemble de la société québécoise et les décideurs des conditions dans lesquelles grandissent nos tout-petits. Il vise à susciter des réflexions et des discussions afin que les décisions qui seront prises soient les meilleures possible pour le développement de nos enfants. Les experts qui ont préparé ce portrait présentent aussi des pistes de solutions qui ont fait leurs preuves sur le terrain ».