Cinéma - Retour à Kahnawake

Des festivaliers invités à participer à un atelier professionnel de trois jours consacré à l'adaptation cinématographique de légendes et de récits amérindiens. Bienvenue à Kahnawake.

Au cours des précédentes éditions du festival Présence autochtone, des oeuvres cinématographiques étaient déjà présentées à Kahnawake, mais la population locale et les festivaliers avaient peu d'occasions pour échanger. Cette année, le directeur du festival, André Dudemaine, a voulu laisser davantage d'espace à la communauté mohawk qui habite la région et favoriser les interactions entre les cultures. «On trouvait ça un peu bête d'être à Montréal et d'avoir à côté de soi une communauté autochtone où il n'y avait pas d'activités sur place qui entouraient les présentations de films, explique M. Dudemaine. On a décidé cette année d'aller un peu plus loin et de proposer un atelier professionnel.»

L'activité s'adresse principalement aux gens de la communauté de Kahnawake, mais tous ceux qui s'intéressent à la production audiovisuelle dans le milieu des Premières Nations sont invités. L'objectif de l'atelier est de trouver des façons intéressantes d'adapter au cinéma des récits qui proviennent de la tradition orale et qui sont enracinés dans la spiritualité. «En fait, c'est de voir comment on peut faire de ces récits un produit de consommation culturelle sans dénaturer les propos et en respectant la tradition dont ils sont issus. Le but est aussi, bien sûr, d'obtenir des productions qui sont assimilables par le commun des mortels via les moyens de diffusion contemporains», ajoute M. Dudemaine.

Des temps anciens aux temps modernes

«Généralement, les récits de tradition orale, ce sont les aînés qui en sont dépositaires et qui vont les transmettre. Par exemple, les Mohawks ont toujours cette tradition de la "maison longue" où les aînés vont donner des enseignements à partir des récits fondateurs.» L'atelier commence donc à la Maison longue de Kahnawake, le 16 juin, où un conteur aîné va venir raconter deux histoires: une qui vient de la grande tradition mythique et une autre qui est un récit historique.

«L'idée sera ensuite de voir comment on peut respecter l'histoire, le contexte et la philosophie qui sont sous-jacents au récit. C'est la question que nous allons nous poser au cours des ateliers.» Le premier atelier va se dérouler en compagnie de l'actrice Alex Rice, qui est originaire de Kahnawake. Le film On the Corner, réalisé par Nathaniel Geary, sera alors présenté. «C'est un film très dur, mais aussi très réaliste. Il a reçu de nombreux éloges de la critique à travers le Canada», relate M. Dudemaine. L'actrice Alex Rice sera sur les lieux pour échanger avec les festivaliers après le visionnement du film.

Lors du second atelier, les participants vont pouvoir visionner des extraits du film Dreamkeeper, réalisé par Steve Barron. Dans ce film, les légendes amérindiennes prennent vie, ponctuées par la vie d'un adolescent en quête d'identité. Il sera aussi possible de rencontrer trois cinéastes autochtones qui ont adapté des mythes et des légendes amérindiennes pour l'écran et de visionner leur oeuvre. Catherine Martin, d'origine micmaque, a réalisé le film The boy who lived with the bears. Greg Coyes, un métis, a réuni une série de légendes dans son film Stories of the 7th Fire. En dernier lieu, il sera possible de voir le film Legends Sxwexwxwiy'am de Annie Frazier Herry. Les trois cinéastes vont animer un atelier et échanger avec les gens présents.

La dernière journée d'atelier et de visionnement est entièrement consacrée aux jeunes cinéastes de Kahnawake. Il sera alors possible de regarder le film d'animation Might of the Starchaser réalisé par Joseph Lazare. Ce court-métrage est une aventure intergalactique — et parodique — de l'attaque d'une station spatiale par un despote bébé-lézard qui veut s'assurer une descendance. Original et très divertissant, selon M. Dudemaine.

Le film From Cherry English, du jeune Jeff Barnaby, illustre quant à lui une allégorie micmaque surréaliste qui tourne autour d'une langue perdue, traitant de son autodestruction et de sa renaissance. En dernier lieu, «Daibi» présentera sa création, Neutral, qui raconte l'aventure d'un jeune homme qui hérite d'une maison et qui quitte la ville pour la réserve. Le film, d'un style moderne, a été tourné à Montréal et à Kahnawake.

Tout au long des ateliers, les participants vont pouvoir discuter avec des cinéastes qui ont réalisé des films abordant les thèmes des mythes et des histoires amérindiennes. «Il y a plusieurs jeunes cinéastes de Kahnawake qui vont participer aux ateliers. Il y a aussi des gens qui ont collaboré à la rédaction de scénarios qui tournaient autour des Premières Nations qui vont être présents. Ces gens-là sont tous intéressés à participer aux échanges», déclare M. Dudemaine. À la fin des ateliers, «nous aurons peut-être un scénario de film ou un synopsis. Les gens vont apporter leurs caméras vidéo et nous allons voir comment les choses vont progresser pendant l'atelier».